Le grand rapprochement

Je suis convaincu que nous vivons un moment charnière, que certains veulent voir comme une seconde révolution sexuelle.

au plaisir des femmes (ref. photo (c) wowgirls.com)

au plaisir des femmes (ref. photo (c) wowgirls.com)

Le phénomène « 50 shades » est le témoin du passage dans le mainstream d’une sexualité féminine décomplexée. Je ne parle pas de ce qui est raconté dans le bouquin, je parle de ces millions de lectrices qui se sont mises à lire un pavé érotique sans s’en cacher. Je tiens mon compte : en quelques semaines, j’ai croisé dans le bus ou dans le train pas moins de trois nanas (edit du 18 mai : 6) très absorbées dans ledit pavé, sans dissimuler la couverture (l’une d’entre elles, une blondinette d’environ 20 ans, le lisait debout à un arrêt de bus et donc tenait le bouquin verticalement, ce qui offrait à tout le monde une vue imprenable sur la cravate de M. Grey).

Pour moi, c’est bien plus qu’un épiphénomène. En libérant l’expression du désir féminin, en arrêtant de croire et de faire croire que seuls les hommes pensent au sexe, on permet un grand rapprochement des sexualités, lequel ne peut que faire du bien aux rapports entre les hommes et les femmes.

Et ce n’est pas seulement moi qui le dis : selon Nathalie Bajos, qui a codirigé une grande enquête Inserm sur la sexualité en France :

L’un des changements majeurs de ces dernières décennies est le rapprochement de la sexualité des hommes et des femmes. On le voit aussi bien à l’âge du premier rapport qu’au nombre de partenaires ou à la diversité des pratiques.

Je vous laisse lire l’article du Monde dont est extraite la citation.

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14 réponses à “Le grand rapprochement

    • Je l’ai téléchargé. Je n’ai pas encore eu le courage de m’y attaquer. Les résumés lus et entendus par ci par là semblent suffire à m’en faire une idée assez fidèle, je pense.

  1. La question était de pure forme car je pensais bien avoir compris que tu ne l’avais pas lu et que l’intérêt de ton billet était plutôt la constatation de l’évolution des mœurs, celle des femmes qui assument –et ne cachent plus- leurs désirs sexuels. Et pourtant… si tu le lisais… quand tu le liras…

    Fifty shades of Grey est d’avantage un roman à l’eau de rose qu’un pavé érotique ! L’érotisme SM n’arrive même pas à relever son degré épouvantable de mièvrerie. Il est tellement caricatural, tellement bourré de clichés que j’ai eu honte de le lire… et je le cachais ! Il contribue peut-être à libérer l’expression du désir féminin mais absolument pas à sortir des contes de fées… un beau gros conte de fées moderne où on baise et on s’envoie des mails !!!

    Fifty shades of Greg est la plus grosse daube que j’ai lue depuis longtemps. Tu veux un résumé ? : « Bordel de merde qu’est-ce qu’il est beau, bordel de merde qu’est-ce qu’il est sexy, bordel de merde dès qu’il me touche j’ai comme une décharge électrique, bordel de merde je lui appartient corps et âme… » Voili voilà… J’ai beaucoup pensé à toi à chaque fois que le personnage masculin prétendait qu’elle lui appartenait et combien cela semblait l’exciter… « Ouh la la… comment un homme comme lui peut s’intéresser à une femme comme moi, ça me rend toute chose… » Il y a une sacrée part de satisfaction de l’ego dans les aventures amoureuses. A croire que ce qui fait rêver n’est pas tant l’amour et le plaisir… mais d’être adorée comme une reine ?!!!

    Plus sérieusement, l’article du Monde est intéressant. Je pense effectivement que des feuilletons comme Sex and the City ou Cougar Town ont ouvert la voie et selon moi, 50 Shades a surtout bénéficié de l’élan ; celui-ci a d’abord été connu par auto-publication sur le site Internet de l’auteur puis sur le site internet The Writers’ Coffee Shop qui le propose à l’impression à la demande en mai 2011. L’éditeur Vintage Book le publie un peu plus tard en édition papier dans une version révisée. Le bon coup marketing a été, pour moi, de le publier sous un gros format et de façon sobre, comme un roman sérieux et de qualité qu’on n’a pas peur de lire devant tout le monde, parce que honnêtement, cela fait des lustres que Harlequin –entre autres- vend ce type de roman –de la pornographie soft- dans la collection « Audace » ou « Passion » (?)… en moins cru peut-être et moins actuel –nous sommes à l’ère des technologies, on envoit des mots d’amour par SMS- ! Il y a toujours eu beaucoup de monde pour lire ces romans de gare –j’en ai lu aussi il y a longtemps- et peut-être que si on ne les voit jamais dans le métro ce n’est pas à cause du sexe mais des couvertures complètement kitch d’Harlequin… et du positionnement clairement « sentimental »… Trop sentimental ! Peut-être que si on continue à rêver du prince charmant, il faut lui apporter une touche plus… transgressive !

    Sur ce, j’ai Sexie qui m’attend, une « Eloge à la Nymphomanie » de Christian Signol…  (en l’occurrence j’ai commencé à le lire sur la plage, je ne prends pas le métro 😉 Autrement plus excitant que 50 shades… qui m’a laissée de marbre !

    Bon courage pour ta lecture… 😉

    • Plus on m’en parle, moins j’ai envie de le lire 😉
      J’ai toujours lu que le livre était bien nul. Ça n’enlève rien au phénomène. Je me suis lassé de Harry Potter après deux volumes et pourtant, ça n’enlève rien au fait qu’il ait converti des millions de gamins à la lecture de pavés et lancé un mouvement sans précédent de littérature jeunesse. Donc qu’on le veuille ou non, voici un livre bien nul (et même régressif à bien des égards sur les rapports hommes/femmes) qui a en quelque sorte ouvert une brèche. Et même si c’est son seul mérite, c’est déjà impressionnant.

      • Je dirais qu’il n’a pas ouvert de brèche, mais qu’il s’est habilement faufilé dedans !

        Je n’avais pas très envie de le lire jusqu’à ce qu’une amie très proche m’en fasse tout un éloge, ça tombait pile à un moment où je cherchais du léger… j’ai été super bien servie ! Me voilà bien embêtée, j’espère qu’elle ne me demandera jamais ce que j’en pensais, j’aurai du mal à rester soft… je vais être obligée si je ne veux pas la vexer !!!

        Je te suggère malgré tout de le lire pour que tu te fasses ta propre idée, vu les idées que tu défends ça peut être intéressant.

        PS : Il y a Titou Lecocq qui vient de publier un roman sous forme poche : « Les morues » D’après le 4è de couverture, c’est un peu dans la même veine que « La Coureuse »…

      • Habilement faufilé dans une brèche qu’il n’a pas ouverte. Mais l’a élargie au point que des cohortes entières ont ensuite pu s’y engouffrer.
        Bon, je lirai des passages.
        Je l’ai téléchargé en VO histoire quand même de prétendre me cultiver un peu.

  2. Oups… je me trompe d’auteur, c’est Claude Soignolle qui a écrit avec humour et un style inimitable les aventures de Sexie ! Quelle affreuse bourde…

  3. Ca m’arrache le coeur de lui accorder un bon point. Ca fait des années que de nombreuses femmes lisent des bouquins de cul -plus précisément du porno soft- à travers des éditeurs comme Harlequin, comme je disais, mais incontestablement, 50 Shades a donné une visibilité qui n’a pas manqué d’entrainer des tas d’autres femmes à se lancer dans un genre ignoré… -l’allure intellectuelle du roman y est pour beaucoup dans cette visibilité, j’en suis persuadée!- mais ça aurait pu être d’une meilleur qualité. Je suis consternée qu’un navet pareil ait pu enthousiasmer tant de monde…

    Lire quelques extraits ? Non, non, tu dois le lire en entier… pour la peine 😉

  4. : Coucou… on prend quelques semaines de repos ?! 😉

    Je suis têtue, je reviens sur le sujet. J’ai fait une recherche toute simple : « Qu’est-ce que qui fait le succès de 50 shades of Grey » Rien à faire, j’ai envie de comprendre car le phénomène ne me paraît pas anodin. Je te le propose car c’est assez dôle. Voici un extrait :

    « Un roman anti-féministe ?
    Le roman questionne aussi le rôle de la femme, qui apparaît comme soumise. Anastasia est la femme objet par excellence, la gourde, celle qui n’est surtout pas là pour penser mais pour être possédée. Pourquoi cela marche toujours ? Parce que cela renvoie à quelque chose de très primaire en nous, que l’on retrouve dans les fantasmes féminins depuis toujours, où la femme se pose en « réceptacle passif » face à un homme qui serait l’incarnation de la puissance virile non contenue.

    Plus nous avançons dans l’égalité hommes-femmes au plan sociétal et plus cette part en nous est refoulée. Or, le refoulé effectue parfois des retours. Tout ce que l’on rejette intellectuellement vient trouver des moyens détournés pour s’exprimer. Et la littérature est l’un de ces moyens de sublimation.

    Voici le lien sur l’article en entier :

    http://www.psychologies.com/Planete/Societe/L-actu-decryptee/Articles-et-dossiers/Cinquante-nuances-de-Grey-pourquoi-un-tel-succes

    A+

    • (Jusqu’en décembre, j’aurai du mal à trouver du temps + un endroit pour écrire.)

      Oui, j’avais lu quelque chose de ce genre. Je suis moyennement d’accord. Les femmes soumises et stéréotypées existent déjà dans la littérature à l’eau de rose, pourquoi ce bouquin là sort-il du lot ? Et je ne pense pas que le monde était à l’affût d’une grosse daube érotique qui ferait un pied de nez au politiquement correct féministe.

      Des fois, il y a des phénomènes qui s’auto-expliquent : 50 shades s’est vendu parce qu’il s’est vendu.

  5. Tu devrais chercher « Marcela Iacub » sur Internet. Et « Beatriz Preciado » aussi tant que t’y es. Ce sont deux journalistes de Libération. Puis tu devrais aussi chercher « Dr Catherine Vidal » aussi, neurobiologiste.

  6. Bonjour, je viens d’emprunter le livre. Je vais le lire et me faire ma propre idée. Cependant, voici ce qu’un ami a publié ce matin même sur un réseau au sujet de ce bouquin:
    « Grey est un abuseur. Il contrôle, il violente, il viole. Le BDSM est avant tout une affaire de consentement et de respect mutuels. Dans ce livre, ce principe fondamental est foulé au pied de la toute puissance du mâle blanc, riche et conquérant. Ce livre est symptomatique d’une idée de la société dans laquelle lorsqu’une femme exprime un refus, il s’agit pour l’homme de lui faire changer d’avis en la forçant (le cliché écoeurant « tu dis non mais ton corps est plus honnête »), et si elle s’entête, d’ignorer purement et simplement son désir. Ce livre banalise un comportement criminel et violent, tant psychologiquement que physiquement, en le relookant glamour. Non, abuser d’une femme n’est pas glamour, la violenter n’est pas sexy, la torturer psychologiquement, le mettre sous dépendance et lui prendre jusqu’à sa dignité n’est pas « hot ».

    L’auteur de ce bouquin mérite des gifles. Le plus triste étant que son lectorat est essentiellement… féminin. Je crois que c’est là la vraie dimension BDSM de ce livre. »

    Du coup, c’est peut-être pas quelque chose qui va dans le sens du féminisme … à lire, à voir …

    • Bon courage pour lire le livre. Tous les échos que j’en ai eus (et lus) c’est que c’est de la bonne vieille littérature de gare. Et effectivement, il n’est ni féministe ni même un minimum renseigné sur les codes bdsm. Ce n’est pas le livre en soi qui a de la valeur. C’est le fait qu’il ait accompagné une sorte de prise de conscience que les femmes pouvaient apprécier les histoires qui parlent de sexe (au point d’en lire des mauvaises) et sans se cacher.

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