« Je ne suis pas sexiste ; la preuve, j’aime ma femme »

« Je ne suis pas raciste ; la preuve, j’ai des amis arabes ». « Je ne suis pas homophobe ; d’ailleurs, j’ai des amis gays ». Le grand classique. Très con. Et on voit bien à quel point c’est con quand on transpose au sexisme : « Je ne suis pas sexiste ; la preuve, j’aime ma femme ». Le vrai critère, c’est pas si on les aime bien mais c’est comment on réagit quand le privilège est inversé : par exemple quand on se fait pourrir la vie par un arabe, par un homo ou par une nana en situation de pouvoir.

sexisme, féminisme, préjugés, racisme

Sonia Sotomayor, juge à la Cour Suprême des Etats-Unis

Imagine que ton patron est homo. Imagine maintenant qu’il t’a pris en grippe personnellement, que ça fait trois ans qu’il ne t’augmente plus, qu’il te refile tous les dossiers bien pourris pour que tu aies du mal à remplir tes objectifs, qu’il te prend de haut, qu’il te fait chier pour tes prises de congés. Et bien si dans ta tête tu fais une fixation sur son homosexualité, si tu te persuades qu’il cherche à te nuire parce qu’il est gay et que tu n’es pas intéressé, alors tu es homophobe, quel que soit le nombre (réel ou prétendu) de tes amis gays. Ton patron est peut-être effectivement très con, mais s’il était hétéro, tu penserais juste que c’est un gros connard et tu n’aurais que faire de son orientation sexuelle. Le fait que tu fasses un lien entre sa connerie et son homosexualité est une preuve d’homophobie (latente ?). Et d’ailleurs si tu es homophobe, ça expliquerait peut-être une partie de sa réaction.

Imagine que ton proprio est algérien. Et qu’il te dit à peine bonjour quand vous vous croisez dans la rue, qu’il t’emmerde pour le moindre retard de paiement, qu’il traîne pour toutes les réparations, que ça fait six mois qu’il n’a pas fait arranger la fenêtre qui bâille mais qu’il ne te fait pour autant aucun cadeau sur la facture de chauffage. Et bien si l’idée t’effleure qu’il agit comme ça avec toi parce que tu es le seul locataire français de souche, ou si tu te persuades qu’il cherche à te plumer parce que c’est un arabe donc un voleur, alors tu es raciste, même si tu t’entends bien avec tes voisins sénégalais. Ton proprio est peut-être effectivement un con, mais s’il était d’origine angevine, tu penserais juste qu’il est désagréable et radin et tu n’aurais que faire de son lieu de naissance. Le fait que tu connectes mentalement son origine ethnique et son comportement, c’est une marque de racisme (inconscient ?). Et d’ailleurs, si tu es raciste, ça expliquerait peut-être une partie dudit comportement.

Imagine que ton chirurgien est une femme. Et que côté humain, c’est vraiment pas ça. En plus, apparemment, l’opération a merdé et il va falloir que tu retournes sur le billard, mais elle n’a pas daigné passer plus de cinq minutes dans ta chambre pour t’expliquer clairement le problème. Et bien si ton désir de changer de chirurgien s’accompagne du soulagement de savoir que l’inconnu qui te ré-opérera est un homme, tu es sexiste même si tu aimes bien ta femme ou tes filles. Ton chirurgien est peut-être une incompétente, au moins au niveau relationnel, mais si ç’avait été un homme qui avait raté la première intervention, tu n’aurais pas spécialement demandé à être réopéré par une femme. Le fait que ton esprit fasse un rapprochement entre son sexe et son niveau de compétence est une marque de sexisme (conditionné ?). Et d’ailleurs, si tu es sexiste, ça expliquerait peut-être pourquoi elle n’a pas tenu à rester discuter plus longuement.

13 réponses à “« Je ne suis pas sexiste ; la preuve, j’aime ma femme »

  1. J’aime beaucoup !
    (je ne suis donc ni homophobe, ni raciste, ni sexiste -mais je suis une femme, ça compte quand même ?!)

    • Ça compte aussi. Il y a encore trop de sexisme internalisé chez les femmes aussi. Entre celles qui pensent sans y penser qu’il vaudrait mieux que l’installateur des panneaux photovoltaïques soit un mec ou que le ministère de l’éducation nationale ou de la famille soit aux mains d’une femme…

  2. @tout_le_monde: allez lire cet article d’Acrimed http://www.acrimed.org/article4283.html: où Nelson Montfort, Philippe Candeloro et quelques autres persistent, signent et se ré-enfoncent encore en pensant se défendre. Ça serait risible s’il n’y avait pas eu des millions de télespectateurs à écouter leurs allusions sexistes à souhait.

  3. Pingback: Caroline (lilith69) | Pearltrees·

  4. Je pense qu’on ferait mieux de se concentrer sur autre chose que le fumier ambiant des médias.

    Relayer, regarder, insister sur des aspects négatifs ne fait que renforcer ces différents aspects. Alors du coup on se retrouve à rendre plus fort un point qu’on aime pas, ce qui est quand même dommage. Par contre le fait d’applaudir, exposer les belles choses là, cela les renforces et les étends.

    Et puis, le fait même de se concentrer sur ce fumiers de négativité nous met dans des dispositions psychologiques affaiblissantes, on se sent mal en lisant ceci et en remettant une couche.

    Le mieux à faire étant de regarder ce qui à de la beauté et de le relayer, de le diffuser, cela sera inspirant pour toute personne exposée à ces images, informations positives.

    Personnellement, je transmet ce qui me met en joie de plus en plus, le reste n’existe plus, en tout cas pas dans ma réalité. Et je pense quelque part je contribue à remonter le morale des gens autour de moi, en tout cas je le souhaite fortement🙂

    Au niveau de la presse, des médias, c’est une catastrophe de ce point de vue là, il faudrait dans l’idéale relayer plus d’informations positives que de négatives. Cela arrivera peut-être un jour !

  5. Pingback: Sophia Gaïa (barbieturik) | Pearltrees·

  6. Un article pour une piqûre de rappel : il ne suffit pas de fréquenter une personne discriminée ou stygmatisée pour s’affranchir des stéréotypes et leurs processus. Petite remarque : pas besoin d’en venir à une situation ou le discriminé reprend le pouvoir pour dévoiler sexisme, racisme, classisme etc😉

    • Certes mais je trouve quand même que c’est les situations où la hiérarchie ‘habituelle’ est inversée qui sont probablement les plus révélatrices de réticences ou préjugés enfouis — chez des gens qui honnêtement dans leur vie de tous les jours ne se conçoivent absolument pas sexistes.

    • C’est une femme en situation de grand pouvoir. Qui doit donc être régulièrement confrontée au sexisme des gens dont -par le simple exercice de sa fonction- elle se retrouve à compliquer la vie.

  7. Bonjour,
    C’est possible de diffuser ce texte et peut-être d’autres? -je découvre ce site aujourd’hui- Si j’ai bien compris, l’auteur est Audren le Rioual. (J’ai indiqué l’adresse de mon blog pour insérer le commentaire)
    Lydia

    • Je suis flatté de cette attention.
      Ça dépend quels articles : pas de soucis pour ceux que j’ai écrits*, sauf exception ; en revanche, pour mes traductions, il faut aussi l’accord de l’auteur de l’article original.

      (*) pourvu que l’origine de l’article soit clairement mentionnée, avec un lien.

  8. Merci Audren,
    Pour le lien et le nom de l’auteur, c’était prévu bien sûr.
    Celui-ci (« Je ne suis pas sexiste… ») me plait bien pour la démonstration logique qui donne à réfléchir.
    Pour d’autres, je vérifierai et demanderai si besoin.
    Merci

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