L’exclusivité ou le syndrome du choix

Mon cerveau de matheux congénital est friand d’effets de miroirs, de transpositions, d’élargissements et d’analogies. Alors tirons le fil d’une que j’aime bien.

One girl, two boys, why choose ?

Pourquoi choisir ? (ref. photo (c) moodscapes sur deviantart.com)

Note : je développe ici deux ébauches que vous avez pu lire ici et . Prévenez-moi quand vous trouvez que je tourne en rond et que je radote.

Imaginons qu’on n’ait pas le droit d’avoir deux logements. Même pas une chambre d’hôtel ou une location de vacances. Qu’à part aller au boulot, on doive rester chez soi tout le temps. Et que si un jour on succombe à la tentation d’aller passer un week-end ailleurs, on est hanté par la crainte d’être exilé de chez soi si ça venait à se savoir. Déjà, c’est un peu dommage ne ne pas pouvoir s’évader de temps en temps sans se concevoir comme un fugitif. Mais il y a pire.

S’il s’avère que l’autre maison exerce un attrait irrésistible et qu’on ne peut s’empêcher d’aller s’y évader de temps en temps, on commence à se convaincre qu’il va absolument falloir choisir – puisqu’il est non seulement immoral mais quasiment impensable d’avoir une deuxième résidence tout en voulant garder sa maison.

Comme il va falloir choisir et que la deuxième maison a pour l’instant un pouvoir d’attraction genre envoûtant à cause de la nouveauté, inconsciemment le choix glisse vers l’exil. Jour après jour on énumère les défauts de son domicile. On arrête peu à peu l’entretien, le ménage et la vaisselle. Le choix inconscient se renforce – on prépare dans sa tête l’état des lieux de sortie. Et plus on repousse l’échéance au prétexte que ça ne se fait pas, plus cette maison exclusive devient étouffante, plus on lui trouve de tares, moins on fait d’efforts, au point qu’on jour on en est à se demander pourquoi on avait choisi cette maison au départ.

On la quitte sans ménagements ni tendresse. On pose ses valises dans la nouvelle maison en bois au bord de la plage, en essayant d’oublier le goût d’échec. Et puis l’hiver arrive et on grelotte dans les draps humides d’embruns, en repensant au lit douillet de la première maison.

Et on se met à rêver d’un monde où l’on pourrait garder les deux maisons. L’une pour tous les jours, et l’autre pour les beaux jours.

Lire aussi : les vacances aux Seychelles

12 réponses à “L’exclusivité ou le syndrome du choix

  1. euh… peut-être que le type de la télé qui essaie de rendre des maisons vendables peut vous aider ? bien souvent, les gens qui veulent vendre la maison qu’ils ont délibérément transformée en taudis l’aime bien après l’opération home staging. sinon, il y a les deux nanas qui s’occupent des astuces ménages pour personnes atteinte du syndrome de diogène, aussi.
    je pourrais être cruelle en vous répondant que vous avez déjà bien de la chance d’avoir une maison, à partager.
    cela dit, vous pouvez parfaitement avoir deux logements, trois ou quatre… après c’est avec le trésor public qu’il faut vous arranger, pas avec la morale. d’ailleurs, de la morale c’est bien connu, le fisc, il s’en fout ! je doute donc que le droit à avoir plusieurs logements soit jamais aboli. bref, ce n’est pas un fil que vous avez tiré, mais une boucle.

    voyez-vous, ce qui est intéressant dans votre propos, c’est certainement l’avant dernier paragraphe qui confirme mon sentiment par rapport à l’attitude des hommes : ils ont besoin de confort. ce n’est pas le moindre des paradoxes.

    • Je ne comprends pas vraiment la remarque – l’ironie doit être un peu trop profonde pour moi.
      En revanche, je n’aime pas la pique sexiste contre « les hommes » – en l’occurrence, celui qui apporte le confort et la stabilité, c’est plutôt moi et pas elle.

  2. Bonjour,

    je me lance..
    ce n’est peut être pas tout à fait en lien avec ce texte ci mais… un peu.

    d’abord, j’aime bien votre écriture, ce que vous interrogez, ce que vous .. défendez et du coup, c’est assez rare, mais je suis tentée de vous répondre sur ce qui m’interroge ou avec quoi je ne suis pas d’accord.

    je ne dis pas que c’est ce que vous dites, mais je l’ai retrouvé (et quand je l’ai vu chez moi, je n’en ai pas voulu) quelque soit le mode de vie choisi (adultérin, polyamoureux, libre) c’est qu’il y a une hiérarchie : la maison de toujours, la maison des beaux jours.
    sous entendu assez gênant, celle de tous les jours y a pas de beaux jours? celles des beaux jours méritent pas qu’on y soit aussi quand le temps s’y prête moins?

    vous savez, on peut aussi être en couple libre, et puis libertin et aussi polyamoureux et.. s’en aller alors qu’on aurait pu rester (oui je reprends autrement, le joli  » prendre la liberté de rester alors qu’on pourrait s’en aller »)
    je n’ai jamais cru au couple libre comme modèle sauvant la débâcle des couples exclusifs.
    j’ai cru (et je crois encore) que le couple libre est un choix, une possibilité qu’on fait à deux, et que cela ne vaut pas mieux qu’un autre mode de vie.
    La liberté, c’est quelque chose qu’on donne, qu’on prend, qu’on reçoit et qui ne se satisfait pas d’un modèle, qu’importe le modèle.
    il y aurait beaucoup à dire mais je vous en laisse déjà beaucoup (trop? pas assez?) je ne voudrais pas être importune. 🙂

    • Vous avez raison sur bien des points. Je ne peux pas prétendre qu’une analogie soit 100% pertinente, surtout quand je ne me donne que 500 mots. Ici, on parle de maisons. La chute sur les beaux jours est uniquement « pour la rime » et pas pour prétendre que je cautionne un polyamour asymétrique où il y aurait une maîtresse et puis bobonne. En l’occurrence, ne vous gênez pas pour lire le reste du blog et découvrir que bobonne dans l’histoire, c’est plutôt moi.

      Je ne cherche pas à imposer un modèle (vous l’avez dit, la liberté se passe bien de modèle). Je cherche à briser le côté « c’est comme ça et pas autrement » de l’exclusivité. Le couple libre n’est pas une solution miracle mais il peut sauver de la débâcle certains couples qui auraient décidé d’être libres s’ils s’étaient posé la question. S’il n’y a pas quelques-uns pour dire « regardez ça existe, peut-être devriez-vous en parler », il y aura des dégâts quand la tentation ou l’amour aura eu raison de l’exclusivité, et que les seuls ingrédients qu’on croit avoir à disposition sont la culpabilité, la possessivité et le ressentiment.

  3. À voir le nombre de billet que vous faites sur le même sujet, je me demande qui de nous (lecteurs) ou de vous-même tenter de convaincre, d’autant plus « le côté « c’est comme ça et pas autrement » de l’exclusivité » n’existe plus vraiment, le poly amour ou le couple libre existe depuis bien longtemps (j’ai deux couples d’amis proche qui sont dans ce modèle depuis plus de 10 ans pour l’un et un peu moins pour l’autre. Vous noterez tout de même que ce sont dans les deux cas leurs épouses qui ont été à l’origine de ce fait. Ce détail m’interroge, le couple aurait-il survécu si l’homme l’avait suggéré?) et les plus jeunes aujourd’hui ont parle sans complexe.

    D’ailleurs pour revenir sur cette notion de liberté que vous soulignez « la liberté » de partir ou de rester voire d’aimer n’est pas seulement associé aux couples libres, non, même dans un couple traditionnel on garde sa liberté de partir, de tomber amoureux… De vivre simplement. On est pas en fusion à chaque instant avec l’autre. L’infidélité n’est pas alors le reliquat d’un mal être ou d’un manque d’oxygène, ou d’une société qui impose son véto, non, il y a des individus qui prennent du plaisir à jouer avec les limites, les interdits sans tomber dans le border-Line. Tenez, je disais sur un autre blog que si j’avais été en couple libre, je n’aurais pu jouir de cette liberté, j’aurais été sans doute fidèle… Ce qui m’anime n’est sans doute pas d’aimer la terre entière ou d’avoir de multiple partenaires sexuels (même dans la configuration actuelle ce n’est pas le cas) non, le côté caché me « semble » grisant comme pour dire « je fais ce que je veux sans que personne ne m’y autorise au préalable » c’est peut-être hypocrite, sournois ou tout ce que l’on veut… Si seulement on pouvait au delà de nos histoires de cul recenser tous les non-dits des couples ça serait épatant.

    Pour revenir a votre billet, les maisons sont des biens qu’on acquièrent pour les posséder … Les femmes ou les hommes on les séduit sans jamais les posséder… ^^

    • Pour penser que les couples peuvent maintenant évoquer sans complexe la possibilité de la non-exclusivité, vous devez vivre dans un espace-temps différent du mien. Une brève visite sur gleeden ou sur le forum fidélité/infidélité de doctissimo permet de constater que la (grande ?) majorité des personnes attirées par quelqu’un d’autre ou bien en situation d’infidélité n’osent même pas imaginer évoquer l’idée avec leur conjoint. Et le choeur des donneurs de conseils bien-pensants n’hésite pas à bien enfoncer le clou : « si tu aimes ailleurs, c’est que tu n’aimes pas vraiment » / « s’il ne sait pas te combler à 100%, quitte-le » / « à lui de voir s’il veut bien te pardonner »… Et la grande majorité des personnes « trompées » n’arrivent pas à penser autrement qu’en termes de trahison/pardon et de comment réparer le couple et absolument vouloir revenir à l’état antérieur et effacer toute trace de l’évènement, sans penser que le couple peut choisir de vivre autrement.

      • Pour pouvoir penser son couple autrement , il faut que cet autrement corresponde à vos aspirations.

        Les suggestions faites sur les forums ne sont pas si simplet que ça, certes le but est souvent de ramener les personnes sur le schéma classique, cependant comprendre les causes de son infidélité permet également d’évaluer si le fait d’avoir un amant est une solution palliative cachant un mal profond ou un réel besoin. Passer un couple malheureux en couple libre ne résous en rien le problème.

        Sinon, je vous rassure nous sommes dans le même espace-temps… Sauf si les Belges ou les Canadiens ont un temps d’avance sur nous. 😉

        Gleeden, je ne connais pas. Je ne pensais que le slogan du site étant clair, tout était simple. Apparemment non.

      • Entièrement d’accord avec vous que le couple libre n’est pas une solution miracle et qu’aucune situation n’est simple. Mais il y a toujours trop de monde pour croire que si un couple n’est plus exclusif, c’est qu’il est forcément malheureux.

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