Si mon amant était une amante

Ou comment se prétendre bisexuelle pour apaiser le désarroi du conjoint « trompé ».

Quand l'amante est un amant, la jalousie est différente

Ou inversement si ta maîtresse était un amant… (ref. photo (c) paulscha on deviantart.com)

A moins d’être en couple avec un homophobe, avouer une infidélité en falsifiant simplement le genre de l’amant (pour en faire une amante) permettrait sûrement d’apaiser de nombreuses craintes pour que la pilule passe mieux, en faisant appel à des ressorts psychologiques plus « sains » que la jalousie primale.

On n’est pas obligé de vivre le mensonge en vrai. Rien que de se forcer à imaginer la situation, ça peut clarifier deux ou trois choses pour le « cocu débutant » :

  • je suis bisexuelle, pas lesbienne : je n’ai pas du tout l’intention de te quitter pour vivre avec elle
  • il n’y a aucune raison de comparer ce qui se passe au lit avec toi ou avec elle : ça n’a rien à voir
  • de même, ça n’a pas de sens de me demander si elle est ‘plus belle’ que toi : elle m’attire, c’est tout
  • ce que je fais avec elle ne te regarde pas : c’est des trucs de filles de toute façon
  • ce qu’elle m’apporte, tu ne peux évidemment pas me le donner : tu n’as pas à te sentir dévalorisé ou mis en cause
  • ça n’a aucun rapport avec notre vie de couple : ce n’est quand même pas parce qu’on a quelques soucis à régler que je suis attirée par elle
  • ce que je ressens pour cette fille fait partie de ma personnalité : me demander d’arrêter ou de choisir, ça serait m’amputer d’une partie de moi-même
  • il serait idiot de croire que l’amour que j’ai pour toi et la tendresse que j’ai pour elle sont en compétition
  • l’attirance que j’ai pour elle m’épanouit et c’est important que je puisse avoir du temps avec elle
  • l’épanouissement et la joie de vivre que ça me procure, je vais forcément les partager avec toi

Et quand les choses seront bien apaisées, que Monsieur aura réussi à gérer sa jalousie, à se rassurer sur lui-même et sur le couple, alors il ne restera plus qu’à faire son coming-out hétéro.

Ah au fait, chéri, Audren c’est aussi un prénom de mec 😉

Note : on peut évidemment inverser les genres, comme dans la plupart de mes articles.

Et si vous pensez que ce n’est quand même pas pareil, et que c’est un gros mensonge ou un parallèle abusif, demandez-vous comment vous considéreriez cet autre mensonge consistant à tricher sur la couleur de peau de l’amant : « au fait, je ne te l’ai pas dit, mais mon doudou s’appelle Idrissa, et il est noir ». Si vous êtes d’accord que ça ne devrait rien changer, et qu’à la rigueur le mari n’a pas à savoir ni le prénom ni la couleur de peau de l’amant ; et si vous êtes d’accord qu’on doit avoir la même attitude vis-à-vis de l’égalité des sexes et de l’orientation sexuelle que vis-à-vis de l’égalité des races, alors ma proposition se tient. Sinon, tant pis.

18 réponses à “Si mon amant était une amante

  1. J’ai du mal à m’expliquer pourquoi je me sentirais plus jalouse qu’il vive un moment érotique avec un homme?

    Quand j’ai ouvert mon passé à mon chéri, il a appris que j’aimais les deux sexes ou je crois plutôt qu’il a appris que mon plaisir était évidemment bisexuel . Je ne sais pas si il a vécu ces aveux différemment. Je ne l’ai pas senti en tout cas et on en a pas reparlé.

      • J’imagine qu’un homme lui donnera tout ce que je ne peux pas lui donner et qu’on ne joue pas dans la même cour. Comme si j’avais besoin de comprendre ce qu’il vit ailleurs comme plaisir. là ça m’échappe et donc ça me fait peur… je ne sais pas si je suis clair.

      • Ben justement, c’est l’idée de ne pas jouer dans la même cour qui me faisait penser que ça pourrait être plus facile, puisqu’il ne peut pas y avoir de rivalité directe. Comme si ça se passait dans une dimension parallèle. Effectivement, il faut arriver à lâcher prise sur ce qui se passe dans cette dimension parallèle mais c’est peut-être un bon exercice pour se faire à l’idée que l’autre aura toujours une part qui nous échappera totalement.

  2. Je ne crois pas que ce soit forcément plus facile.
    Il existe une peur de l’inconnu, une peur de l’abandon plus grande qu’une orientation sexuelle differente peut exacerber.

    La bisexualité peut eveiller une peur dhomosexualite.
    L’orientation sexuelle de toute façon nest pas, je crois, sur le meme plan que lidentite raciale.

    • J’ai simplement écrit qu’il fallait avoir la même attitude : Pour moi, la même attitude, ça veut dire qu’une orientation sexuelle ne vaut pas moins qu’une autre ou n’est pas plus ‘normale’ qu’une autre, qu’on ne doit pas se comporter différemment (à part au lit, évidemment) avec un homo qu’avec un hétéro, et qu’à la rigueur on n’a pas à s’en préoccuper.

      Mais il est vrai que la bisexualité peut éveiller la peur que l’autre soit en réalité homosexuel(le). En l’occurrence, il faut faire confiance au ressenti de l’autre.

      Je me demande s’il n’y a pas un certain nombre de femmes qui ont dû choisir un camp (et donc lesbiennes) parce qu’aucun homme n’était prêt à les laisser vivre leur bisexualité. J’ai l’impression que c’est mieux compris/toléré maintenant de la part des hommes, mais je peux me tromper.

      • Dans les jaloux y a de tout 😀
        a mon avis preferer que lamant soit du meme sexe ou de sexe different cest le meme fond : y a une des deux situations qui securisent..on est donc pas sorti de l’auberge du controle (ça ne veut pas dire que ça ne se fera pas ou qu’on ne fait pas en sorte de changer..)

        Bref..

        Pour le choix de camp..je ne saurai le dire. Il me semble que la bisexualite masculine n’est pas si bien accueillie que ça non plus. Et jimagine sans y avoir songe jusque la que..comme pour tout ultimatum (qui ne dit d ailleurs pas forcement son nom) on est bien obligé de faire un choix.

  3. la jalousie est la peur que l’autre ne s’occupe plus de vous, la peur de l’abandon , du désintérêt que celui-ci soit à cause d’un sexe ou de l’autre il me semble que c’est pareil.

    Je pense que les femmes vivent mal d’être trompées pour un homme car souvent elles le prennent comme une atteinte à leur féminité.

    Pour un homme cela peut l’exciter le temps de croire qu’il va faire des parties à 3 mais si la femme n’est pas partageuse il va vite déchanter.

    et puis maintenant on pourra divorcer d’un conjoint de genre sexuel opposé pour se marié avec un un personne de son genre sexuel, donc la tromperie même homosexuelle peut engendrer le départ et la fin du couple.

    voilà quelques réflexions matinales pour alimenter le débat de ce problème d’ébats …

    • Même quand on ne pouvait pas se marier on pouvait déjà partir. Mais je pensais à une vraie bisexualité, pas une bisexualité de transition vers une homosexualité complète. Effectivement, il y a toujours un moment de doute (y compris de la part de l’intéressée si elle est seulement en train de s’ouvrir à son désir pour le même sexe) mais une fois qu’il semble acquis que Madame n’a pas envie de vivre avec une femme, j’imagine que la jalousie pique moins fort quand elle sort avec une amante que quand elle sort avec un amant.

  4. pas mal la transposition,ça aide à réfléchir
    Je ne ressens vraiment jamais de jalousie lorsque mon conjoint bisexuel a des relations avec un homme je pense que je ne suis pas
    dans la comparaison.. ni dans la peur et c’est vrai qu’avec les femmes il m’arrive d’etre un peu jalouse pour les raisons inverses.. , .j’aimerais ressentir la meme sérenité tout le temps , puisque c’est effectivement la meme chose …donc il suffit d’inverser les propos et en théorie en tout cas ça fonctionne, vivement que ça marche en pratique tout le temps!
    ,
    j’espere que c’est à peu près clair parceque j’ai fait quelques raccourcis pour synthétiser

  5. Je ne me sens pas jalouse envers une femme quand à l’acte physique lui même. Peut être qu’il me rassure tellement sur nous qu’une autre femme n’est pas une « menace » pour moi, elle pourrait être une complice ou une partenaire mais pas une adversaire ( mon mari n’est pas un bout de viande qu’on doit se partager entre lionnes! oups) . Et il m’a exprimé son désir des femmes, je connais à peu près ses envies et tout ce qui l’anime (même si il y a encore plein de zones à découvrir) . Si je découvrais qu’il m’avait trompé avec un homme, ce qui me « ferait mal » ce serait de me dire qu’il ne m’a pas parlé de ce désir, qu’on a pas partagé ça , je me sentirais un peu hors jeu…. il faut que je réfléchisses à tout ça ! 😉 c’est pas clair dans ma tête en fait

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  8. En tant que bisexuel.le ayant été régulièrement victime d’homophobie et de biphobie, il y a quand même quelque chose qui me fait tiquer dans cet article…

    Déjà, l’idée de se prétendre bisexuelle, au-delà du risque que cela comporte (car, non, l’homophobie et la biphobie ne sont pas si rares que cela, même lorsque l’on pense connaître son partenaire), j’ai l’impression que c’est un peu cracher sur les femmes bisexuelles (puisqu’elles sont les principales mentionnées dans l’article) et jouer sur des stéréotypes qui sont souvent repris pour les insulter.

    (Je précise que je n’ai aucun soucis avec les femmes bisexuelles polyamoureuses, ayant une amante, etc., je considère qu’aucun.e bi.e ne devrait avoir à défendre la bisexualité à coup de « oh, mais nous pouvons aussi être monogame / fidèle », cependant, venant d’une personne hétéro, ça n’a pas du tout le même impact.)

    Statistiquement, les femmes bisexuelles sont plus souvent victimes de violences sexuelles (y compris de viol) et conjugales que les femmes hétérosexuelles ou homosexuelles. Le fait de dire « oh, ne t’en fais pas, je suis bie et mon amant est une femme » pour mieux faire passer la pilule à un partenaire me semble un tantinet ignorant (sans compter que je ne pense pas que le mensonge soit une bonne idée, mais c’est un autre débat).

    Par ailleurs, l’article reprend énormément de clichés sur les relations entre femmes et sur les bisexuelles et ça me fait sérieusement grincer des dents.

    Quand je lis : « je suis bisexuelle, pas lesbienne : je n’ai pas du tout l’intention de te quitter pour vivre avec elle », j’ai envie de dire… Pourquoi ? Il n’y a aucun lien logique entre les deux phrases, une bisexuelle peut tout à fait quitter son compagnon pour une femme.

    « Il n’y a aucune raison de comparer ce qui se passe au lit avec toi ou avec elle : ça n’a rien à voir »
    C’est la première phrase qui reprend l’idée que le compagnon s’attend à une compétition avec l’amant.e… et ce n’est peut-être pas intentionnelle, mais ça sonne cruellement comme le fameux « y a pas de bite, t’en fais pas ». Or, le genre de la personne n’a :
    1- rien à voir avec ses organes génitaux,
    2- rien à voir avec les pratiques sexuelles.

    Bref, rien à faire dans ce genre de conversation en réalité.

    « Ce que je ressens pour cette fille fait partie de ma personnalité : me demander d’arrêter ou de choisir, ça serait m’amputer d’une partie de moi-même. »
    Si la phrase n’était pas liée à la notion de « prétendre être bie », je n’aurais pas du mal avec, mais pour le coup, encore une fois, venant d’une personne hétérosexuelle, ça donnerait l’impression de quelqu’un qui joue uniquement sur une vision stéréotypée de la bisexualité.

    Je me doute que toutes ces phrases servent à montrer au partenaire l’absurdité de ses doutes une fois le mensonge révélé, mais expliquer que la jalousie est absurde ou inappropriée en passant par ce mensonge me pose beaucoup de problèmes et change complètement la manière de lire les explications.

    Mais là où l’article est encore plus blessant, c’est sur ce petit bout de phrase :  » il ne restera plus qu’à faire son coming-out hétéro ».
    Réappropriation assez désagréable à lire.

    J’ai l’impression de lire tout le long de l’article : « prétend être bisexuelle, ça se passera mieux, être hétéro dans ce genre de situation c’est trop difficile » et je m’étouffe avec mon clavier. Il n’y a pas d’avantage à être bisexuelle dans ce genre de situation et les hommes qui sont rassurés car « ce n’est qu’une femme » sont généralement biphobes et lesbophobes (entre autres, ils répondront positivement parce qu’ils comprendront la relation femme/femme comme « pas de bite, pas de menace » ou « les femmes, ça ne compte pas »)…

    Beaucoup de bisexuel.les ont peur lorsqu’iels doivent faire leur coming out à leur/s parternaire/s parce que la bisexualité n’est pas si acceptée que cela, que ce soit chez les homosexuel.les ou chez les hétérosexuel.les. Les femmes bisexuelles sont extrêmement sexualisées, réifiées, slut-shamées, leur consentement est souvent pris pour acquis, etc. Et elles subissent aussi des viols correctifs qui sont rarement pris au sérieux car on considère que les bisexuelles « aiment tout le monde », « ne subissent que des violences lesbophobes », « ne peuvent pas subir de viol correctif car elles sont attirées par les hommes et les femmes (pas forcément, au passage) », etc.

    (D’ailleurs, le mensonge sur la couleur de peau est tout aussi abusif, le racisme est loin d’être mort et peut susciter des réactions terriblement violentes.)

    En tant que bi.e, je n’ai pas du tout envie de savoir que des hétéro se prétendent bi.e parce que « ça passe mieux » alors que le coming out, pour nous, est rarement si simple et que j’en ai quand même pris plein la gueule depuis l’adolescence dès que j’avais le malheur de dévoiler ma sexualité.

    • Je suis désolé si le ton vous semble désinvolte par rapport aux vrais problèmes que rencontrent les personnes bisexuelles. Cet article n’est certainement pas une recommandation au pied de la lettre — le premier degré n’est d’ailleurs pas beaucoup pratiqué dans ce blog. C’est l’un de mes nombreux parallèles quasi ad absurdum qui servent à relativiser la façon de voir une situation en mettant les points sur les i de nos contradictions culturelles (d’où les clichés).

      Je suis tout à fait disposé à corriger mes maladresses les plus criantes (je l’ai déjà fait dans d’autres articles). Que proposeriez-vous de reformuler ou clarifier ?

      • Franchement, je ne sais pas trop comment reformuler cet article. Le postulat de départ « si c’était une relation bisexuelle, il y aurait sûrement moins de jalousie et ça prouverait l’absurdité » me semble juste mauvais et biphobe.

        Il aurait peut-être mieux valu éviter de pointer du doigt une contradiction qui n’existe qu’à travers certaines formes d’hétérosexisme.

  9. Bonsoir à tous,
    Merci pour ton blog Audren, j’adore. Tes articles m’aident enormément.
    Celui-ci m’amuse beaucoup car je pensais justement ce matin que ça pourrait être notre solution à mon homme et à moi pour l’aider à accepter l’ouverture de notre couple au polyamour.
    Et comme il se trouve que parmi toutes mes envies de découvertes affectives, sensuelles, sexuelles, celle d’une 1ère aventure avec une femme m’attire, l’idée me plait!

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