Moi ça va, merci

A les entendre, on devrait toujours se sentir démoli par une infidélité – moi ça va, merci, et arrêtez de nous dire ce qu’on doit ressentir.

avortement, culpabilité, hypocrisie, banalisation

Ca va bien, merci (ref. photo (c) erotica-archives.com)

Je déteste qu’on me dise ce que je dois penser et ressentir. En tant que « mari trompé » (rien que le vocabulaire en dit long), je me documente pas mal sur la jalousie et l’infidélité. Et partout je lis que la jalousie est naturelle, que je dois laisser s’exprimer ma colère et ma douleur, qu’il faut que j’apprenne à pardonner, à reconstruire mon couple, mon estime de moi. Et surtout je lis que si je crois que je ne ressens pas de jalousie, c’est soit que je n’aime pas vraiment ma femme, soit que je refoule mon sentiment et que le jour où ça va péter, ça sera pas joli joli.

Ben en fait non, moi ça va, merci.

Et là je compatis à mille pour cent avec un tas de gens à qui la culture ambiante impose ce qu’ils doivent penser et ressentir.

Je prendrai juste l’exemple des femmes qui ont subi une IVG et à qui tout le monde s’évertue à tendre un miroir déformant qui leur fasse bien comprendre qu’elles sont dévastées, qu’elles traversent une vraie épreuve, que c’est une décision lourde de conséquences, qu’on n’est jamais tout-à-fait la même après, etc. Les témoignages sur le site « je vais bien merci » sont particulièrement poignants. Le mécanisme de formatage psychologique est très pervers : tout le monde étant persuadé qu’on ne peut pas vivre bien un avortement, tous les interlocuteurs des avortées, même les mieux intentionnés, leur parlent comme si elles étaient obligatoirement des rescapées de l’holocauste. Lesquelles rescapées finissent par avoir les boules pour de vrai, cqfd.

En fait, on a légalisé l’avortement mais on l’a assorti d’un « devoir de traumatisme » qui glisse assez facilement vers un tartinage systématique de culpabilité.

Non merci. Et si c’était moi, j’imagine très bien que oui ben voilà, j’ai eu une IVG, mais que non, moi ça va, merci.

Donc trêve d’atermoiements hypocrites pour les avortées et les cocus (sans priver d’écoute ou de soutien celles et ceux pour qui c’est dur). Et arrêtez de nous dire ce qu’on doit ressentir.

9 réponses à “Moi ça va, merci

  1. C’est ce que je ressentais à l’époque ou j’évoquais notre façon de vivre à deux ou trois amies,entre la compassion mal placée »mais forcément tu dois souffrir » »il est jaloux mais il te le dit pas »(ressenti de l’autre!) et le risque qu’on me fasse interner pour anormalité totale(« mais tu ne peux pas vivre comme ça personne ne peut ») j’ai finalement cessé de dire les choses,sauf à mon conjoint ou à de très rares personnes , j’en avais marre aussi qu’on m’explique comme vous dites ce que je suis censée ressentir parce que c’est la norme !merci encore pour tous ces mots si justes

  2. Je voudrais commenter sur tout ce blog que j’adore ce que je lis, mais je vais pas le faire, je vais juste commenter ici en disant que ça vaut pour tous les articles

  3. Ca me fait penser à cette scène de Terminator 2 (ou est-ce le 1), où Sarah Connor discute de sa possible sortie avec le chef de l’unité psychiatrique. Quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, le psychiatre interprétera tout selon son symptôme, car elle n’est plus réduite qu’à cela (et elle finit d’ailleurs par lui planter un stylo si je me souviens bien, et toc).
    Dès qu’une femme pousse la porte d’un centre anti-IVG, dès qu’un homme (ou une femme) annonce qu’il a été « trompé », on le réduit à cet événement, sans prendre en compte tout ce qu’il y a autour.
    Je fais des études de comportementaliste animalier (le gonze qu’on appelle quand Médor mord, que Minet fais pipi partout et que Rossinante déprime), et je suis frappée de voir à quel point on réduit les individus (hommes comme animaux) à une étiquette : ça rassure, ça donne des repères, et si étiquette il y a, il y a forcément un mode d’emploi qui lui correspond !
    Le monde est-il terrifiant à ce point pour admettre que les autres ne pensent pas comme nous ?

    • (je digresse) En parlant d’étiquettes, l’autre jour un copain parlant d’un autre dit « vraiment un type 6, lui ». J’ai cru que c’était un genre de private joke et je n’ai pas relevé, jusqu’à ce que je comprenne en rentrant chez moi qu’il parlait d’un type de personnalité selon l’ennéagramme. Déjà qu’on case les gens en 12 signes du zodiaque, j’ai du mal, mais là ils se sont même pas donné la peine de donner des jolis noms genre rat ou cancer, ils ont juste mis des numéros…

  4. Ouf, je suis content de lire enfin un témoignage de quelqu’un qui ne soit pas jaloux, dans une situation où « la morale ambiante » lui suggérerait de l’être. En ce qui me concerne, j’ai vu la mère de mes enfants s’amouracher petit à petit, ou tomber amoureuse progressivement d’un collègue à moi, plus jeune que nous; j’étais sincèrement content pour elle, et ai invité plusieurs fois cette personne à rester manger avec nous, mais cela le gênait. Par la suite j’ai été écarté de la maison par un accident qui a donné six semaines de coma, et le choc les a poussés dans les bras l’un de l’autre; j’en suis même reconnaissant à cet ancien collègue que je ne vois plus, de lui avoir apporté ainsi qu’à nos enfants une présence masculine et aimée à la maison pendant mon absence forcée.
    (bravo, ce blog est super)

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