Un médicament pour booster la libido – 4e partie

4e partie de la traduction de l’article de Daniel Bergner dans le New York Times. La première partie est ici.

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Pour ces essais, parmi les candidates que le Dr Goldstein a reçues en entretien, il y avait une étudiante en droit. Après 5 ans avec son copain, elle n’arrivait plus à susciter en elle le désir qu’elle ressentait auparavant pour lui ; elle faisait simplement semblant, pour qu’il continue croire que c’était le cas. « Je ne voudrais pas le blesser, » dit-elle. « Je joue collectif. » Il y avait aussi une femme divorcée, mère de trois enfants, qui se rendait compte qu’elle retombait à nouveau dans le même désintérêt sexuel avec son nouveau compagnon que celui qui avait causé la mort lente de son mariage. « Quand nous nous sommes séparés, » dit-elle au sujet de son ex-mari, « c’était comme revivre une seconde puberté. Et j’ai cru que c’était à cause de lui que ma libido avait disparu. » Elle évoquait aussi toute l’énergie que réclamaient ses enfants, elle parlait de son fils handicapé qu’elle accompagnait aux rendez-vous pour ses soins. Mais maintenant qu’elle commençait à sentir que son désir sexuel pour son nouveau compagnon devenait atone, elle émettait des doutes quant à ces explications.

Chacune de ces femmes invoquait un ensemble de causes possibles : la pression des études, les exigences des enfants, le stress du boulot, les soucis de santé, ainsi que des hommes qui n’étaient pas toujours aussi attentionnés ou impliqués que ce qu’ils auraient pu. Mais au final il semblait y avoir une raison partagée par toutes : elles avaient fini par se lasser de faire l’amour avec leur partenaire de vie.

A la fin de l’entretien, après avoir parlé de l’homme avec qui elle partageait sa vie amoureuse depuis quelques années, l’une d’entre elles demanda au Dr Goldstein : « J’aimerais savoir si ce médicament va marcher. Est-ce que je vais retrouver ma fougue ? »

Parmi les participantes à l’étude, il y a Zita, une femme de 31 ans qui aime les chemisiers sexy et qui porte un pendentif en forme de coeur que lui a offert son mari. Ce fait six and qu’ils sont mariés, 11 ans qu’ils vivent ensemble. « C’était génial, » confie-t-elle à propos du début de leur relation. « Nous baisions comme des lapins. » Et puis l’enthousiasme s’est transformé en esquive : il y avait du ménage à faire le soir, ou bien du travail à la maison pour sa formation d’assistante médicale et qui ne pouvait pas attendre le lendemain. Elle espérait que son mari dormirait quand elle se glisserait dans le lit à son tour. Elle le trouvait encore attirant « mais je ne sais pas, je n’arrive pas à l’expliquer. Au fil du temps, son désir à lui a baissé un peu, tandis le mien a chuté considérablement. » Le couple s’est essayé aux jeux de rôles, sans grand effet en ce qui la concerne. Un jour qu’elle consultait le site Craigslist, elle a vu l’annonce pour les essais du Lybrido. Elle s’est vite inscrite. Quand elle en a parlé à des amies, elles voulaient aussi s’inscrire ; elles aussi vivaient le même déclin et s’en inquiétaient. Mais il n’y avait déjà plus de places.

Il faut voir tout ce que les chercheurs sont prêts à mettre en oeuvre pour essayer de comprendre comment marche le désir féminin : mesurer l’afflux sanguin dans le vagin grâce à un appareil de laboratoire pendant que les femmes regardent toutes sortes de séquences porno ; ou bien demander aux femmes de porter un casque qui enregistre plusieurs centaines de fois par seconde la direction précise de leur regard pendant qu’on leur montre des photos classées X ; ou encore étudier les femelles hamsters ou même les copulations des arachnides pour affiner la compréhension de la psychologie sexuelle des femmes ; ou enfin connecter le cou et l’avant-bras des cobayes à une machine qu’on prétend être un détecteur de mensonge pendant qu’on leur demande de remplir des questionnaires sur leur vie sexuelle, en comparant ensuite leurs réponses à celles des femmes qu’on n’avait pas soumises au prétendu détecteur de mensonges – puis en comparant ces réponses à celles des hommes. Toutes ces techniques cherchent à contourner les normes sociales et les influences culturelles qui peuvent déformer la sexualité féminine et qui contraignent son expression, même à notre époque soi-disant libérée. (Oui, le détecteur de mensonges avait beaucoup plus d’effet sur les femmes que sur les hommes : le nombre de partenaires sexuels qu’elles déclaraient avoir eus s’en trouvait grandement augmenté.)

Tout cet appareillage peut sembler bizarre et ces mises en scène de laboratoire assez comiques — imaginez une femme dans une chaise longue, son pantalon baissé, avec dans le vagin un cylindre en forme de tampon hygiénique relié à une console par un câble, tandis qu’elle regarde une vidéo d’hommes gays en train de se caresser — cela dit, les recherches concernant la sexualité ont toujours eu ce côté absurde malgré tous leurs mérites. Dans les années 50, Masters et Johnson ont filmé et observé des centaines de couples faisant l’amour dans leur laboratoire, afin de déterminer si tous les orgasme féminins étaient d’origine clitoridienne. La question est d’ailleurs toujours ouverte aujourd’hui. Pour clore le débat une fois pour toutes, Barry Komisaruk, chercheur en neurosciences à l’Université Rutgers, approvisionne des cylindres de plastique, les chauffe chez lui dans son four puis les modèle en forme de godemichés ayant des formes particulières pour permettre de bien distinguer les différentes sensations génitales. (à suivre…)

La série

1e partie
2e partie
3e partie
4e partie
5e partie
6e partie
7e partie
8e partie

9 réponses à “Un médicament pour booster la libido – 4e partie

    • Apparemment, il a l’effet inverse (quoique moindre) sur les mecs.
      J’ai prévu de lire le livre de Bergner pendant mes vacances. Le coeur du livre est en gros la révélation récente que la plupart des études sur la sexualité des femmes sont à reprendre tellement le poids culturel fausse toutes les enquêtes dès lors qu’elles sont purement déclaratives. Et ce d’autant plus qu’elles étaient le plus souvent réalisées auprès d’étudiantes, donc quasiment des gamines, pour lesquelles le regard social et la norme ont une importance primordiale.

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