Les escapades en amoureux – ça ne marche pas

Enfin, ça marche bien pour se retrouver et s’aimer plus fort. Mais ça ne marche probablement pas pour raviver la flamme du désir sexuel.

kissing on the beach ; dessin numérique au crayon

S’il faut un cadre de rêve pour que le désir daigne s’exprimer… (ref. photo (c) photoyoung sur deviantart.com)

A force d’être répété, ce poncif fait maintenant partie intégrante de nos grilles de lectures culturelles : c’est nos rythmes de vie qui émoussent la passion dans le couple. C’est l’accaparement par le boulot et la vie de famille qui étouffe peu à peu le désir. Et donc évidemment il suffit de refaire de la place à nos vies intimes pour que le désir puisse respirer à nouveau et reprendre sa forme initiale. Et bien en fait non.

Alors certes mille fois oui : il faut se ménager des moments où on est juste deux amoureux ensemble et non pas deux parents ou deux colocataires juxtaposés si on veut éviter de s’éloigner irrémédiablement. Ces moments qui renforcent le couple pourront effectivement voir revenir un peu de sexe. Mais il est illusoire de vouloir ressusciter une lune de miel.

Elles ont bon dos, nos vies trépidantes. Ceux qui vivent des aventures extra-conjugales en font l’évident constat : quelles que soient la fatigue, la pesanteur du boulot, les prises de tête familiales, la surcharge d’un temps inextensible, ça n’empêche pas le désir de nous envahir et de nous maintenir dans un trip permanent ; et ça n’empêche certainement pas de trouver des failles dans nos programmes de ministres et y engouffrer des moments volés pour d’insatiables folies sexuelles.

Alors si on a l’impression que les week-ends en amoureux font revenir le désir dans les vieux couples où il semblait moribond, c’est probablement simplement parce que ce désir est tellement ténu, tellement affaibli qu’il a besoin qu’on lui fasse une place démesurée pour qu’il puisse encore s’exprimer… jusqu’à ce que même ça ne marche plus ?

Selon Esther Perel dans « L’intelligence érotique » (en V.O. « Mating in Captivity »), le désir sexuel se nourrit d’altérité, et à l’inverse dépérit à mesure que se renforce l’intimité entre les amants. Plus les partenaires s’attachent, plus ils se connaissent, plus ils sont proches, et moins ils se désirent. A ce titre, les week-ends en amoureux pourraient donc même être contre-productifs.

Peut-être qu’il faudrait les remplacer par exemple par des week-ends au sein d’un groupe d’amis, quand les partenaires sont ensemble mais dans un contexte non-fusionnel où chacun retrouve sur l’autre un regard admiratif extérieur dans un monde dont on n’est plus le centre.

17 réponses à “Les escapades en amoureux – ça ne marche pas

  1. Ouais…
    Ben, suis pas forcément d’accord dans le sens où je ne trouve pas de règle.
    Des fois, t’as tout à fait raison et des fois pas du tout.
    Rapport à mon récent WE à rome où on a apparemment mis tout ton argumentaire à mal…
    Mais effectivement, ça ne marche pas forcément.

    Idem, des soirées/WE avec amis : des fois effectivement ça peut être un excellent stimuli…et d’autres fois, carrément l’inverse.

    Bref, je ne trouve pas de règle à te soumettre, désolée… c’était mon comm du jeudi soir ^^

    • Heureusement que rien n’est jamais écrit. L’article est délibérément un peu provoc’, histoire de faire contrepoids à la thèse habituelle, présentée comme une évidence indiscutable, et on ne m’ôtera pas de l’idée que comme cause de la baisse du désir, nos rythmes de vie ont bon dos.

  2. Les we marchent plutôt pour nous comme un vrai moment où on peut se parler sans être coupé sans cesse par les enfants. Avoir un rythme à nous, avec des heures de repas et de sorties qui nous font envie à nous. Et comme on en devient égoïste dans ces moments là, notre désir est plus présent.
    Je ne mets pas tout sur le dos des enfants🙂 mais je sais que nous aimons le sexe la journée et à la maison c’est difficile même si on a mis une clef à notre porte :p

    • Je me fais l’avocat du diable : tu dis « notre désir est plus présent ». J’ai l’impression que dans le cas des amants/amantes, le désir est « omniprésent ».

  3. Moi je vois le week end « social » comme un excellent test…
    Quitte ou double !

    C’est un peu, moi je t’aime bien sur, mais et les autres, ils t’aiment autant que moi ?

    Très risqué.
    Je dirai que les gens qui ont une intense vie sociale, variée peuvent vu sous cet angle prendre moins de risques. Diluer le jugement de la société sur l’être aimé… Il y a peut être là une vraie cause de durabilité. Pour être deux, faut surtout pas être que deux.

    On est deux, par rapport aux autres.

    • Je ne comprends pas tellement en quoi c’est quitte ou double. Si le couple le perd dès qu’il sort de sa bulle, ce n’est pas vraiment bon signe…

  4. Eh bien moi, je ne rêve que de ça… un voyage en amoureux, juste pour se retrouver… oublier le stress du boulot, oublier les enfants qui -tout mignons qu’ils sont- te pompent l’énergie ! La flamme du désir sexuel ? Je ne m’en préoccupe pas… Le désir revient malgré tout, rien que parce que tu fais des choses inhabituelles comme de cuisiner habillée en tout et pour tout d’un simple tablier…🙂 Le sexe n’a jamais vraiment été pour moi un feu d’artifice, il n’est pas pire aujourd’hui qu’il n’a été il y a 20 ans…. Et quelque part ce que tu racontes est franchement triste. Il est illusoire de vouloir ressusciter une lune de miel… ? Et donc, chercher le plaisir dans d’autres bras est un passage obligé dans la vie pour entretenir le désir. Car il faut entretenir le désir… On est dans le culte de la performance, là ! Satisfaire constamment et au plus haut point ses désirs sexuels ce n’est peut-être pas ce que tout le monde recherche…

    PS : L’homme qui pourrait me détourner du mien est celui qui m’emmènerait faire le tour du monde…😉 -c’est le seul manque que je ressens…-

    • Je n’oblige personne à revivre sa lune de miel. C’est juste un rêve de nombreux couples. Effectivement peut-être poussés par l’idée très répandue qu’il faut entretenir le désir, mais peut-être simplement parce que l’un des deux, ne se sentant plus désiré(e), fait part de sa souffrance à l’autre.

  5. Pingback: Le cercle vertueux du vice ? | les fesses de la crémière·

  6. Pour reprendre l’esprit du message d’Esther Perrel, je pense que le week-end amoureux est bénéfique au sens où il est disruptif. C’est bien ce qui compte : sortir de la routine qui, effectivement, peut affadir le lien. Dès lors qu’on se retrouve dans un nouvel environnement, l’étincelle peut retrouver un nouvel éclat.
    J’ai déjà amené ma femme dans un hôtel où j’allais plutôt avec mes amantes… c’était pétillant !

    • Que sur le moment ça fasse shebam pow plop wizzz, c’est tout à fait possible. Ce que je dis, c’est qu’on ne peut pas remonter les pendules et revenir aux émois enivrants des débuts où on n’avait pas besoin d’hôtels et de parenthèses temporelles pour faire des feux d’artifices. Je ne regrette pas cet état de fait. Je regrette qu’on nous fasse encore croire que c’est nos rythmes de vie qui font baisser le désir alors que ça n’a rien à voir.

  7. Tout à fait d’accord avec « Comme une image »… Se retrouver dans un nouvel environnement, ou encore mieux loin des regards indiscrets comme peuvent l’être les enfants… Débarrassée d’eux pendant 15 jours j’ai rajeuni de 20 ans🙂 Honnêtement, ça vaut bien nos premiers émois… Probablement qu’en matière de plaisir j’ai toujours été assez constante, sans des hauts et des bas vertigineux… mais quand tu mouilles pour un simple frôlement, c’est pas rien ! En fait, du fait qu’il n’y a plus tout le mystère qui tourne autour d’une relation naissante, avec le jeu de séduction, la conquête, etc… on perd en exaltation. Il y en a qui carburent à ça… Perso j’ai un peu massacré tout ça, trop directe, trop franche… mais pour le coup la relation casanière que je vis me va très bien. J’avais juste besoin de retrouver -ces derniers temps- un peu d’intimité !

  8. J’adore mes gosses, hein… c’est juste que ça fait vachement du bien de les perdre un peu de vue et de se consacrer un peu plus à soi… et à sa vie amoureuse…😉

    Si je m’intéresse autant aux relations affectives depuis quelque temps, c’est aussi que leur avenir me soucie… ça va pas être simple, dans une société en pleine mutation : les vielles normes sont décriées, les nouvelles encore pas acceptées ! J’ai déjà droit à des tas de questions auxquelles je ne sais plus trop comment répondre….

    Bon, voilà pour la précision…

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