Polyamour et enfants : comme une famille recomposée ?

Comment ça marche, le polyamour quand il y a des enfants ? Personnellement, je n’en sais rien. Mais comme j’aime bien détourner les grilles culturelles existantes pour les réutiliser ailleurs, je propose une analogie qui m’aide bien à imaginer à quoi ça pourrait ressembler

digital pencil drawing - blended family

Famille (re)composée (ref. photo piochée sur huffpost)

On connaît déjà les familles recomposées

Depuis que le divorce est quasiment devenu le cas général dans les familles, on a l’habitude de vivre les gardes alternées et les familles recomposées. Les gamins que je connais qui sont dans cette situation le vivent d’autant mieux que le divorce a été géré de façon adulte par leurs parents. Avoir deux maisons, avoir des frères et soeurs ici ou là, ça leur va plutôt bien, tant qu’ils se sentent aimés par tous leurs parents, vrais ou beaux. Et ils se fichent un peu de savoir qui couche avec qui, qui n’est plus amoureuse de qui, tant que l’ambiance est sereine et propice à leur épanouissement.

Et bien c’est peut-être pareil

Alors moi je propose d’imaginer que le polyamour avec des enfants, qu’on cohabite ou qu’on soit à temps partiel chez l’un ou l’autre, et bien c’est comme une famille recomposée, le divorce en moins.

La famille polyamoureuse, c’est peut-être comme une famille recomposée, sans passer par la case décomposition.

Tout de suite, en raccrochant à des concepts qu’on connaît et qu’on a déjà vécus, on s’imagine mieux comment ça doit pouvoir se goupiller. Et comme chacun sait, il faut tout un village pour élever un enfant. Et donc plus il y aura autour de lui d’adultes pour l’aimer et d’enfants pour jouer, plus il pourra tracer sa route et grandir.

27 réponses à “Polyamour et enfants : comme une famille recomposée ?

  1. « Les gamins que je connais qui sont dans cette situation le vivent d’autant mieux que le divorce a été géré de façon adulte par leurs parents »

    Ou tu n’as que des magnifiques exemples autour de toi ou alors tu vis dans le monde des bisounours… ou alors c’est moi qui vis dans un monde de (le contraire de bisounours). Ce que j’observe autour de moi c’est galère : des parents qui ne se comportent pas du tout en adultes et des enfants pris en otage, des gamins qui en souffrent, des allée et venues incessantes, des sacs qu’on fait et qu’on défait, des beaux-parents qui n’ont rien à foutre des gamins des autres ou bien des gamins qui n’acceptent pas leur autorité… mais bon, puisqu’il y a de l’amour partout et que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil…

    • J’aurais pu écrire cette phrase sur le mode négatif et elle aurait eu exactement la même signification : « Les gamins que je connais qui sont dans cette situation le vivent d’autant plus mal que le divorce a été géré de façon abominable par leurs parents ». Puisque je connais des enfants et des couples dans chacun des cas de figure. Et je suis entièrement d’accord que quand les enfants sont entre le marteau et l’enclume, quand il voient les assiettes, voler, quand ils sont pris en otage ou quand on les somme de prendre parti, c’est la cata.

      Quand aux allées-venues, je ne pense pas que ça soit si terrible que ça. Rappelons que les humains ont été nomades pendant 99% de leur évolution. Je suis persuadé que tant que les enfants sont dans un cadre humain stable, entourés d’adultes qui les aiment, ce n’est pas important si le paysage change d’une semaine sur l’autre.

      • Les allées et venues, ça dépend. Un copain de mon fils se déplace le week-end, il prend seul un bus et le train pour faire une centaine de bornes, ça lui casse son dimanche. D’autres gamins, des frères et soeurs que je connais très bien, habituellement très secrets, ont quand même avoué que c’était super chiant et qu’ils en avaient marre. Et je ne parle pas de ce que j’ai vécu personnellement, c’était assez pénible. Avec, ma mère qui a essayé de refaire sa vie, nous avons vu défiler des hommes qui n’en avaient rien à faire de ses gosses, il y a en a même un qui lui a demandé de partir avec lui à l’autre bout du monde… en abandonnant ses enfants comme si nous étions des boulets, ce qu’elle n’a pas fait, heureusement, nous étions assez petits. Forcément, si je compare tout ça au polyamour, ça ne me donne pas très envie.

        Ta comparaison c’est un peu à double tranchant !

      • Certes.
        Cela dit, citer des familles qui ont souffert de la séparation de parents exclusifs ne fera jamais un super argument anti-polyamour. Ou bien j’ai raté une marche.

        Mais je comprends : toutes les situations de famille recomposée ne sont pas idylliques, j’en conviens évidemment. Et même celles pour qui la séparation s’est passée sans trop de heurts et dans lesquelles les parents composent intelligemment avec les vies de leurs enfants. Pas plus que ne sont idylliques toutes les vies de familles même quand il n’y a pas séparation.

        Si je développe l’argumentaire de l’article : les couples classiques ont plein de références culturelles quand ils imaginent le cadre de vie qu’ils vont proposer à leurs enfants. Bien souvent, la réalité est très loin de l’idéal, et a fortiori quand dans un cas sur deux, ça finit par des séparations. Les polyamoureux, quant à eux, ont tout à inventer. Il n’y a pas tellement plus de raisons qu’ils atteignent l’idéal qu’ils peuvent se proposer (et par exemple, l’idéal de famille recomposée soudée et apaisée que je propose ici) ; mais pas tellement plus de raison non plus qu’ils échouent. Et ce n’est pas une raison pour tenter d’imaginer dans quelles circonstances une forme d’idéal pas trop irréaliste pourrait inspirer la créativité relationnelle des personnes impliquées.

  2. Quelque chose me dit que ce n’est pas aussi simple et idyllique que cela…
    Certains enfants de famille recomposées, pourtant largement aimés, entre papa, la nouvelle maman et une petite soeur toute neuve d’une part et maman, le nouveau papa, un grand frère et bientôt un bébé tout neuf d’autre part, finissent par ne plus se sentir chez eux nulpart et s’ils ont de la chance une grand-mère fait ce qu’elle peut pour sauver les meubles, mais ce n’est pas tout à fait la même chose…
    (mon exemple est hypothétique, mais…)
    Après un bébé est fortement fatiguant et chronophage : un couple classique s’en tire mieux qu’une personne seule. Mais de façon pratique, comment faire cohabiter les soins à ce bébé tout neuf, ce qui nécessite une certaine intimité, surtout la nuit (oui, je sais, certains bébés sont des anges qui dorment 18h d’affillé dès leur première semaine de vie, mais… soyons réalistes😉 ! ), avec la vie et le besoin légitime d’espace personnel des polyamoureux (il faut tout un village pour éléver un enfant, mais tout le monde ne vit pas dans la même maison et encore moins dans la même chambre) ??!
    De la même manière, purement terre à terre, être polyamoureux c’est se condamner à vivre seul(e) et ne pas cohabiter avec ses amours, à moins d’avoir les moyens d’entretenir chacun sa garçonnière ??!
    Je suis curieuse de savoir comment cela peut vraiment fonctionner là aujourd’hui en 2014 et en région parisienne, par exemple.
    Quelque chose me dit que ce n’est pas si simple… mais je me trompe peut être.

    • Je suis sûr qu’il y a plein de modes d’organisation familiale à inventer. Si les polyamoureux vivent en mode cohabitant (avec éventuellement chacun sa chambre), ça sera d’autant plus facile pour la logistique des gamins. Un bébé est d’autant moins fatigant qu’on est nombreux à pouvoir se relayer pour s’en occuper…

  3. Un modèle est testé avec beaucoup de bonheur chez moi. Séparation de corps il y a 4 ans, le père de mes enfants déménage, il garde la clef, vient quand je dois sortir pour s’ occuper des enfants, passe quand il a envie de nous voir tous. Les parents vivent leurs amours respectives et communes dans d’autres lieux. Jusqu’ici tout va bien…

      • Cela demande bien évidement – quand on « refait » sa vie – de choisir qqn en accord avec ses principes et ses enfants

        Je ne crois pas que ce soit aussi simple. L’amour ne se choisit pas…

      • L’amour ne se choisit pas, mais on peut en partie choisir les cercles de gens parmi lesquels on va faire ses rencontres qui verront peut-être germer l’amour. Par exemple si j’habite en Bretagne, il y a plus de chance que je tombe amoureux d’une bretonne ; ou si vous participez à des sorties de motards, il y a plus de chances de tomber amoureuse d’un motard.

  4. Je comprends tout à fait ce parallèle. Et ce que les autres commentaires mettent en épingle sont le cas de séparation qui se sont mal passées. Je pense sincèrement que dans le cas de relation adultes et bien gérées, avoir deux plusieurs papas / mamans / maisons n’est pas un problème. Cela demande bien évidement – quand on « refait » sa vie – de choisir qqn en accord avec ses principes et ses enfants. Dans le cas d’une polyfamille, je vois mal une des personnes se mettre en couple avec quelqu’un qui ne veut pas de cette situation / de ces enfants. Je pense que la limite est là : le travail sur la relation et ce que l’autre est prêt à faire pour s’intégrer dans cette famille.

    Je connais de plus en plus de familles « recomposées » dans le bon sens du terme et qui le vivent très bien ! L’exemple le + beau à mes yeux est cet ami qui se retrouve souvent à manger avec sa femme, son enfant, l’enfant qu’il a eu d’un premier lit, cette première femme, et l’enfant de cette femme qui l’appelle « tonton ». (pardon, ce n’est pas évident à expliquer :D). Mais il y en a aussi d’autres qui s’entendent très bien avec leur ex compagnon et qui refuseraient de se mettre en couple avec qqn qui serait « jaloux » de ce premier lit.
    Lorsqu’on sait que l’on est polyamoureux, nous ne sommes pas prêts à abandonner nos autres amours pour un nouvel amour. Hélas, cela devrait aussi se passer comme ça dans les familles recomposées : ne pas abandonner ses autres amours, ni ses enfants, ni son ex, ni le/la nouveau/nouvelle amoureuse de son ex pour une seule et unique personne non prêt.e à accepter une famille déjà existante.

    Et vous mettez surtout le doigt sur un point très important à mon sens : l’amour. Je considère le compagnon de ma mère comme mon père. De la même façon qu’il me considère comme sa fille. Nous n’avons pas besoin d’avoir des gènes en commun pour être une famille.
    « c’est l’amour qui fait les familles, non le sang »

    Louise

    • Merci merci merci.
      J’adore quand un commentaire complète avec ce niveau de clarté des aspects sur lesquels j’avais dû faire l’impasse (faute de temps, de place ou d’intelligibilité)

    • Personnellement je trouve juste que la comparaison est a double tranchant. Un divorce qui se déroule mal (et ça arrive encore, malheureusement) a souvent des conséquences sur les ménages suivants. Dans le cas du polyamour on ne va pas forcément « trainer des casseroles », il n’y a pas d’ex qui vous pourrissent la vie et remontent les enfants contre vous.

      Mais en effet, on n’a pas besoin des gênes pour construire une famille, les enfants adoptés en savent quelque chose. Personnellement je ne demandais que ça que mes parents retrouvent l’amour après leur divorce, j’acceptais volontiers tout nouveau membre cette famille discolquée. Si pour ma mère ça n’a pas fonctionné (elle en a conçu beaucoup d’amertume, le nom de mon père est longtemps resté tabou), la femme de mon père est devenue une seconde mère et surtout une troisième grand-mère pour mes enfants qui l’adorent. Mais bon, j’ose espérer que le polyamour part sur de meilleures bases que celles d’un divorce malheureux.

  5. Personnellement, je vois le polyamour comme une évolution au divorce, propre à corriger plusieurs de ses défauts :

    Le DIVORCE a permis de :
    – ne pas lier éternellement deux êtres qui peuvent en arriver à se détester à force de promiscuité et de négation des évolutions personnelles
    – libérer la femme qui a toujours eu une place d’assistée dans un monde patriarcal (elle était certes « protégée » et centrale au sein du foyer mais pas libre. Le divorce, c’est le retour à son autonomie)
    – libérer l’homme de sa position d’unique responsable familial (en échange de plus de responsabilité domestique)
    – libérer les enfants d’une ambiance familiale détestable et/ou des défauts d’un de ses membres (abandon du rôle de parent, drogues, vices…)

    (bien sûr, il y a des problèmes collatéraux pour chacune de ces raisons, en particulier sur le premier point, lorsque le divorce n’est pas dû à une cause tragique, et c’est là où je vois le polyamour comme une évolution positive)

    Le POLYAMOUR permet de :
    – ne pas perdre l’attachement profond qu’on porte à son partenaire premier, même lorsqu’on a besoin d’ouvrir ses horizons (le divorce imposait une rupture)
    – maintenir une famille unie au sein d’un foyer inchangé, malgré l’évolution personnelle d’un ou des deux membres du couple (le divorce imposait : éloignement d’un parent, déplacements continuels des enfants, finances plus difficiles car perte d’une mise en commun, perte d’une maison ou d’une entreprise, …)
    – voir le couple et la famille comme une évolution positive envisageable, après de multiples rencontres chaque fois affinées, et non comme une obligation sine-qua-non de départ. D’où une meilleure préparation et une plus grande longévité.
    – retrouver parfois l’effet « tribu », avec les recompositions, les partages de responsabilité d’enfants, etc… chose qu’on a perdu avec la diminution des familles nombreuses au sein d’une société plus individualiste, et qui est pourtant très épanouissante pour les enfants (confrontation à la différence, au partage, aux négociations, sociabilisation, compétition et affirmation de soi)

    (bien sûr, il y a là aussi des effets délétères possibles, dans cette sous-partie de correction des divorces (séparations non conflictuelles), et surtout le polyamour ne se résume pas à la famille ! Mais je pense que ces défauts auront de fortes chances d’être amoindris de par la nature même du polyamour, faite de négociations et de recherches permanentes d’équilibres dans une dynamique rarement stable)

  6. Quand j’étais gosse, je détestais changer de maison (comme les chats ?).
    Heureusement, ce n’était qu’une fois par an.
    C’est pourquoi, lorsque j’entends parler de garde alternée, je me demande si ce n’est pas tout simplement un compromis acceptable pour deux adultes égoïstes.
    J’aimais mes parents, mais le territoire dans lequel je préférais vivre avait plus d’importance que chacun d’eux.
    Voyager, d’accord; mais selon ma propre volonté et non parce que mes parents et le tribunal avaient organisé ma vie à leur façon.
    Je me suis vengé en ne voyant plus personne dès que j’en ai eu les moyens, et en ai gardé une certaine allergie au mot « famille ».

    • Les chats sont des animaux sédentaires, solitaires et territoriaux.
      Les humains sont nomades, sociaux et solidaires.
      C’est pour cela que personnellement, j’imagine que quand le cadre social et familial est favorable, le fait de changer souvent de maison ne devrait pas tellement gêner les enfants. Ils changent déjà de cadre social tous les jours (maison – école) sans qu’on s’en émeuve tellement.
      Ce qui n’empêche pas qu’il y ait des situations merdiques, douloureuses, dramatiques.

      • J’ai aussi beaucoup voyagé à cause du divorce de mes parents et c’était très très pénible, raison pour laquelle je ferai tout pour que mes enfants ne connaissent pas ça ! Si jamais je devais me séparer de mon conjoint je ne le ferai qu’une fois les enfants partis de la maison. Heureusement, pour l’instant tout va bien.

      • Un nomade n’a pas de port d’attache.
        La plupart des grands voyageurs en ont un, même s’il change au cours de leur vie.
        Les hommes sont curieux (veulent apprendre) par instinct; ce qui n’en fait pas des nomades.
        S’ils furent nomades pour se nourrir, ils ont commencé à se sédentariser il y a fort longtemps.

      • Ça dépend de ce qu’on entend par « fort longtemps ».
        Dix mille ans, vu d’une vie d’homme, c’est « fort longtemps ». Vu du point de vue de l’évolution, c’était hier (comparée aux deux cent mille ans d’Homo Sapiens ou aux deux millions d’années du genre Homo). Donc si l’humanité s’est adaptée au mode de vie sédentaire, elle n’a pour autant probablement pas tellement eu le temps d’évoluer en conséquence. C’est pour cela que je dis que nous sommes des nomades contrariés.

  7. Nomades contrariés ?
    L’homme ne regrette pas systématiquement ses inventions; notamment celles qui lui ont permis de ne plus être contraint au nomadisme pour survivre.
    Mais en effet, ceux qui tiennent au statut de nomade sont contrariés — pire: rejetés — par les autres, maintenant.
    On peut très bien ne plus être nomade, mais voyageur, et rêver d’une vie non contrainte par la norme politico-religieuse du couple.
    J’ai été élevé par trois femmes, dont une que j’avais choisie, et une collectionneuse d’amants, plus je ne sais combien d’hommes, car je compte tous ceux qui m’ont appris quelque chose.
    Plus quelques séjours en pension.
    À part la contrainte de changer de maison une fois par an, je fus un enfant heureux.
    « Les enfants ne nous appartiennent pas; ils nous sont confiés par la nature pour que nous leur donnions l’autonomie » m’avait dit un copain.
    Et je crois bien qu’on me l’a donnée, même si je suis très content de ne plus être un nomade depuis environ dix mille ans.

  8. Post-Scriptum
    J’ai oublié toutes les femmes qui m’ont appris quelque chose sans pour autant beurrer mes tartines et repriser mes chaussettes.
    Elles ont certainement été aussi nombreuses que les hommes, donc.

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