Libre de partir

De la difficile question de l’acceptabilité du couple libre ou du polyamour par un partenaire qui n’arrive pas à s’y faire.

Une fille dans un train regarde par la fenêtre

Libre de partir (ref. photo (c) by Lilyisacupcake on deviantart.com)

Dans mon apologie du couple libre, je présente la démarche comme parfaitement rationnelle. Le seul gros obstacle qui reste une fois qu’on a réussi à s’affranchir des préjugés culturels, et même quand le couple sait se parler et se comprendre, c’est la jalousie. La jalousie étant à mon sens une manifestation primale de territorialité et/ou d’insécurité, il semble raisonnable de chercher à l’apprivoiser. Et en somme le couple libre devrait couler de source.

Pourtant, malgré tous les efforts du monde, malgré toute la communication, et bien qu’on comprenne que rationnellement ça devrait être faisable, il peut s’avérer viscéralement impossible à l’autre de renoncer à l’exclusivité. Certes je ne suis pas la propriété de ma femme et certes je lui reconnais la même liberté que celle que je veux. Mais ce n’est pas pour ça qu’elle est obligée d’accepter l’idée que je ne sois pas qu’à elle.

J’aime bien ce que j’ai lu sur le profil d’un membre du site polyamour.info, mais si la citation fait sourire, c’est bien parce que ce n’est pas aussi simple :

Après tout, moi je ne lui demande pas d’être « poly », donc elle pourrait tout simplement ne pas me demander d’être « mono », et tout irait bien.

Dans « couple libre », il y a « libre ». Et la liberté de ma femme, c’est aussi celle de partir. La mienne, c’est de choisir ce que je préfère entre renoncer au pluriel du mot « amour », et renoncer à elle. C’est un choix douloureux pour tous les deux. C’est un choix qu’on peut déplorer parce qu’on a l’impression qu’il suffirait de faire sauter le verrou de la jalousie pour que tout s’arrange. Mais « couple libre » ou « polyamour » ne pourront jamais être des formules magiques pour venir à bout de la jalousie ou pour normaliser une situation que l’un des deux trouve profondément insatisfaisante.

Epilogue polémique

Je viens d’écrire que je ne suis pas aussi bienveillant que d’autres concernant la jalousie. La jalousie est peut-être naturelle dans l’espèce humaine, mais à mon avis ni plus ni moins que le racisme [edit du 18 mars : Si le rapprochement vous choque, lisez d’abord l’autre article, et vous pourrez manifester votre choquitude dans les commentaires d’icelui]. Et dès lors qu’on exclut qu’un conjoint puisse se considérer propriétaire de l’autre, le sentiment de jalousie n’est pas légitime comme argument de négociation.

On ne peut pas dire : « je souffre qu’un autre te touche, donc tu dois arrêter pour faire cesser ma souffrance ». D’autres souffrances sont légitimes : quand la personne trompée est trahie, dénigrée, bafouée. Mais quand l’infidèle vit son infidélité dans le strict cadre de sa propre liberté individuelle et dans le respect de l’autre et de son couple, la jalousie de l’autre ne peut pas lui être opposée.

L’infidèle a tout intérêt à écouter cette souffrance et faire des compromis, mais si le dialogue et les arrangements ne suffisent pas, le jaloux ne peut pas forcer l’infidèle à renoncer. Et comme l’infidèle ne peut pas forcer le jaloux à vivre avec sa souffrance, le jaloux est libre de partir. Comme le raciste est libre de déménager quand ses nouveaux voisins sont noirs. C’est triste, mais c’est comme ça.

36 réponses à “Libre de partir

  1. Je suis en train de l’apprivoiser. ce qui est étonnant c’est qu’elle ne vient pas du tout comme je l’imaginais. Je ne suis pas à proprement dit jalouse d’ UNE autre. J’ai encore du mal à l’expliquer car elle se manifeste mais je ne la conceptualise pas.
    à voir…

    • Ca me fait penser à une nuance qu’il faudrait que je précise un jour. En français, on n’a qu’un seul mot pour « jealousy » (la jalousie amoureuse, quand on veut empêcher un chéri d’aller voir ailleurs) et « envy » (la jalousie matérielle, quand on veut aussi pour soi ce que quelqu’un d’autre a). Dans le premier cas, c’est un désir que je ressens comme « négatif » : on veut empêcher l’autre de vivre quelque chose. Dans l’autre cas, c’est un désir « positif » : on veut la même chose que quelqu’un d’autre, sans forcément vouloir l’en priver.

  2. Je vous ai lu deux, trois fois … Juste pour essayer de comprendre si vous étiez réellement entrain de mettre en miroir « la jalousie » et « le racisme ». Il aurait fallu sans doute que je clique sur tous les petits liens pour mieux vous comprendre, mais la chute de votre billet me file un tel fou rire que le seul mot qui me viennent à l’esprit sont « Non! C’est une blague?! C’est pas vrai?! »

    Le bémol, c’est que je suis très mal placée pour argumenter…

    Vous êtes en couple libre depuis longtemps? (Simple curiosité pour mieux comprendre vos billets.)

  3. Je ne vois pas ce qui vous fait rire.
    Certes le parallèle est (intentionnellement) polémique mais il n’est pas si loin le temps où les manifestations de xénophobie étaient excusées collectivement et expliquées par le côté « naturel » du sentiment de rejet vis-à-vis de l’étranger.
    Je ne mets pas en miroir et je ne veux certainement pas mettre sur le même plan. Je pense simplement que la jalousie est un sentiment qui doit être apprivoisé sinon condamné, et qu’on l’excuse trop souvent au motif qu’il serait « naturel ». D’ailleurs, ça marche aussi avec le sexisme, vu qu’on était convaincu (et certains le sont encore) que les femmes sont « naturellement » inférieures aux hommes.

    C’est en fait le thème du billet d’hier.
    Mais tout le monde n’a pas à être d’accord. Un pavé dans la mare, c’est fait pour faire des vagues…

  4. J’ai trouvé la comparaison racisme/jalousie un peu (beaucoup ?) obscène, j’aurais aimé en rire comme Vellini. 😉
    Polyamour et couple libre, c’est la même chose pour vous ?

    Moi qui pense qu’il n’y a de sens à rien, si nous n’aimons pas, je crois qu’on peut être polyamoureux(se), qu’on peut réellement aimer plus d’une personne. Mais l’amour se gagne, non ? L’amour c’est du temps, c’est donner. Il faut être sacrément généreux pour aimer plusieurs personnes avec une intensité égale, avec cette idée de se dire qu’on ne revendique rien en retour, que nous n’avons pas de droit sur l’autre et que l’autre n’a pas de devoir envers nous. Peut-être qu’un pour cent (infiniment moins certainement) des polyamoureux ont cette capacité, ce don, ce quelque chose qui fait qu’ils arrivent à tendre vers le bonheur au travers de l’amour… les autres n’en ont que l’illusion.
    « Polyamour », c’est joli… Si on ne galvaude pas le terme « amour ».

    • Je conçois que le parallèle soit gênant. Il ne me semble pourtant pas obscène.

      Autrefois on excusait le meurtre par jalousie (comme le meurtre raciste). Il n’y a pas si longtemps, une épouse infidèle était tout simplement répudiée et risquait la prison. On n’est est plus là, et pourtant on considère normal que quelqu’un demande le divorce suite à une infidélité. En la matière, les esprits semblent en retard sur la pratique juridique puisque l’adultère ne suffit plus à faire porter tous les torts sur l’infidèle en cas de divorce. Et heureusement parce que ça voudrait dire que j’aurais pu jeter ma femme à la rue.

      Mais lisez donc l’autre billet, celui qui explique le parallèle un peu mieux.

      Ainsi, j’ai l’impression que si on est maintenant impitoyable (à juste titre) avec les manifestations ordinaires de racisme (qui étaient tolérées par le passé), on est encore complaisant avec les manifestations ordinaires de jalousie.

      Polyamour et couple libre ne sont pas tout à fait la même chose pour moi, et je compte m’expliciter dans un prochain billet.

      Un couple libre n’est pas un couple désengagé (il va falloir que j’écrire quelque chose là-dessus). Mais on se focalise bien trop sur l’engagement d’exclusivité charnelle et pas assez sur d’autres engagements vis-à-vis de la vie du couple et de l’amour (disponibilité, écoute, partage des tâches, etc.) Il est normal d’exiger de l’autre qu’il tienne les engagements pris dans le projet de la relation. En revanche, le devoir n’est pas envers l’autre mais envers l’engagement que chacun a pris. Et on ne peut certainement pas revendiquer quelque chose de quelqu’un ou penser avoir des droits sur son corps au motif qu’on lui a consacré beaucoup. Ça s’appelle du chantage affectif.

    • Rose,
      Je pense qu’une manière de comprendre le polyamour, c’est plutôt de partir de l’amitié.
      L’amitié, nous sommes d’accord, je l’espère, implique de l’intimité au moins « spirituelle », c’est-à-dire affective, mentale.
      Mais l’âme et le corps ne sont pas deux « choses » qui fonctionnent séparément. Tout aspect de la personne humaine et des relations humaines est traversé d’aspects corporels et psychiques. Prenons un exemple simple : le sport. On pourrait penser que le sport est une activité seulement physique. D’ailleurs, à l’école, on parle d’Éducation Physique et Sportive. Et pourtant, tout sportif vous dira que le sport, c’est aussi dans la tête. Ce n’est pas pour rien qu’il y a du coaching sportif. Les bons sportifs pratiquent une sorte de méditation, visualisent mentalement les gestes, et cela améliore leurs performances.
      Ainsi, l’amitié implique aussi de l’intimité physique.
      Et entre un homme et une femme, l’intimité physique, cela implique, au moins, des gestes de tendresse et de sensualité.
      En fait, on peut dire que plus l’amitié est forte, alors plus l’intimité spirituelle sera forte également, et ainsi plus l’intimité physique sera forte, et cela peut donc aller jusqu’à la sexualité proprement dite.
      Maintenant, peut-être que pour vous on ne peut pas avoir plus d’un ami à la fois car : l’amitié c’est du temps, c’est donner, qu’il faut être sacrément généreux pour aimer d’amitié plusieurs personnes avec une intensité égale, avec cette idée de se dire qu’on ne revendique rien en retour, que nous n’avons pas de droit sur l’autre et que l’autre n’a pas de devoir envers nous. » 😀

      PS : Je précise que je parle en mon nom seul, et que je ne prétends pas représenter l’ensemble des polyamoureux. Du reste, je ne pratique pas, malheureusement, le polyamour.

    • Je suis une fan de l’humour noir, mais là, mon rire est taquin. 😉
      (En plus, je suis non seulement du genre jalouse mais en plus je suis noire… Pas simple. ahahah):D

  5. C’est fortiche. J’ai à peine démarré le blog et j’arrive déjà à horripiler mes premiers lecteurs. J’espère que vous reviendrez – j’ai des choses moins polémiques à raconter aussi.
    En tout cas, merci pour vos avis contradictoires – ça m’aide toujours à faire avancer la réflexion.

    • Horripiler est un bien grand mot…Voyons! Si j’en ai ri ce n’est pas par hasard. 😉
      C’est un peu le principe des blogs de polyamoureux (ou de nouveau blog simplement) , on commence toujours par poser différents « termes » (jalousie, exclusivité, liberté, échangisme, libertinage etc..),passer le cap, forcément vous aborderez d’autres sujets.
      Et peut-être que j’aurais de vrai commentaire à glisser. ^^

  6. Arf ! Je suis l’auteur de la citation… c’est ballot 🙂 Mais (du coup ?) l’article (très bien fait au demeurant) me parle bien par rapport à ma problématique du moment… Je trouve que la mise en miroir de la jalousie et du racisme est particulièrement pertinente. Je m’étais fait un peu la même réflexion : oui, la jalousie – et aussi le désir d’exclusivité, ce qui n’est pas tout à fait pareil, et peut paraître plus acceptable – est sans doute naturel, en bonne partie. Mais comme plein d’autres choses que l’on conspue pourtant. Moi, dans un de mes écrits – pas encore publié – j’avais fait une comparaison avec l’agressivité, la colère. Mais l’exemple du racisme me semble meilleur, car il permet une mise en perspective diachronique : certes, le désir d’exclusivité est aujourd’hui accepté ; mais c’était le cas du racisme autrefois (alors que je ne crois pas que l’agressivité/colère, ait pu déjà être défendue, ou alors dans certains contextes seulement, mais c’est toujours le cas). Actuellement, le racisme est très mal vu, doit-on s’en plaindre ? Cela constitue-t-il une régression qui va conduire l’humanité à sa perte ?… Non ! Eh bien c’est pareil pour l’autre truc !

  7. Me suis trompée un peu plus haut de pseudo, Vellini pas Volubilis. 😉

    @Audren
    En ce qui concerne la comparaison racisme/jalousie, pourquoi ai-je employé le mot obscène ? Parce que cela n’a rien de comparable. Le délit qui est comparable au racisme, c’est le sexisme, pas la jalousie. La jalousie part d’un sentiment, le racisme (le sexisme) d’un préjugé, ce n’est pas la même chose.

    Il n’y a pas eu de génocide au nom de la jalousie. La jalousie est quelque chose qu’on intègre individuellement. Vous comparez une souffrance nombriliste à une souffrance collective. Comparez ses petits problèmes, ses angoisses aux souffrances d’une partie de l’humanité… je trouve ça obscène.

    Pour le reste, prôner la tolérance en la prônant à sens unique est quelque chose que j’ai du mal à comprendre. On peut trouver normal qu’une personne divorce parce l’un des deux conjoints n’a pas été fidèle. La personne qui souhaite se séparer peut ne pas accepter que son conjoint aille voir ailleurs. Chacun à son idéal de l’amour et du couple. Tout le monde n’a pas envie de transiger avec son idéal. Pourquoi le ferait-on ? Pour l’idéal de l’autre ? On me fera difficilement croire que deux personnes, réellement amoureuse l’une de l’autre, divorcent parce que l’une des deux est allée voir ailleurs. Il y a d’autres raisons. Ce n’est qu’un des facteurs.

    Je ne parle pas de désengagement et pas plus de « chantage affectif ». Je vous parle d’un idéal Audren. :- ) et ce que je vous dis à demi-mot, c’est que l’amour, ce n’est pas être amoureux du sentiment de l’amour. On peut le croire, on peut s’y complaire mais je trouve que se contenter d’un sentiment tiède ou d’une illusion tout en se définissant comme un (une) « polyamoureux(se) », c’est un peu facile voire, pour moi, un peu triste.

    Ne voyez pas de « l’horripilation », là où je donne simplement mon avis.

    MétaZét
    Et bien puisque vous m’interpeller dessus, oui… l’amitié c’est du temps, c’est aussi donner. :- ) J’ai même une certaine aversion pour les rapports amicaux superficiels. Je passe beaucoup de temps à cette activité, si on peut appeler ça comme ça, parce que c’est quelque chose d’important pour moi et sur lequel je me suis construite. Après je ne crois pas que ce que je fais ou ne fais pas, suis ou ne suis pas est important à évoquer pour faire avancer la discussion.
    Vous m’expliquer les choses (longuement) comme si je rejetais la notion de polyamour mais ce n’est pas du tout le cas. Je maintiens mes propos. Je crois que quand on entretient plus d’une relation sur la durée, il faut pouvoir être assez généreux(se) pour nourrir ses relations, même si différemment, avec une intensité égale. D’autant plus si on tend vers un rapport amoureux désintéressé. (et non pas désengagé)

    Notez bien que je ne parle pas de rencontre unique, de plan cul entouré de tendresse que, au passage, je serais très hypocrite de condamner.

    Chacun trouve son équilibre de vie sur des axes différents mais il me semble important d’avoir une vision et les mots justes en ce qui concerne les relations qu’on entretient.

  8. Passionnants, les commentaires de cet article !
    Je me sens très en accord avec les propos de Rose (j’aimerais bien qu’un jour, elle me propose de lui lécher le cul au sens propre ^^).
    Sinon, j’en profite pour dire à l’auteur de ce joli blog :
    1/ que ça serait chouette qu’il mette, en sus des crédits, les liens vers les images dont il s’inspire pour dessiner
    2/ que j’apprécierai personnellement qu’il se recentre sur le partage son expérience personnelle plutôt que sur les réflexions générales qu’elle inspire.

    Par exemple, audren, tu dis que ta femme est tombée amoureuse ailleurs. Pour moi qui l’ai vécu (tomber amoureux hors mon couple), j’ai la certitude d’avoir retiré quelque chose à ma femme, pendant cette période (et je vais à l’encontre de cette pensée que l’amour est multipliable à foison, en partie à cause du facteur « temps » qui n’est pas extensible – en partie seulement).

    • Je suis d’accord à CUI pour son point 2.
      Et si vous nous parliez de vous? Peut-être que j’apprendrai davantage sur l’amour, les sentiments, la jalousie et autres points que vous soulevez dans chacun de vos billets… Je trouve que c’est beaucoup plus agréable. (au delà de nourrir mon voyeurisme. ^^)

      • @concupiscences : je vais m’y efforcer. Au départ, ce blog a surtout vocation à faire l’apologie du couple libre dans un paysage médiatique encore trop dominé par l’idéal du couple exclusif des contes de fées. Et donc destiné à des lecteurs/trices qui débarquent sans être passés par la case libertine – ils ne commentent pas beaucoup mais m’écrivent via le formulaire de contact.

        Mais d’une part l’envie de me confier n’est jamais très loin et d’autre part si on est tenté par le couple libre, c’est aussi et surtout pour le sexe, donc oui, il y aura plus de confessions, plus de sexe, plus de vécu.

    • @cui : alors, pour 1) je suis tenu par les conditions wordpress.com « [Please don’t] post links […] to adult-oriented affiliate networks, such as pornography site signups » ; pour 2) c’est le but de la catégorie confession. Il y a quelques trucs bien perso qui arrivent et qui seront probablement de moins en moins pudiques. Je marche quand même sur un fil – je n’ai pas l’intention de trop parler ni de ma reine ni de mes « crémières » (ne serait-ce que parce que ma femme a refilé l’adresse du blog à son amant 😉

      Pour ce qui est du temps non extensible, je pense que c’est un faux problème : on trouve toujours des réserves de temps pour le boulot ou pour les enfants, et personne ne fait de crise de jalousie (même quand ça fait visiblement souffrir le couple et la vie de famille).

  9. « Pour ce qui est du temps non extensible, je pense que c’est un faux problème : on trouve toujours des réserves de temps pour le boulot ou pour les enfants (…) »
    Moi je trouve que c’est un vrai problème, le temps ; je n’arrive pas à voir mes amantes aussi souvent que je le souhaiterais. Parfois je fais des choix (celle-ci plutôt que celle-là) et quand je donne à l’une, il est claire que je ne donne pas à l’autre. Et quand je découche ou je rentre tard, j’ai pris du temps que je ne donnerai pas à mes enfants ou à ma femme.
    Pour le désir, hélas, c’est un peu pareil (mais pas de façon aussi trancher). Parfois le désir pour l’une amplifie le désir pour l’autre. Parfois le désir est comme un trou noir qui attire tout vers un seul centre d’attention et assèche les autres relations.

    • D’accord pour le désir obsessionnel qui efface un peu tout le reste. Mais ça ne dure pas forcément très longtemps. Quant au temps, dans une certaine mesure, je continue de croire que par exemple quand on se dit qu’on n’a que 7 soirées par semaine pour voir ses am(i/ant)(e)s, ça montre déjà qu’on a réservé d’emblée les journées pour le boulot sans remettre en cause l’idée qu’il faille forcément travailler à plein temps. En général, je trouve que le boulot se taille la part du lion dans les arbitrages temps. Mais bon, c’est juste une impression générale, je ne peux pas juger de ton cas non plus.

  10. @Cui
    Je note. J’ai toujours préféré qu’on me fasse des amabilités au sens propre plutôt qu’au figuré. 🙂

    @Audren
    J’aimerais également, comme Concupiscences et Cui, que vous développiez le point 2 (mais ceci n’est pas une proposition à te lécher le cul, Cui. ^^).
    Ça ne vous gêne pas d’être lu par l’amant de votre femme et votre femme ? Appréciez-vous être lu, et par l’un et par l’autre ? Ça ne vous empêche pas une certaine liberté d’expression ? (d’émotion ?)
    Il y a une forme de déséquilibre dans votre couple puisqu’elle est amoureuse de deux personnes et vous, non. Vous le vivez comme un déséquilibre ou pas du tout ? Vous n’avez jamais de pincement au cœur ? Et techniquement, comment ça se passe ? 🙂
    (yeessss, ça en fait des questions ! ;D)

    • Ça me gène un peu plus d’être lu par lui que par elle. D’une manière générale, je trouve effectivement que ça réduit ma liberté d’écriture de savoir qu’il y a peut-être des connaissances qui me reconnaîtront. Peut-être est-ce juste une pudeur passagère et qu’à force de me décomplexer, je vais finir par totalement assumer.
      Je ne vois pas ça comme un déséquilibre. Je ne vais pas non plus me forcer à tomber amoureux (en fait, si j’avais 15 ans je n’hésiterais pas à dire que je suis amoureux de mes amantes). Le pincement au coeur a disparu il y a bien longtemps. Ce fut une belle libération de voir que cet amour qu’elle avait n’enlevait rien au nôtre.
      Techniquement c’est simplissime pour moi, et impossible pour elle. Mais je laisse ici planer un doux suspense en attendant que j’en parle pour de vrai dans un futur billet.
      Merci pour votre curiosité (et on peut se tutoyer – entre blogueur(se)s ça se fait).

  11. Alors si ça se fait… :- )

    Ta femme t’a-t’elle demandé si elle pouvait donner l’adresse de ton blog à son amant ? Tu connais l’amant de ta femme ? Est-il également marié ?

    (Ce sera tout pour l’instant. :- ))

  12. Oui elle m’avait demandé, et je n’avais pas vraiment répondu non. Oui je le connais. Oui il est en couple (ce qui a à voir avec l’impossibilité évoquée plus haut)

  13. C’est très intéressant tout ça 🙂
    Je me sens plus proche de toi Audren vu que je vis un peu la même chose . Mais j’aurais du mal à faire des généralités. J’aimerais parfois répondre à des questions comme Rose t’en a posé même si les réponses ne devront pas être gravé dans le marbre. C’est ce qui m’empêche d’en parler actuellement. Je me censure toute seule et je n’ai pas besoin de convaincre qui que ce soit. Parfois on apprend autant en observant juste ce qui se passe et en laissant toutes les émotions nous traverser.
    Je me méfie aussi peut être de mon ressenti actuel qui n’est que du positif. C’est une vraie aventure humaine et j’ai envie de la raconter plus tard, avec du recul.

    • Le recul est aussi un gros prisme déformant. Le meilleur moyen de porter un regard « vrai » sur quelque chose d’aussi rempli d’émotions, c’est à mon sens de tenir un journal (totalement privé) au jour le jour, et de s’y référer plus tard, à tête reposée. Tiens, il y aurait un roman intéressant à écrire, où le narrateur confronte les journaux intimes de deux amants morts depuis longtemps.

      Pour ce qui est des questions-réponses, si ça te chante un jour, on peut se faire des interviews croisées.

      Sinon pour info, à l’attention de cui, rose, concupiscences et les autres voyeurs anonymes, il y a un billet perso qui sortira mercredi midi.

  14. oui tu as raison. A un moment ça allait tellement vite dans notre couple, que je perdais la notion du temps et de l’enchainement des évènements. Des proches m’ont même reproché que je faisais exprès d’oublier dans quel sens tout ceci s’était passé (merci ma bulle dans ces moments là et un renfermement sur notre couple aussi qui nous a fait du bien. car dans une telle dynamique, les autres aussi sont bousculés)
    C’est difficile de retranscrire aux autres ce qui se passe entre nous, dans nos discussions. Nous seuls savons notre histoire et ce que nous avons traversé de bons et mauvais moments.
    Il y a une part de frustration de ma part à ne pas pouvoir partager autant que j’aimerais.

    J’adore les questions ! ça fait avancer. toujours.

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  17. Trop entière pour accepter cette conclusion, sorry 😉 « L’infidèle a tout intérêt à écouter cette souffrance et faire des compromis, mais si le dialogue et les arrangements ne suffisent pas, le jaloux ne peut pas forcer l’infidèle à renoncer. Et comme l’infidèle ne peut pas forcer le jaloux à vivre avec sa souffrance, le jaloux est libre de partir. Comme le raciste est libre de déménager quand ses nouveaux voisins sont noirs. C’est triste, mais c’est comme ça. » Quand il y a cette souffrance et qu’elle ne fait que grandir au lieu de s’atténuer malgré le dialogue, il n’y a pas de compromis à faire. Faire des compromis, c’est être infidèle à soi et entretenir la douleur (des deux côtés). Certes celui qui souffre a le choix de partir. Mais celui qui a le rôle « d’infidèle » peut aussi choisir de partir. En quoi l’amour libre nous pousserait-t-il à rester coûte que coûte avec la personne qui souffre, à son détriment alors qu’on est censé l’aimer, une personne qui souffre probablement « d’abandonnite » et qui est donc incapable, de ce fait, de quitter une relation qui s’avère toxique pour elle-même? Et par la même occasion toxique pour « l’infidèle »? La relation est une affaire entre deux personnes, les deux sont autant responsables de choisir de rester ou partir. Dès le moment où on entre dans un jeu de pouvoirs, avec souffrances à la clé, c’est qu’un truc ne tourne pas rond des deux bouts de la relation, autant du côté du jaloux que de celui de « l’infidèle ». A bon entendeur, une lutine parmi tant d’autres 😉

    • Je disais que c’est celui qui souffre qui part, dans le sens où c’est sa souffrance qui conduit à mettre fin à la relation. S’il n’y avait pas sa souffrance, personne n’aurait besoin de partir.
      Quant aux compromis, ils sont incontournables dans toute relation.

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