Comprend Qui Peut

La grivoiserie de Boby Lapointe revisitée par un effet de miroir révélateur

sexisme, désir, homme objet

Comme une lueur d’intelligence…

J’ai déjà dit que j’avais fini par me fâcher avec la chanson de Renaud (Miss Maggie). A l’inverse, voici une chanson avec laquelle je me suis réconcilié (enfin, avec les paroles, parce que la musique de Boby Lapointe, c’est rarement mirobolant).

Cliquez sur ce lien pour entendre Boby Lapointe la chanter

Au départ, cette chanson ne partait pourtant pas gagnante : une chanson grivoise écrite par un mec à propos du désir féminin, c’est forcément sexiste et pas crédible. C’était évidemment une projection de ses fantasmes à lui, qui ne pouvaient par définition pas correspondre aux fantasmes d’une vraie femme, puisque par postulat le désir des hommes est couleur viol, tandis que celui des femmes est couleur bisounours.

Mais maintenant, procédez à deux exercices intéressants :

D’abord, imaginez que la chanson ait été chantée voire écrite par une femme. Tout de suite, on la regarderait d’un autre oeil, alors que les paroles seraient rigoureusement les mêmes.

Ensuite, renversez les genres : remplacez « Marcel » par « Sandy », remplacez « vit » par « chatte », « noeud » par « con », « queue » par « fente », etc. et vous avez une chanson détestablement misogyne qui réduit les femmes à leur anatomie et qui les prend pour des idiotes, tout en dépeignant les hommes comme les porcs lubriques qu’ils sont évidemment.

Alors en revenant à la version d’origine, moi je dis qu’une horrible chanson sexiste qui réduit un homme à son entrejambe et qui en fait un simplet tout en représentant les femmes comme les chiennes lubriques qu’elles sont souvent : j’aime.

Les paroles

Marcel n’est pas ce qu’on appelle
Un intellectuel
Marcel, Marcel
Quand je l’apelle
Moi je l’appelle Marcel
Il répond pas, mais il approche
De sa démarche gauche
Et l’on peut voir
Dans son regard
Comme une lueur d’intelligence

Il sait de quoi j’ai envie
Il n’est pas si bête
Il sait que c’est de son vi-
goureux corps d’athlète
Je pose ma main sur son gros bras que m’ar-
rive-t-il ça fait tilt
Il me sussure le cu-
rieux refrain
« Tiens ! voilà du boudin »
Et puis en roulant les « R »
Oh, le grand nigaud
Il me dit je vais te faire
Le fameux coup du légionnaire
Et du sable chaud
Dans la légion étrangère

J’aime son heu-
reux caractère
Toutes ses affaires
Et c’est pour ça que
Je dis que l’amour,
Même sans amour
C’est quand même l’amour !
Comprend qui peut ou comprend qui veut !

Celles qui croient que mon Marcel
Ça n’est qu’un manuel
Elles connaissent rien :
Ya pas qu’ses mains qui font des choses bien
Pis d’ailleurs moi j’ai pas le temps de savoir qui est Marcel
Car mon Marcel
Il me harcèle
Marcel me harcèle
Marcel me harcèle

C’est comme s’il avait devi-
né ce dont j’ai envie
Je dirais même qu’il a si vi-
goureux appétit
Que je jurerais parfois qu’il a divi –
Qu’il a divinement
Fait tout ce qu’il faut faire pour mon con…
Oui, mon contentement
Il sait de quoi j’ai envie.
Il n’est pas si bête
Il sait que c’est de son vi-
goureux corps d’athlète
J’aime son heu-
reux caractère
Toutes ses affaires, et c’est pour ça que
Je dis que l’amour,
Même sans amour,
C’est quand même l’amour
Comprend qui peut ou comprend qui veut !

10 réponses à “Comprend Qui Peut

  1. je préfère Les Sucettes à l’Annie … Gainsbourg était plus subtil … et puis il envoyait les jeunes filles au casse-pipe (si je puis dire !) :))

    • Comme dirait l’autre, chacun voit le sexisme à sa porte. Et ce n’est pas parce qu’on envisage une femme ou un homme comme objet de désir qu’on va forcément la traiter ou le traiter comme un objet tout court.

  2. Il semble que cette chanson soit une ode (camouflée) à un homme (Marcel) par un homme (Boby Lapointe). D’où le « comprend qui peut »… Boby Lapointe, un sacré bonhomme, qui a écrit une belle ode aux putes, aussi (ça va ça vient), une des premières berceuses que j’ai chantée à mes fistons.

      • Alors d’abord, gros mea culpa sur l’emploi du subjonctif, ça m’apprendra à modifier mes phrases 8 fois avant de cliquer !
        Ensuite, ma petite mère m’avait déjà dit cela (que cette chanson traitait de l’homosexualité), et je le retrouve sur wikipédia, qui n’est pas l’évangile, je te l’accorde.
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Homosexualité_dans_la_chanson_française
        Pour finir, peut-être que ce « con »-là est le brouilleur de piste ?

      • Quelle que soit l’arrière pensée de l’auteur, c’est ce que la chanson évoque pour nous autres qui compte. Et en l’absence de franche allusion à des relations homosexuelles (à moins que -excusez mon ingénuité- elle se soit glissée dans « le fameux coup du légionnaire »), vu qu’elle est interprétée avec une voix de fausset et qu’il est question de con(tentement), je ne pense pas extrapoler trop violemment en prétendant qu’elle s’interprète tout à fait naturellement sous l’éclairage hétéro.

  3. Je prends le train en route…
    ça m’a toujours interrogé les chansons de Boby L., moins sexistes que Brassens (c’est pas dur…) Pour moi celle-là est hétéro. Étonnant d’ailleurs qu’on puisse la prendre pour une chanson à sous-entendus homo, comme si quand on évoque désir, ça ne pouvait pas être une femme qui chante…Moi, je la chante facilement, je me sens bien avec Marcel. En revanche, je déteste « ça va ça vient » : cette cruche sans désir, sans personnalité, jouet des uns des autres. beurk. La fille « gentille »…Comme dit l’autre, c’est pour dire du mal mais elle est gentille…

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