Et celles du crémier ?

L’une des grandes obsessions des homophobes, c’est la sodomie. Au point de croire que tout homme qui aime se mettre des trucs dans le cul est gay. Voire, que tu peux attraper l’homosexualité si tu te laisses enculer, par un mec ou même par un jouet (lequel est pourtant toujours asexué, quelque évocatrice que soit sa morphologie). Heureusement, on est assez nombreux à savoir que c’est une idée absurde. Pour autant, il n’y a pas grand monde pour tirer le fil jusqu’au bout. Moi, j’aime bien tirer le fil.

homme nu de dos - dessin numérique au crayon

Les fesses du crémier, pour changer un peu (ref. photo (c) racorb sur deviantart.com)

Tous les homos n’aiment pas le sexe dans les fesses

Les termes « orientation sexuelle » et « homosexualité » sont mal choisis. Être homosexuel c’est pas une question de goût pour certaines parties génitales ou pratiques sexuelles, c’est être (irrésistiblement) attiré par une personne du même genre : un intime mélange émotionnel et physique (on devrait presque dire « homoamoureux »). Et il n’y a rien à priori dans le cerveau de l’homo qui lui fasse particulièrement désirer la sodomie.

C’est d’ailleurs quelque chose qui pose souvent question aux jeunes gars qui cherchent à comprendre s’ils sont gays : « d’un côté, j’ai trop envie de passer la soirée avec Bastien, je voudrais me coller à lui, le sentir contre moi, mettre ma main dans ses cheveux ; mais je n’ai pas particulièrement envie de son anus, et encore moins envie qu’il s’occupe du mien — suis-je vraiment gay ? ».

En fait, selon différentes sources, il y aurait un bon quart des gays qui ne pratiquent jamais la pénétration anale. Parce qu’il n’y a pas que la pénétration dans la vie (et les hétéros feraient bien d’en prendre de la graine). L’homosexualité n’a évidemment rien à voir avec l’envie de pénétration anale. Être gay, c’est avoir tellement envie d’un mec qu’on veut faire l’amour avec lui (sans que « faire l’amour » préjuge de ce qu’on y fait). Et là on essaie des trucs, et on découvre des gestes qui nous plaisent et d’autres moins. Et apparemment, la sodomie plaît à une majorité d’homosexuels (apparemment aussi en proportions égales pénétré-pénétrant mais je suis convaincu qu’à mesure qu’on oublie la peur de « perdre sa masculinité », il y a de plus en plus de mecs qui découvrent que ça leur plaît des deux côtés).

Une majorité mais pas tous.

 Et donc la majorité des hommes aiment ça — sans le savoir

Et là, je renverse la proposition et je tire sur le fil. Si la sodomie n’a rien à voir avec l’homosexualité, et si une majorité des gays aiment ça, et si on est d’accord que les gays sont des mecs et qu’ils sont faits pareil que les autres mecs : ça veut dire que la majorité des mecs aiment ça, quelle que soit leur orientation sexuelle, comme pénétrant (on s’en doute, vu le porno) mais aussi comme pénétré.

Simplement, quand on tombe amoureux d’une nana, il y a moins d’occasions d’explorer cette option –anatomie oblige. En tout cas, il y avait moins d’occasions jusqu’à ce que les lesbiennes popularisent le harnais. Mais rassurons-nous : même si c’est des lesbiennes qui l’ont inventé, le harnais est aussi asexué que le gode qui s’y attache, et si c’est une femme qui te pénètre, ça reste bien du sexe tout ce qu’il y a de plus hétéro, et tu ne vas pas attraper l’homosexualité ou devenir bi (et en plus, même si ça arrivait, il n’y a que les homophobes pour penser que ça serait grave).

Et puisque la majorité des gays aiment ça, et puisque les gays sont des mecs qui comme toi n’étaient pas au départ programmés pour ça, et bien ça veut dire que probablement tu vas aimer (juste renseigne-toi d’abord sur comment il faut s’y prendre).

Postface

Je suis loin d’être arrivé au bout de ce fil, mais je vais en rester là pour l’instant, pour que ce premier chapitre puisse bien rentrer.

34 réponses à “Et celles du crémier ?

  1. Tout à fait d’accord : homosexualité et sodomie n’ont pas tellement grand chose à voir.

    (et là attention, je sens la levée de bouclier arrivée, yeah !) La sodomie est une « perversion » sexuelle (si on considère la sexualité par rapport à son but, c’est-à-dire la reproduction), ce que n’est pas forcément l’homosexualité (qui se définit plutôt comme la recherche d’un(e) compagn(on)/(e) de même sexe que le sien).

    D’ailleurs définir l’homosexualité comme être amateur de sodomie n’a plus aucun sens si on parle d’homosexualité féminine… ^^

    • je parlais évidemment de l’homosexualité masculine😉

      c’est étonnant d’ailleurs tous ces blocages autour de l’équation sodomie – homosexualité, sans penser que les fellation est au moins autant « contre-nature » et pratiquée par les gays. Et pourtant, ça n’a pas l’air de gêner les hétéros…

  2. Il y a bien un truc anatomique à prendre en compte : c’est que les hommes contrairement aux femmes ont une prostate située à un endroit stratégique pour les pratiques anales.
    Donc on peut dire que la nature veut que les hommes soient des sodomites passifs🙂
    (je plaisante bien sûr, mais j’en ai tellement ras la casquette des arguments « la nature n’a pas fait l’homme pour ça » que je n’ai pas pu m’empêcher…)

    • Les ramifications internes du clitoris ne sont pas loin non plus, mais c’est vrai que s’il fallait décider qui de l’homme ou de la femme est mieux « fait pour », c’est assez facile.

    • La suite du fil arrive, mais entrecoupée de la suite de la série sur l’infidélité, quelques traductions, et d’autres trucs encore. C’est que ça se bouscule sacrément dans le tuyau…

      • @Audren Le tuyau … C’est un jeu de mots ou bien tu as « l’esprit large » 😉

  3. ‘Tsuki, vous avez une définition particulièrement large de la perversion en matière de sexualité (qui inclurait le baiser) (et du coup, si la sexualité « nominale » (= non perverse) avait pour but la reproduction, l’homosexualité en ferait donc partie.

    Bref.

    Revenons-en au cul : oui, l’anus & companie sont une zone érogène et peuvent être donc équitablement (à la prostate près) être explorés par les deux sexes. C’est juste un plaisir pas simple à apprivoiser (ni par les hommes, ni par les femmes).

    Je me souviens au service militaire, un jeune con(scrit) avait lâché à un sous-off :
    — Toi, tu es un pédé ! Je t’encule !
    J’en ris encore.

  4. L’homosexualité n’a pas plus à voir avec la sodomie que le fait de s’épiler, de porter des collants et de la lingerie quand on est un homme. J’en porte, je m’épile et je me gode et je retire de ces pratiques les voluptés que j’en attends, seul et dans l’intimité que je partage avec ma compagne. Cependant je n’ai pas d’attirance envers les hommes et n’en ai jamais eu.
    L’érotisme harmonieusement vécu se joue des idées reçues. Oui le plaisir anal n’est pas simple à apprivoiser, même avec l’esprit ouvert que j’estime avoir, j’ai eu la sensation de braver un interdit la première fois où je me suis doigté, et il est des choses qui ne sont pas agréables au regard comme à l’odeur l’on retire le gode… Les connotats que l’on a à affronter, dans tous les cas, ne peuvent se mesurer au plaisir ressenti. C’est affaire de désir de se vivre soi.

    • A ceux qui n’osent se lancer pour cause de peur des odeurs, je conseille vivement de commencer à s’explorer sous la douche, pour découvrir conjointement le plaisir et le niveau d’hygiène préalable avec lequel on se sent à l’aise.

  5. Tout semble dit car effectivement, à une époque où le sexe est accessible visuellement et en excès si facilement par internet, les croisements et autres incompréhensions sur ce sujet devraient ne plus exister.

    Le plaisir anal, pour ne pas dire la sodomie, est une variante ouverte de plaisirs pour les hommes et les femmes, c’est une pratique sexuelle. Elle peut ou non être lié à leur lien affectif et amoureux, mais en aucun cas le définir.

    Vive la sodomie libre !

    • D’ailleurs Dan Savage se plaît à rappeler aux homophobes américains, qui focalisent vraiment beaucoup sur le côté « contre nature » de pratiques anales, qu’en effectif absolu ce sont bien les hétéros qui pratiquent le plus.

  6. Quand on regarde le porno, on se dit que les femmes aiment ça aussi ; elles se font toutes enculer. Alors, forcément je me devais d’essayer. J’ai même essayé plusieurs fois, j’ai insisté (faut pas rester sur un échec. Résultat des courses : Je déteste. Ce n’est pas seulement douloureux, si on ne s’y prend pas correctement (et même quand on fait attention) mais je trouve ça chiant et surtout très désagréable.

    J’aimerais bien savoir qu’en est-il de la majorité ?

    • Je crois que la clé, c’est d’abord d’apprécier ça pour soi. Un sextoy tout seul sera toujours moins insistant qu’un partenaire. Quant à avoir une statistique, ça m’étonnerait qu’il y ait quoi que ce soit de fiable, mais j’ai trouvé ça sur slate.com (en anglais, mais extrêmement bien renseigné). Apparemment, pour celles à qui ça plaît (qui demeurent une minorité), ça plaît vraiment beaucoup.

      Dans le porno (hétéro), la mode était jusqu’à récemment de mettre en scène la douleur de la fille qui acceptait. Maintenant, ça serait plutôt le contraire. En tout cas, je suis toujours étonné de voir combien la sodomie est sur-représentée dans les productions françaises par rapport aux productions américaines. Quelqu’un a une explication ?

      • Mon partenaire n’était pas demandeur pour me sodomiser, c’est moi qui ai voulu essayer sous l’influence du porno et de tous ceux qui disent que c’est génial (selon Catherine Robbe-Grillet la sodomie fait même partie des basiques !!!). Je ne sais donc pas à quel moment on peut apprécier ça pour soi, comme vous dites, d’une manière ou d’une autre il faut le découvrir. Ou bien, il ne faudrait aucune forme d’influence, vivre sur une île déserte et avoir une envie naturelle d’explorer son corps pour le savoir.

        Quant au porno, les actrices font toujours tellement de grimaces… comme faire la part des choses, sans parler que la douleur est souvent associée au plaisir (ce qui n’est pas mon cas). Je ne peux pas dire que ce soient les mises en scènes qui m’aient découragé à essayer. Non, c’est le vécu. Le plaisir n’y est pas, mais alors pas du tout.

      • Ma question était plutôt : aviez-vous essayé seule avant de le faire avec quelqu’un ? Parce que démarrer direct avec quelqu’un, c’est un peu comme d’arriver à la nuit de noces sans jamais s’être caressé-e.

        Quant à l’île déserte, l’image n’est pas si mauvaise — les tabous culturels autour de la zone anale sont propres à nous créer un certain nombre de blocages. Et une injonction récente (vive la pénétration anale !) sur un vieux tabou (touche pas, c’est caca !) ne fait pas un super cocktail.

  7. Pour la même raison qui fait dire aux hétéros que la sodomie n’est pas fait pour eux, est-ce que ça ne fait pas dire aux homos (qui prétendent aimer) que c’est fait pour eux… et fausser les chiffres ?! Beaucoup de femmes n’aiment pas alors que (anatomie et culture oblige) elles sont presque forcées d’y passer.

    • Je suis persuadé qu’il y a beaucoup de mésaventures et d’essai-erreur chez les jeunes homos qui peuvent penser que c’est un passage obligé (et être pressurés par leur copain) ; de même qu’il y a beaucoup de mésaventures et d’essai-erreur chez les jeunes filles hétéro qui sont encore plus persuadées que « faire l’amour » est synonyme de pénétration vaginale, tellement notre culture a du mal à envisager autre chose, et qui se forcent parfois toute leur vie.

  8. J’aime bien ta façon de tirer sur le fil.
    Si, si, j’insiste.
    Pour une fois qu’un mec en parle assez ouvertement… j’attends la suite, la pelote entière, quoi ^^
    ++

  9. @ Nouille » C’est une bonne idée de vouloir essayer mais c’est un peu dommage si les deux partenaires n’en ont pas vraiment envie. Tu trouveras sur la toile moult articles expliquant comment y aller (basiquement : très progressivement, avec un bon lubrifiant). Après, rien ne dit que tu vas aimer. Mais déjà, si ton partenaire met juste un doigt, ça peut être très agréable et sans doute plus facile que la sodomie. Ça me paraît être une excellente première étape. Et si déjà ça ne te plaît pas, pas besoin d’aller plus loin.

  10. Merci CUI. J’ai bien commencé par le doigt. Bof ! Finalement, la seule chose que ça m’a apporté c’est une satisfaction fugace de braver un interdit. Rien de physiquement agréable.

      • Tu as entièrement raison. Et c’est en cela qu’on voit la pression qu’il peut y avoir en matière de sexe. Depuis que c’est sorti de la sphère privée, on se sent comme un misérable indigent ou un coincé du cul (c’est le cas de le dire) si on n’explore pas tout. J’en suis venue à me dire que la vraie liberté sexuelle ce n’est pas la possibilité (ou la démarche) de tout découvrir (dans la mesure surtout où les barrières et les tabous tombent) mais réellement faire ou ne pas faire ce qu’on veut. Pour moi celui qui s’épanouit dans une sexualité pépère-vanille est aussi libre que le libertin assumé.

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