Un médicament pour booster la libido – 7e partie

Avant-dernière partie de la traduction de l’article de Daniel Bergner dans le New York Times. La première partie est ici.

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Cependant, si connaître les constituants biologiques du désir féminin est une chose, les manipuler en est une autre. Parmi les solutions pharmaceutiques qui ont précédé le Lybrido et le Lybridos, il y eut LibiGel, un gel à base de testostérone commercialisé par BioSante, et qui passait dans le sang par application cutanée. A la fin des essais de mise sur le marché en 2011, les résultats ont montré que le produit n’avait pas plus d’effet sur l’excitation sexuelle qu’un placebo.

Il y a trois ans, Linneah avait participé aux essais d’un autre médicament : le Flibanserin, proposé par Boehringer Ingelheim. Il s’agissait d’une pilule sans hormones qui jouait directement au niveau des neurotransmetteurs. Linneah en a pris une par jour — et elle a attendu. Sa voisine et une autre amie faisaient aussi partie des participantes à cette étude. Toutes deux étaient aussi mariées et ne ressentaient plus tellement de désir pour leur mari. Elles s’étaient rassurées mutuellement en constatant qu’elles n’étaient pas seules à vivre cette baisse de désir, tout en partageant leur stupéfaction à propos d’une autre de leur voisines : « Elle était mariée depuis aussi longtemps que moi, » se souvient Linneah, « elle avait quatre enfants, elle était présidente de l’association des parents d’élèves, et elle était partante pour la bagatelle avec son mari 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et nous on se disait ‘Hein ?' » Au cours du printemps où ont eu lieu les essais du Flibanserin, ni Linneah ni ses amies n’ont senti d’effets sur leur libido. Comme pour les essais du Lybrido cette année, Linneah s’était dit qu’elle était peut-être tombée dans le groupe placébo. Quand Boehringer Ingelheim a présenté ses résultats, le comité consultatif à la FDA n’a pas été très impressionné.

En 2006 et 2007, un autre médicament non-hormonal (celui-ci était administré par voie nasale) avait été testé : le Bremelanotide. Il suscitait de grandes vagues de désir chez une bonne proportion des participantes. Mais malheureusement il y avait aussi des effets secondaires comme des pics d’hypertention artérielle et des nausées. (Le LibiGel, le Flibanserin et le Bremelanotide sont à nouveau en phase d’essais ; cette fois-ci, le Bremelanotide est administré en injection.)

Les comprimés de Tuiten fonctionnent un peu différemment des autres traitements essayés ces dernières années. En particulier, le Lybrido et le Lybridos contiennent deux principes actifs, dont l’action est coordonnée dans le temps pour que leurs effets convergent. Chacun joue sur l’équilibre entre la sérotonine et la dopamine pour donner un temps d’avance à la dopamine, l’agent du désir.

Les deux comprimés ont un enrobage à la menthe et à la testostérone qui fond dans la bouche. Quand l’extérieur a fini de fondre, on avale le coeur du comprimé qui libère ses principes actifs avec effet retard. Dans le Lybrido, ce coeur de comprimé met en oeuvre une molécule proche du Viagra. L’idée étant que cette substance augmentera le flux sanguin vers la zone génitale et donc la sensation d’excitation pour travailler en conjonction avec la testostérone. Ensemble, ces deux actions devraient influencer l’état mental dans le sens d’une attention accrue aux pulsions érotiques ; c’est cette alliance qui devrait faire naître l’étincelle dans les réseaux dopaminergiques. Le Lybridos utilise quant à lui un composé dénommé buspirone à la place du principe de type Viagra. La Buspirone a été au départ prescrit comme anxiolytique, dans la mesure où elle permet d’augmenter les niveaux de sérototine dans le cerveau si on en prend tous les jours. Mais si on n’en prend jamais plus qu’un jour sur deux, elle a un effet court-terme très original : elle inhibe la sécrétion de sérotonine pendant quelques heures.

Pour permettre de mieux savoir si une femme doit plutôt choisir l’un ou l’autre, Tuiten fait réaliser un prélèvement sanguin pour chaque participante et fait examiner certains marqueurs génétiques liés à la chimie du cerveau. Tuiten pose aussi à chacune des questions quant à son niveau de confort avec les sensations et les fantasmes sexuels. Dans la mesure où nos réseaux dopaminergiques et sérotoninergiques sont renforcés ou atténués par tout ce que nous faisons et ce que nous pensons, il considère que les réponses au questionnaire peuvent fournir des indices concernant le fonctionnement des neurotransmetteurs d’une personne, et il utilise ces indices dans son diagnostic.

Cette imbrication entre l’expérience est les connexions neuronales est bien connue : c’est la neuroplasticité. Le cerveau est en évolution constante. Et c’est la neuroplasticité qui pourrait expliquer pourquoi ce sont surtout les femmes qui souffrent de troubles du désir sexuel hypoactif, pourquoi ce sont les femmes plutôt que les hommes qui perdent leur intérêt sexuel pour leur partenaire de vie. Les hommes sont la cible de nombreux messages qui associent la virilité au sexe et au pouvoir, et ces messages les encouragent à penser au sexe souvent. Donc les réseaux neuronaux associés au désir sont régulièrement activés et se renforcent avec le temps. Inversement, les femmes sont en général soumises à des injonctions sur le désir sexuel et son expression ; alors elles pensent moins souvent au sexe et les mêmes réseaux de neurones seront moins stimulés et donc plus faibles. Plus les circuits cérébraux associés à la libido sont vigoureux, et plus on est à même de ressentir du désir chez soi, même quand la force des stimuli est atténuée par l’intimité et l’habitude. (à suivre…)

La série

1e partie
2e partie
3e partie
4e partie
5e partie
6e partie
7e partie
8e partie

2 réponses à “Un médicament pour booster la libido – 7e partie

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