Qu’est-ce qui est dégradant ?

Longtemps j’ai jugé dégradantes pour la femme certaines pratiques où l’homme est en position de domination, sans me rendre compte que j’aimais moi-même d’autres pratiques où la femme est au moins autant en position de domination.

Evidemment que c'est dégradant ! (ref. photo (c) under-feet.com)

Evidemment que c’est dégradant ! (ref. photo (c) under-feet.com)

Vous ne mangeriez des criquets ou des vers blancs pour rien au monde. Et pourtant il paraît que d’autres trouvent ça délicieux. La plupart des gens aiment les huîtres. Perso j’ai jamais pu. Pour autant, je ne juge pas ceux qui aiment ça.

Projeter sa propre sensibilité ou sa propre culture pour interpréter la perception d’un autre est un exercice hautement périlleux. En matière de sexe au moins autant qu’en matière culinaire. Pendant longtemps j’ai eu des idées très arrêtées sur certains actes que je voyais dans le porno – je les considérais comme « dégradants », en n’imaginant pas une seule seconde qu’une fille puisse aimer ça. J’étais sûr que les producteurs, les acteurs et les spectateurs ne faisaient que simplement projeter leurs fantasmes sans aucun égard pour l’actrice (laquelle je jugeais aussi parce qu’elle n’aurait jamais dû se laisser faire).

  • la fellation est dégradante, surtout quand l’homme est debout et la femme à genoux (domination phallique)
  • ne parlons pas de la gorge profonde (suffocation d’une femme avec son sexe)
  • l’éjaculation sur le visage, sur les seins ou dans la bouche (souillure, marquage du territoire)
  • la pénétration anale (transgression, possession)
  • les groupes où le ratio H/F dépasse 1 (forcément du viol collectif)
  • les groupes où le ratio F/H dépasse 1 (forcément une apologie de la polygynie)
  • les claques sur les fesses (violence conjugale larvée)
  • les mots crus (vulgarité, mépris)
  • et même la levrette aussi un peu (animalité, objectification)

Alors n’évoquons même pas les pratiques un peu plus extrêmes virant vers le SM.

D’une part, ça saute aux yeux que mon avis était bassement conformiste. En le lisant en creux, tu croirais lire un manuel de sexualité du XIXe siècle qui tolérait à la rigueur le missionnaire mais en silence en chemise de nuit et bonnet, sous les draps, la lumière éteinte et sans trop insister sur les caresses, juste le minimum pour la -ahem- lubrification.

D’autre part, on a presque l’impression qu’à partir du moment où quelque chose correspondait à un fantasme masculin, je considérais ça forcément dégradant pour la femme. Comme si l’étiquette « liked by men » était intrinsèquement odieuse et qu’il était inenvisageable que certains désirs soient partagés par les deux sexes. Ne peut-on pas retourner l’accusation du début et dire que les censeurs projettent simplement leurs propres réticences sans aucun égard pour les désirs des intéressé(e)s ?

Car là, je me pose la question : pourquoi ne trouvé-je pas dégradant qu’une femme me plaque dans un coin de mur et m’arrache mon tee-shirt ? me chevauche pour son plaisir ? assoie son entrejambe sur ma bouche ? me présente ses fesses à lécher ? m’attrape fermement par les cheveux pour mieux plaquer ma bouche contre son orgasme qui monte ? me graffigne les fesses ou me morde l’épaule ? me barbouille le ventre de glaire ou de sang ? Non seulement je ne trouve pas ça dégradant, mais j’en redemande : certaines choses ne donnent à priori pas de plaisir directement mais nourrissent le plaisir via l’excitation qu’elles suscitent.

Dans un monde inversé, il y aurait eu des hommes pour me dire que le cunnilingus est dégradant pour un homme, en m’affirmant que je ne peux pas aimer ça. En tout cas pas vraiment, et que je ne le fais que pour faire plaisir à une perverse qui m’utilise en se servant de son pouvoir de domination. Et des femmes qui les auraient crus.

Prisonnier de la double image de la femme faible et de l’homme pervers véhiculée par une vision réductrice du féminisme, je m’étais donc longtemps permis inconsciemment de juger de ce qu’aiment certains hommes et qui excite certaines femmes. Alors que je refuse à quiconque le droit de juger de ce qu’aiment certaines femmes et qui m’excite moi.

La seule chose contre laquelle il faille être impitoyable, c’est quand il n’y a pas consentement. Je crois être assez grand pour savoir quand mon consentement est spontané voire enthousiaste et quand il est extorqué. Et il serait odieusement sexiste de croire que les femmes seraient incapables de faire cette différence, ça serait les prendre pour des mômes.

7 réponses à “Qu’est-ce qui est dégradant ?

  1. Quel beau travail sur soi ! C’est ce que Carl Rogers appelle la congruence !
    Décidément, bcp de plaisir à lire vos posts !

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