Le pari de la crémière : avouer ou taire une infidélité ?

On connaît bien le pari de Pascal. En voici un moulé dans la même faisselle et que nous nommerons « le pari de la crémière ».

le pari de la cremiere - avouer ou taire une aventure extra-conjugale

Le pari de la cremière (ref. photo (c) thechosenone-chester on deviantart.com)

La crémière a un crémier qu’elle aime de toute sa tendresse et de tout son coeur. Depuis peu –ne demandez pas pourquoi– elle a aussi un amant. Ils se voient régulièrement, en cachette. A chaque fois, elle s’invente des alibis au cas où son chéri lui poserait des questions. Pour l’instant il n’en a pas posé mais elle redoute le jour où il lui faudra choisir entre avouer et mentir.

Elle désire ardemment préserver son couple – mais pas au détriment d’elle-même. Elle tient en effet beaucoup à ce qu’elle vit avec son amant : cette impression de se révéler, d’être soi-même, dans la plénitude du présent, sans attaches ni embrouilles. Elle pense d’ailleurs que contrairement à ce qu’on lit partout, laisser tomber son aventure hic et nunc ne serait pas le meilleur moyen de préserver son couple. En s’amputant de cette partie d’elle-même, elle perdrait cette joie de vivre et cet enthousiasme qui profite beaucoup aussi à son crémier, et le couple retomberait dans le ronron anesthésiant de ces dernières années.

Mais au fond d’elle-même, elle sent bien que si ça continue un peu longtemps, avec cet amant ou un autre, le crémier va forcément finir par découvrir le pot de crème.

Alors elle fait le calcul suivant :

(A) Avouer l’infidélité ?

Si je lui dis, il sera déboussolé. S’il tombe dans le piège de sa jalousie primale, je risque d’en voir de toutes les couleurs et notre relation risque de passer un sale quart d’heure. Notre couple risque même de ne pas s’en remettre mais s’il ne survit pas à ça, ça veut dire qu’il n’aurait eu aucune chance de survivre dans le cas (B) de toute façon.

(B) Taire l’infidélité ?

Si je lui mens, ça donne un peu de sursis mais c’est quasi certain qu’il le découvrira un jour. Il se sentira aussi jaloux que dans le cas (A) mais en plus il se sentira trahi (même si je ne mens que pour le « préserver »). C’est ce qui le ferait le plus souffrir et qui ferait le plus de dégâts dans notre couple. Et j’en prendrai vraiment vraiment plein la gueule. Si toutefois notre couple s’en remet, alors ça veut dire qu’il se serait forcément remis dans le cas (A).

Le pari de la crémière, c’est donc d’avouer son infidélité, puisque ça fait forcément moins de dégâts que de mentir. Probablement largement moins de dégâts. Et si son crémier a tant soit peu de jugeote, quel que soit le tumulte passager de ses sentiments, il verra dans cette initiative d’aveu une marque de courage, de confiance, et même –croyez-le ou non– une marque d’amour.

Petite précision

Je parle ici d’avouer une infidélité en cours (et longue) ou récurrente. Ce n’est pas pour tout arrêter mais comme premier pas pour potentiellement renégocier un cadre dans lequel un projet de couple explicite remplacerait l’exclusivité sexuelle comme pierre angulaire de la relation.

Pour une infidélité passée (et qui n’est pas prête de se reproduire), l’aveu ne sert éventuellement qu’à se soulager la conscience en déchargeant votre culpabilité sur l’autre : avec le risque de faire souffrir le partenaire, le couple, et la confiance. Donc avant de déballer votre sac, pensez à toutes les autres choses dans votre vie que vous avez décidé de garder pour vous et d’assumer (pour éviter de blesser ou de remuer la merde), en vous demandant s’il y a une vraie raison pour que la transparence totale s’applique seulement au sexe.

27 réponses à “Le pari de la crémière : avouer ou taire une infidélité ?

  1. Puis-je poser une option sur le crémier au cas où il ne s’en remettrait pas ?
    Je me suis bien juré que même prise la main dans le sac (!), JAMAIS je n’avouerai … je dois être lâche !

    • Ça dépend ce qu’il faut entendre par avouer.
      Pris la main dans le sac, il faut bien avouer qu’on a la main dans le sac. Et si on avait juré qu’on ne mettait jamais la main dans le sac, il faut bien avouer avoir menti à ce sujet.
      Mais il y a trop de gens qui avouent des trucs qui ne regardent pas l’autre, ou qui avouent des trucs qu’ils n’ont même pas fait. Par exemple, reconnaître avoir fait du mal au cocu en ayant pris du plaisir ailleurs, et qui demander pardon à ce sujet. A mon avis, c’est un aveu extorqué. Déjà, rien que le principe de considérer qu’on puisse faire du mal à quelqu’un parce qu’on se fait du bien me semble indéfendable. Et quand le mensonge n’était que la conséquence de l’étroitesse de l’espace de liberté dont on disposait, c’est aussi à l’autre de demander pardon pour ne pas avoir laissé la marge de manoeuvre suffisante pour qu’on n’ait pas à mentir.
      Il y a parfois de vraies trahisons – à mon avis, elles sont rares.

    • Perso je suis un peut comme lou et pour une raison très étrange qui marche comme le pari pascale: tout est à l’envers chez moi et je préfère cramer dans un clip de black metal plutôt qu’être inerte post mortem, donc dans mes relations c’est le même soucis: actuellement elle m’a dit cash => adultère grillé = game over comme dans un film romance français avec Thierry Lermitte ou autre, donc je suis dans le mode « yolo je me péterais la cheville de toute façon ». Donc mode ninja activé…^^

  2. J’entendais toujours  » ne jamais avouer même sous la torture » jamais tu entends »  » ne le fais pas »  » tu lui feras mal » . un peu comme si il y avait un guide de l’infidélité à suivre à la règle. J’étais pourtant la mieux placé pour connaitre mon couple et mon mari.
    Je n’ai aucun regret d’avoir avoué même si ça ne m’a pas soulagé (ce n’était pas le but d’ailleurs). L’envie que j’avais c’était de vivre avec lui plus pleinement. qu’il me connaisse aussi sous ce jour là et que moi je le découvre autrement aussi.
    C’est aussi avant tout une belle aventure humaine. Car notre couple a gagné en solidité. même si il l’était déjà avant.

    c’est vrai ce que tu dis, »Notre couple risque même de ne pas s’en remettre mais s’il ne survit pas à ça, ça veut dire qu’il n’aurait eu aucune chance de survivre dans le cas (B) de toute façon »

    Maintenant je continue à ne pas donner de conseils aux autres car ils sont les mieux placés pour savoir où en est leur couple. J’aurais aimé qu’on croit en mon choix à l’époque😉

    • Le souci c’est qu’il y a trop d’irrationalité culturellement conditionnée dans la réponse de l’autre. Si on pouvait compter sur la compréhension patiente de l’autre, ou au moins sur un dialogue constructif, il y aurait davantage de personnes qui auraient comme toi le courage de sortir du placard de l’infidélité avant d’y être surprises par leur conjoint.

  3. L’hypothèse que l’autre finit par découvrir reste à démontrer.
    En outre, contrairement au pari pascalien, ce pari de la crémière doit tenir compte du facteur temps : ça n’est pas la même chose de dire « chéri(e) j’ai un autre amant » après 1 jour, 1 mois, 1 an ou 1 décade…
    Choisir le bon moment pour (A), c’est plus difficile que faire le choix (A), selon moi.

    • Une sagesse dans ce propos : si vous désirez parler du sujet, ne tardez pas. Lorsque la relation est découverte ou apprise après une année par exemple, la douleur et la déception du serment, verbalisé, de fidélité (au projet de vie comme dans les sentiments/envies) sont plus profondes…

  4. Je n’ai pas eu à faire le choix de la cremière. Par contre, si je n’ai pas à mentir ou cacher mes relations à ma femme, je commence à me poser la question vis à vis de la famille, enfants, amis et collègues. Si pour le moment je n’ai pas eu besoin de mentir, il y a toujours un risque (même infime soit-il)  de se faire prendre la main dans le sac ou de devoir répondre à des questions un peu trop embarrassantes.
    J’ai un peu peur de la réaction que pourrait susciter l’aveu ou la découverte de notre liberté de couple, déjà que quand nous annoncons que nous n’avons pas de télé  les gens sont surpris…
    Ma question: Doit on faire son « coming out » à son entourage, au risque de « leurs faire du mal » ou pire d’être considéré comme des parias? Je suis pas sûr que le principe de couple libre ou libertin soit bien accepté  et surtout bien véhiculé par la majorité des gens. D’ailleurs à combien estime t’on le nombre de couple libre ou libertins en France ?

    • Grande question. J’aurais tendance à penser que nos affaires de cul nous regardent. Et donc à part quand on est polyamoureux au point de partir en vacances ou de vivre plusieurs jours par semaine avec quelqu’un d’autre que Madame, je ne vois pas en quoi ça concernerait mes amis ou ma famille.
      Dans le livre « La Salope Ethique », Dossie Easton et Janet Hardy précisent qu’il est bon de cloisonner vis-à-vis des collègues tant la mauvaise foi et le désir de nuire sont répandus dans le monde du travail. Après, c’est à chacun de voir.
      Je pense qu’un jour il faudra s’en ouvrir aux enfants, en version suffisamment light pour que ce qu’ils risquent de laisser filtrer à l’école ne soit pas déformé et amplifié.
      Quant à savoir combien il y a de couples libres en France, c’est un secret sévèrement gardé, justement pour toutes ces raisons peu de gens osent en parler. Il y en a probablement beaucoup plus qu’on ne le croit, avec probablement aussi divers degrés dans le côté assumé (un cas très répandu doit être celui du couple ou chacun fait semblant de ne pas voir que l’autre a un amant/une maîtresse et s’en accommode dans un double accord tacite de silence réciproque).

  5. Nos affaire de cul nous regardent, OK. Sans être polyamoureux, mes maitresses n’habitent pas la porte à coté et j’aime prendre mon temps( c’est bien là l’avantage du couple libre, on est pas obligé de faire ça en 5 minutes, entre deux portes cochères). ça m’arrive (très, très rarement) de découché une à deux nuit. Il n’est pas à exclure que je me retrouve à 500 km de chez moi dans un restaurant avec une femme qui n’est pas la mienne et de voir débarquer dans ce même restaurants un collègue ou pire mes beau parents …. le monde est toujours trop petit… alors bien sûr, je peut toujours dire que c’est une cousine…mais bon, quand on a pas de bol, ils débarquent quand vous êtes en train de l’embrasser pas comme si s’était votre cousine…
    Selon l’adage  » il vaut mieux prévenir que guérir » ne pourrait on pas aussi envisager une « version light » pour les amis, collègues et beau parents?

    • Perruque, lunettes sans correction, style vestimentaire résolument différent, accent étranger, indifférence totale… Je ne vois que ça😉

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  8. Dans ce que tu dis, 9mm, je vois deux situations bien distinctes.

    Les relations subies (au sens où l’on n’a pas vraiment le choix) que sont la famille, les collègues et éventuellement les voisins, demandent des précautions particulières qui vont dépendre de chaque situation.
    Toutefois, je n’imagine pas qu’une discussion théorique sur le sujet, menée avec une complète assurance (je veux dire, sans crainte ni hésitation, que tu t’avances peu ou beaucoup) se termine de manière catastrophique. A moins d’avoir beaucoup de pouvoir sur toi et d’être prête à t’écraser si la réponse lui déplaît, la personne qui n’a pas envie de savoir ne posera simplement pas la question.

    Et puis il y a les relations amicales. Les amis dont tu es proche, avec lesquels tu t’entends bien sur toutes sortes de sujets, ne devraient pas être trop éloignés de te comprendre aussi là-dessus, quitte à risquer quelques discussions animées. Encore une fois, tu peux en parler d’abord de manière théorique afin de tâter le terrain.
    Dans ma vie, il y a eu certains changements que tout le monde n’a pas compris. Il y a eu des silences, puis des explications, et parfois des ruptures. Ou plutôt, une distance qui me donne envie de nommer ces personnes des « anciens amis », comme on parle de ses ex. Ce n’est pas dramatique. Nous avons partagé énormément, j’ai changé, eux aussi, et un jour il a fallu l’admettre. J’ai d’autres amis, eux aussi. Pour moi, notre amitié méritait de se terminer plutôt que de subsister par un mensonge.

    Tout cela n’est évidemment que mon propre avis. Après quinze ans passés dans un placard autrement cruel, je vois le rejet, le jugement, aussi comme l’opportunité de fréquenter des gens avec lesquels je peux être moi-même.

    • Sur le regard des autres, il y a cet intéressant témoignage chez Miss Dactari.

      [Mes nouvelles collègues] se présentent, l’une en plein divorce, l’autre en couple. A la question  » et toi tu as un copain ? « , […] j’ai répondu  » non, un amant « .
      Un ange est passé… […] ma future collègue en plein divorce a pensé à haute voix  » moi aussi je vais faire ça je crois… ».
      Le poids sur mes épaules s’est alors envolé, ouf !
      Puis elle a ajouté  » mais c’est compliqué si on tombe sur un homme marié avec des enfants, il est marié le tien ? « .
      Ma sincérité ne me lâchant pas, j’ai répondu que oui.
       » Et ce n’est pas trop galère à gérer ? Tu n’as pas peur que sa femme vienne te faire une crise ? « .
      Sincérité, toujours sincérité :  » non ça va c’est une copine « . C’est là qu’on regarde autour de soi en cherchant un tisonnier pour se brûler la langue, ou mieux : une corde pour se pendre.
      Quand ma future-collègue a lancé  » ha mais vous êtes tous échangistes ? ça va alors c’est pratique ! « .

  9. ah cette société qui veut tout voir, tout savoir pour tout contrôler.
    Actuellement, la transparence rime plus avec totalitarisme, autoritarisme.
    Et ce n’est pas que pour le sexe, ceci. Mais c’est bien actuel. Il ne s’agit plus de vivre, mais de relation social relevant de l’exhibitionnisme et du voyeurisme.

    Ce n’est plus faire du mal ou pas l’important, mais « savoir et dire ».
    Toujours mettre de la morale partout, fascisme renouvelé ?.

    • Ce n’est pas entièrement faux.

      Ceci dit, je ne vois pas en quoi mon article vous laisse penser qu’il s’agisse à un seul moment d’une question morale. Il s’agit simplement d’une question pratique qui se pose à de nombreux couples pris au piège du contrat tacite de transparence socialement imposé par défaut. Pour les couples qui ont su se construire explicitement sans la clause de transparence, la question ne se pose pas.

  10.  » Et quand le mensonge n’était que la conséquence de l’étroitesse de l’espace de liberté dont on disposait, c’est aussi à l’autre de demander pardon pour ne pas avoir laissé la marge de manoeuvre suffisante pour qu’on n’ait pas à mentir. »
    Ben voilà … en fait c’est aussi un peu cette idée-là aussi que je venais chercher. Je savais bien que je finirais pas la trouver.
    Encore un coup je vais mieux dormir grâce à toi.
    Merci !!

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  14. J’ai avoué avant de le faire … Il m’a laissé faire .. Conclusion: separation. On ne pouvait continuer alors que le desir n’était plus là.

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