Ne pas attendre le prince charmant

Il faut mettre fin au mythe du prince charmant qui entretient l’idée que le seul vrai amour est celui qui vous surprend au coin de la rue. Et c’est valable pour les célibataires, les infidèles, les libertin-e-s, les polyamoureux-ses.

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Un jour mon prince viendra… (Kristen Stewart in Snow White and the Huntsman)

Quand il s’agit de trouver le job de ses rêves (ou juste un job, d’ailleurs), on est prêt à remuer ciel et terre. Tout y passe :

  • les agences pour l’emploi
  • les petites annonces
  • les réseaux sociaux
  • le bouche à oreille
  • les anciens élèves
  • la famille
  • les pages « recrutement » des grands groupes
  • les forums et les salons
  • les stages, les profs, l’annuaire
  • etc.

Aucune approche n’est jugée indigne (à part peut-être le piston éhonté). Et on n’entend personne dire « moi, je n’ai pas besoin de tous ces artifices, je suis sûr(e) que le boulot idéal va me tomber dessus tôt ou tard, chez un ami d’ami, un patron qui flashe sur moi dans la rue, une rencontre impromptue avec une DRH dans un train, et la magie fera le reste… »

Le mythe du prince charmant

Mais étrangement, quand il s’agit de tomber amoureux, on est tellement imprégné par le mythe du prince charmant qu’on préfère souvent attendre que l’amour nous surprenne à un coin de rue, sans être allé-e le chercher, comme si c’était dégradant. Une espèce de foi mystique dans un destin qui se chargera de réunir les âmes soeurs. Il y a un jugement de valeur contre le fait de chercher activement les rencontres, et à plus forte raison quand on s’appuie sur internet.

J’ai l’impression que cette tendance se ressent pas mal chez les jeunes célibataires où il est courant de dénigrer sur le thème « je n’ai pas besoin de tous ces artifices, je suis sûr(e) que l’amour de ma vie va me tomber dessus tôt ou tard, sur les bancs de la fac, à un mariage, un mec qui flashe sur moi dans la rue, une rencontre impromptue avec une fée dans un bar, et la magie fera le reste… »

Et puis quelques années plus tard quand les opportunités s’amenuisent à cause d’un rythme de vie ou de cercles de connaissance qui s’y prêtent de moins en moins, on se « résigne » à s’inscrire sur AUM ou meetic, comme si c’était une déchéance que de sortir de la passivité attentiste.

Quand les polyamoureux s’y mettent aussi

Et bien en traînant sur les forums polyamoureux et à travers quelques échanges de commentaires ici, j’ai l’impression de sentir encore chez quelques-un-e-s cet oeil réprobateur, du style « je ne suis pas un mort de faim / une salope ; je me contente de dire oui aux amours qui se mettent en travers de mon chemin mais je trouve que ça casse le charme d’aller draguer exprès ou de chercher un amant sur internet » (avec en filigrane l’idée que celui qu’on trouvera sur internet sera le « premier venu », alors que c’est justement celui qu’on rencontre par hasard qu’on devrait considérer comme le premier venu).

Le hasard privilégie le familier

Il y a un autre argument majeur à justement ne pas laisser le sort décider de nos amours plurielles : le sort a une fâcheuse tendance à nous faire tirer les boules blanches plutôt des urnes où l’on pioche le plus. Statistiquement, si je me laisse porter par les aléas, l’amour m’arrivera dans mes cercles de connaissance. Or la norme monogame est encore tellement puissante qu’entamer une relation extra-conjugale avec un ami / un collègue / un voisin peut faire de très gros dégâts dans le tissu social de proximité. C’est déjà assez dur d’avoir un dialogue de couple suffisamment ouvert et bienveillant pour accepter l’idée de la non-exclusivité : c’est peine perdue d’espérer que l’entourage, l’entreprise ou le quartier se mettent au diapason, donc on en prendra forcément plein la gueule.

Épilogue – le cas de Cendrillon

Et après tout, même dans les contes de fées il y en a qui prennent l’initiative de provoquer les rencontres – prenez donc exemple sur Cendrillon (mais ne suspendez pas précipitamment votre compte gleeden à minuit à l’issue d’un tchat qui vous aurait tourneboulée).

7 réponses à “Ne pas attendre le prince charmant

  1. Pingback: "On ne trompe jamais par hasard" … ben si. | les fesses de la crémière·

  2. Un truc qui me chiffonne, c’est pourquoi chercher nécessairement une relation _amoureuse_ ? J’apprécie de rencontrer de nouvelles personnes, peu importe la relation qui peut se créer ensuite (amicale, amoureuse, juste cordiale, ou pas de relation du tout parce qu’on ne peut pas se piffer / est indifférent(e) l’un(e) à l’autre).

    Pour le boulot, c’est un peu différent, on est (pour la plupart) obligés d’en trouver un pour survivre, mais ceux qui n’y sont pas forcés ne cherchent pas nécessairement, comme par hasard (j’en connais ou en ai connus) !

    Mais chercher forcément une relation amoureuse, ce serait comme dire qu’on cherche forcément tel type d’emploi, ça me semble rarement vrai (on est d’abord à la recherche d’un emploi tout court, surtout si l’on en a vraiment besoin).

    Pour ma part ce sont les rencontres tout court (amicales aussi donc) qui nourrissent ma vie, donc oui je cherche à faire des rencontres, peu importe ce qu’elles deviennent. Je ne suis pas activement à la recherche d’un(e) amant(e)/amoureux(se). Et puis le polyamour, c’est aussi se passer d’étiquette…donc qui peut dire « c’est de l’amitié » ou « c’est de l’amour » ? Pas toujours évident.

    Après, ma démarche serait peut-être différente si j’avais été seule amoureusement pendant dix ans, je le concède…

    • Mais ce que l’article dit des rencontres amoureuses est aussi vrai des relations amicales : pourquoi faudrait-il que les ami-e-s nous tombent du ciel ? On peut utiliser internet (facebook, onvasortir, okcupid) pour se trouver des amis qu’on ne trouverait pas dans ses cercles habituels.

  3. Je suis actuellement dans une relation de couple tout à fait satisfaisante (y compris au point de vue sexuel) mais malgré tout, je ressens cette envie, ce « besoin » de rencontrer d’autres personnes, sans vraiment comprendre le pourquoi du comment. J’ai évalué les hypothèses qui s’offraient à moi (recherche d’un boost de l’estime de soi, de gratification sexuelle, de fun, de peps, de nouveauté, etc.) mais aucun ne me convainc tout à fait. J’ai l’impression que ces pulsions sont intrinsèquement liées à ce que je suis en train de devenir, à ma vision de l’amour et de la relation amoureuse.
    Parce que je ne suis pas encore sûr de savoir comment gérer ça, je ne le gère pas très bien et je ne parviens qu’à peine à trouver d’autres partenaires; j’oscille entre l’honnêteté pour la crémière et la peur qu’elle fuit en apprenant mes motivations.
    Il est n’est pas aisé de rencontrer des gens qui sont eux aussi dans cette dynamique tant celle-ci est mal-vue et discréditée par ce mythe du prince charmant (il n’y a qu’à voir ce que cherchent les femmes sur AUM : « un prince pas trop charmant »). Je ne désespère pas d’y arriver, mais je crois que j’ai encore besoin d’un bon paquet d’heures d’introspection que pour venir à bout, moi-même, de ma position sur le sujet..

    • Tsol … Ce texte mit au féminin et il aurait pu être signé de ma plume. De fait, une dame peut parfaitement ressentir les mêmes impressions, le mythe de la sage Princesse a la vie dure également. Les opportunités, l’honnêteté dans la recherche… et les horriblement longues heures d’introspection… ne sont pas exclusives aux Messieurs… mais finalement, les contes de fées sont bien peu palpitants!

  4. Pingback: Le prisme déformant de la fidélité exclusive | les fesses de la crémière·

  5. Pingback: Du snobisme de la gratuité et du sous-équipement sexuel | les fesses de la crémière·

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