Fantasmes de viol

Ce n’est pas parce que certain(e)s fantasment que ça excuse le crime.

fantasmer n'est pas inviter (ref. photo (c) limitedaudience.com)

fantasmer n’est pas inviter (ref. photo (c) limitedaudience.com)

J’ai toujours tendance à me mettre à la place des autres. Quand je m’abandonne au hasard de mes pérégrinations dans la nébuleuse pornographique, je redoute toujours de tomber sur des scènes où la fille n’a pas l’air de s’amuser du tout – pire, sur des scènes qui jouent un scénario de viol. Et donc j’ai vraiment du mal avec les fantasmes de viol.

Cela dit, je ne juge pas plus le mec qui rêve de viol que celui qui rêve d’égorger son boss. Tant que ça reste du niveau du fantasme et qu’il ne passe pas tout son temps à en rêver.

Mais il y a aussi des nanas qui ont des fantasmes de viol (entendons-nous bien : d’êtres violées). En général le violeur ressemble à George Clooney, il demande « s’il vous plaît » et il ne serre pas trop les menottes, quoique certains de ces fantasmes doivent sûrement être un peu moins vanille que ça. Certaines femmes doivent se sentir très mal à l’aise quand il leur vient de telles idées. Avec peut-être la culpabilité d’y voir une légitimation d’un crime odieux.

Heureusement ça n’a rien à voir. Aucun fantasme ne justifie un crime. Le féminisme que je défends, c’est celui qui combat le viol sans juger nos fantasmes.

Personne ne prétend que les gens qui pratiquent le SM encouragent l’humiliation, l’esclavage, la torture ou les mutilations. Donc ce n’est pas parce que ça vous excite parfois d’imaginer vous faire forcer dans un coin de rue par un inconnu qu’il faut y voir un crime de lèse-féminisme voire un encouragement pour les violeurs de ce monde.

  • De même qu’une tenue courte n’est pas le signe qu’on veut coucher avec le premier venu.
  • De même qu’un piercing à la langue ne veut pas dire qu’on se mettra à genoux devant la moindre braguette.
  • De même qu’aimer qu’un chéri vous appelle « ma pute » n’est pas un encouragement aux insultes sexistes dans la rue.
  • De même qu’une envie de fessées n’est pas un appel aux violences conjugales.
  • De même qu’une envie de sexe avec plusieurs hommes n’est pas un blanc-seing pour les tournantes.

19 réponses à “Fantasmes de viol

  1. Certain(e)s prétendent que s’épiler, porter des talons hauts inconfortable ou aimer être baisée à la hussarde sans préliminaire est incompatible avec le féminisme (les cons !)… Je pense donc que – malheureusement – beaucoup pensent que « les gens qui pratiquent le SM encouragent l’humiliation, l’esclavage, la torture ou les mutilations. »

  2. @R. Hélas, j’ai longtemps cru la même chose (à ma décharge : avant d’y avoir réfléchi) – cela dit, je n’ai jamais porté de jugement sur les pratiques SM

    @l’onirique : je suis content de vous l’entendre dire (surtout vous)

  3. Oui alors hein, bon, je voulais juste le dire au passage… On peut avoir une relation ou fantasmer sur une relation D/s, S/M, BDSM & co sans que le « s » ou le « D » n’ait des fantasmes de viol. Ce n’est pas l’apanage de ceux qui ont certaines pratiques ou fantasmes dans cet univers. 😉

  4. J’ai fait une note il y a qlq temps sur ce fantasme de viol (il existe, je l’ai rencontré !)… Une autre question ce pose aussi : les femmes pour qui un non est un non, et celle pour qui un non est une invitation à l’outrepasser. Comment réagir ?!

    • Il y a un ‘non’ culturellement conditionné qui veut dire « ce n’est pas raisonnable » (et donc à la rigueur, ça m’excite). Il fausse toutes les règles du jeu. Personnellement, je suis pour l’écouter comme un ‘non’, jusqu’à ce que la belle se rende compte qu’il faudrait deux mots différents. Un peu comme dans les pratiques de domination/soumission où il paraît qu’on se réserve un mot de code qui veut dire vraiment ‘non, arrête’, afin de pouvoir dire ‘non’ sans que ça arrête le jeu.

      • J’interprète aussi les non comme des non et tant pis pour moi (et/ou elle) si nous sommes passés à côté de quelque chose…

        Oui, il y a les « safe word » en D/s et même les « color word » (ai-je découvert il y a quelques temps sur un article très plaisant) (j’ai la flemme de le rechercher, mais Google est ton ami !)

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  7. Il y a d’ailleurs pas mal (même si on n’est pas non plus à 100% loin de là) de féministes dans la communauté BDSM.

    On se rend d’ailleurs compte au bout d’un moment que la notion de consentement est vachement subtile d’ailleurs. Entre le non qui veut dire oui et le safe-word (« rouge » veut dire « non » de manière assez universelle, et « orange » veut souvent dire « oui mais va falloir ralentir un peu »), les situations où l’autre n’est plus en état de savoir à quoi il consent (ce qui oblige à bien négocier préalablement des limites claires), les moments où l’autre est bâillonné et la notion assez paradoxale de « non-consentement consenti » il y a pas mal de matière à réflexion même si l’on n’est pas intéressé par les pratiques en elles-mêmes.

    • Je crois que la réflexion sur le consentement est à juste titre au coeur des préoccupations d’éthique et de droit. Et que c’est pas simple du tout, comme les notions de libre arbitre et de responsabilité.

  8. Merci. Simplement merci.
    En lisant le livre de Phillipe Brenot « Le sexe, les femmes et l’amour », j’ai été très interloquée par les statistiques des femmes ayant ce fantasme du viol. Je n’ai jamais vécu de mauvaises expériences en matière de sexe, mais la notion de viol et de tout ce qui peut s’en rapprocher me met hors de moi et j’avoue qu’avant de lire ce livre-enquête de Brenot, j’étais dans l’incompréhension face à ce type de fantasme. Je le pensais même plutôt rare en fait. D’ailleurs je n’y avais pas forcément bien réfléchi. Si j’en avais entendu parler, je le balayais simplement en me disant « non, ça, ça dépasse la limite, comment est-ce possible? »
    Finalement, il s’avère que sur les 3000 femmes interrogées de cette enquête, bon nombre avouent (non sans peine pour les féministes interrogées) qu’elles fantasment là dessus. Je n’ai plus les chiffres, j’invite donc à trouver le livre, qui a par ailleurs son pendant masculin 🙂
    Depuis, je ne cesse de me demander pourquoi. Effectivement, chacun ses fantasmes, à chacun de les partager ou de les conserver pour soi. Mais depuis, j’avais vraiment envie de comprendre pourquoi. Le viol est une chose que j’exècre tellement que je n’arrivais pas à joindre, même juste la notion de viol à celle de plaisir. Je n’arrivais pas mentalement à faire ce pont.
    Tu viens de m’ouvrir une grande porte. La deuxième partie de ton billet m’a révélé en fait que je cherche à faire un pont qui n’a pas lieu d’être. En fait le problème vient de moi et mon cerveau qui a fait ce raccourci désagréable.. Car en effet, c’est comme si je cherchais à faire un pont entre ceux qui pratiquent le SM et ceux qui prennent du plaisir dans l’humiliation des autres. Entre ceux qui aiment la fessée et les ceux qui subissent les violences de leur conjoint(e). Maintenant que j’ai compris ça, je m’en veux d’avoir osé mélanger ces deux choses là. Je ne me rendais absolument pas compte de ça.
    Je lutte moi-même contre ce préjugé: dire qu’on est polyamoureux ne signifie pas qu’on est disponible pour coucher avec tout le monde.
    Merci de m’avoir permis de sortir du préjugé sur le fantasme du viol, donc. Enfin je rectifie. Je ne blâmais pas ce fantasme, mais il me mettait mal à l’aise. Je sors de la lecture de ton billet et de cette réponse sans le blocage que j’avais sur le sujet. Et ça, je te le donne en mille, c’est quand même assez chouette 🙂

  9. Le sujet ici est surtout : « l’envie d’un jeu n’est pas l’envie du drame qu’il simule (donc aucune justification, jamais, même si) », mais j’aimerais réagir sur « pourquoi cette envie ? ».

    Le sexe est certes un plaisir physique, mais c’est aussi un « plaisir d’intention » : la séduction, le moment idéal, l’élan irrépressible, le cérémonial qu’on prépare, la situation à risque, les multiples sms d’avant la rencontre… tout cela fait partie intégrante du désir et du sexe.

    Ces « élans » et ces « mouvements » forment l’architecture des jeux de rôles ou des fantasmes intimes, mais on a parfois tendance à l’oublier, tellement on est obnubilé par la violence sous-jacente du fait lui-même.

    Concernant le « fantasme du viol », j’y vois surtout une envie de plus d’initiative et de vigueur, au point de se retrouver totalement passive, mais aussi surprise et un peu effrayée (la peur augmente le plaisir, c’est bien connu).
    Ce n’est donc pas l’agression elle-même qui est désirée, mais juste un « mouvement » (danse sexuelle) dont le viol se trouve être la représentation la plus proche. Mais on pourrait très bien rêver être embarquée consentante par un sauvage viril pour obtenir les mêmes sensations (ou même attendre un inconnu dans une chambre d’hôtel : peur et désir mêlés).

    Bref, il me semble important de détailler tout de suite le schéma qui sous-tend le fantasme, pour bien montrer combien on est loin, tellement loin, du fait violent lui-même.

    • « la peur augmente le plaisir, c’est bien connu.. » Ah bon ?!!!

      Personnellement c’est complètement le contraire…

      • @Lili : Je corrige et précise donc :
        « les fortes émotions, maîtrisées et recherchées, dont la frayeur (montagnes russes, saut à l’élastique, passager en moto, braver un interdit,…) sont un excitant très efficace pour la libido. »
        http://www.terrafemina.com/vie-privee/sexo/articles/41902-quand-la-peur-stimule-desir-et-plaisir-.html

        Par contre oui, bien sûr : la peur sourde liée à l’insécurité et à l’inquiétude, le danger non souhaité, la crainte d’un inconnu, l’agression violente… ne donnent absolument pas envie de faire l’amour.

        C’est justement la différence qu’il y a entre le fantasme du viol et le viol lui-même !
        Et ce que je cherchais à prouver : il y a un écart gigantesque entre ce qui est réellement recherché (plaisir extatique) et ce qui est simulé (souffrance physique et psychologique du viol). La ressemblance n’est qu’apparente…

  10. Lili, la peur n’augmente pas non plus mon plaisir, au contraire. Mais ça c’est chacun qui voit, chacun qui sent.
    Léolu, je te suis parfaitement. Tu expliques très bien cette marge entre le fantasme et le fait violent. Même si, au passage, tu l’adoucis 😉

  11. ça méritait bien des précisions… 🙂

    PS : montagnes russes, saut à l’élastique, passager en moto, braver un interdit… tout ceci ça me coince aussi. J’ai horreur des picotements et des sensations que provoque l’adrénaline !

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