Portrait : Dan Savage

Dan Savage, journaliste, auteur, militant gay, star américaine de la culture sexe-positive : portrait d’un grand bonhomme.

Pencil portrait of Dan Savage, famous sex columnist and gay rights activist

Dan Savage (ref. photo by LaRae Lobdell for Intiman Theater)

Je suis un gros fan de podcasts. Et en particulier le savage lovecast. C’est un podcast de conseils sexualité/couple enregistré chaque semaine depuis presque deux millions d’années par une grande figure du militantisme LGBT aux US : Dan Savage.

Salut la tapette !

Quand Dan Savage a commencé à tenir la rubrique sexo/couple du journal culturel régional « The Stranger » à Seattle, c’était d’abord une grosse boutade : Un homo qui se piquait de donner des conseils à des couples hétéro. D’ailleurs, il rajoutait toujours « Hey Faggot! » (« Salut la tapette ! ») au début des lettres comme si c’était en ces termes que ses lecteurs s’adressaient à lui pour lui demander son avis éclairé. Lequel avis se terminait par un verdict aussi radical que le langage employé était fleuri. Souvent en effet, la conclusion d’un conseil de Dan se borne à un de ces sigles dont il a le secret – l’un des plus connus étant DTMFA pour « Dump The Motherfucker Already » = « largue-le tout de suite, ce connard »).

Le gourou de la culture sexe-positive

Mais à force de faire semblant pour rire, il est devenu un grand maître et il a pris une place de premier plan parmi les grands noms de l’éducation sexuelle anglophone. Au premier rang de ses immenses qualités, il y a

  • son franc-parler (qui lui met du monde à dos mais il sait s’excuser quand il a vraiment dit des bêtises) qui s’accompagne d’un ton passablement grossier mais souvent drôle et juste ;
  • son point de vue atypique, amalgame improbable d’une éducation traditionnelle de classe moyenne catholique et d’une sexualité à l’opposé de ces valeurs, teinté d’une forme d’individualisme qui place la personne au premier plan, avant le couple, la collectivité, la culture, et évidemment la religion (qu’il critique sans pitié, dès lors qu’elle se permet de régenter la vie des autres) ;
  • et son incroyable ouverture d’esprit : il peut aussi bien aborder les relations homosexuelles qu’hétérosexuelles, le sexe vanille que les pratiques BDSM, les couples exclusifs que les structures moins traditionnelles – sans jugement de valeur autre que l’exigence du respect, le dialogue et le discernement.

Le tout avec une démarche 100% sexe-positive, même quand il s’agit de trucs –il l’admet parfois– qui le dégoûtent un peu (d’ailleurs, il se plaît à rappeler régulièrement que le sexe hétéro le dégoûte carrément mais que ça ne l’empêche pas de comprendre qu’il y ait des gens qui aiment ça).

Le champion des causes LGBT

En parallèle, il est devenu une figure de proue du militantisme pour l’égalité des droits pour les gays (et tous les LGBTQetc. au sens large), avec par exemple le lancement en 2010 d’une immense campagne media/youtube baptisée « it gets better » (« ça finit par s’arranger ») contre le rejet et les violences dont sont victimes les ados homosexuel-le-s à l’école, dans la rue, dans leurs familles : des dizaines de milliers de personnes ont mis en ligne leur témoignage vidéo pour dire comment les choses ont fini par s’arranger pour eux. D’une part, l’intolérance rencontrée dans les années lycée (high-school) a tendance à se calmer à la fac (college). Et d’autre part les mentalités changent, en particulier grâce à ce genre d’initiatives. Quelqu’un faisait récemment remarquer dans une interview de Dan Savage que sans qu’il ait eu à se renier ni mettre de l’eau dans son vin, ses positions marginales il y a 15 ans sont maintenant devenues mainstream : « because he changed the stream ». Au point qu’il se dit lui-même étonné de la rapidité avec laquelle le mariage pour tous est progressivement adopté par un plus grand nombre d’états aux US et de pays dans le monde.

La terreur de la droite religieuse US

En plus de ça (mais c’est assez lié), il est très actif dans les médias sur les sujets de justice sociale en général – il ne laisse rien passer à la droite religieuse américaine, surtout celle dont le cheval de bataille est la haine de la sexualité et de l’homosexualité. Il a par exemple lancé un gros buzz internet en 2003 afin de trouver un nom commun pour redéfinir le nom propre Santorum. Le sénateur Rick Santorum, illuminé de la droite républicaine ultra-religieuse, avait en effet mis dans le même sac le mariage gay, la pédophilie et la zoophilie – en précisant clairement qu’il fallait que la constitution se mêle de régir la sexualité entre adultes consentants. Le buzz a tellement bien marché que la greffe a pris et maintenant, le nom commun santorum fait tranquillement son entrée dans le dictionnaire (à tout le moins, le wiktionary) :

santorum (n.m. indénombrable) : mélange mousseux de matière fécale et de lubrifiant qui résulte parfois d’un rapport anal.

Ainsi, à trop vouloir s’immiscer dans la vie sexuelle des autres, le sénateur Santorum a maintenant ce qu’il appelle « a google problem« …

Et l’inspiration pour moi

Mais revenons à Savage Love (les conseils sexualité et couple qui paraissent chaque semaine en blog et dans le journal The Stranger) et le Savage Lovecast (la version audio, diffusée en podcast) : après m’être longuement frotté à la sagesse de Dan par l’écoute d’une centaine d’épisodes, j’ai bien pu maturer mes réflexions sur le couple, les désirs, le sexe. Pas forcément de grosse révolution mais une multitude de petites révélations – des évidences qui mettent tout en place et qui cristallisent comme dans les rangées de Tetris les pensées disparates qui s’emboîtaient déjà plus ou moins. Avec comme épine dorsale le constat que le désir charnel et le sexe sont des forces extrêmement puissantes qui tirent leur force de la nuit des temps, des profondeurs de l’évolution, avant même que l’humanité existe. Et que c’est quand on les sous-estime qu’on fait les pires erreurs. Et donc qu’il faut apprendre à composer avec ces forces, et non pas prétendre qu’on peut fermer le couvercle et que ça va bien se passer.

Alors forcément, pour ceux qui connaissent déjà, ils risquent de retrouver quelques notions familières dans mes futurs articles. Quant il s’agira d’emprunts évidents, je saurai rendre à César. En particulier, je compte couvrir les sujets « savagiens » suivants :

  • GGG (good, giving, game : les trois piliers du sexe)
  • le prix d’entrée (pour se caser, il faut faire quelques compromis)
  • la quasi-monogamie (un commentaire du second chapitre de son bouquin Savage Love)
  • le coming-out des bisexuels (ou l’invisibilité de la bisexualité)
  • et toi, c’est quoi ton truc ? (réinventer le scénario du sexe hétéro)
  • le bénéfice-risque du sexe (et non pas le risque seul)

Il y aura aussi d’autres articles qui seront directement une réaction à certaines positions que prend Dan et qui ne me satisfont pas entièrement :

  • la disparité de la libido dans les couples hétéro
  • le placard poly vs. le placard gay
  • les règles et les limites dans un couple libre (pour ménager l’insécurité et la jalousie)

Et pour ce qui transpirera inconsciemment, appelons ça les mentalités qui changent.

Liens

Mais pour ceux qui entendent l’anglais, allez le retrouver directement à la source :
Un article en français dans Courrier International
Le courrier de conseils sexo/couples Savage love (EN)
Son podcast: savage lovecast (EN)
Son blog : slog (EN)
Son dernier bouquin: American savage (EN)
requête google vidéos dan savage (EN)
@fakedansavage sur twitter (EN)

12 réponses à “Portrait : Dan Savage

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