Le couple, ça ne marche pas : je sais, j’ai essayé

Ce titre est évidemment une caricature. Pourtant, on ne rigole pas à la face de ceux qui disent exactement la même chose à propos du couple libre. Arrêtons de faire comme si ceux qui s’essaient au couple libre n’avaient pas le droit à l’erreur, et de croire que les anecdotes malheureuses, même nombreuses, scellent le sort de toutes les alternatives non-monogames.

baiser adolescents

Les ados renoncent rarement à l’idée du couple, même après quelques échecs… (ref. photo (c) diamondraindrops sur deviantart.com)

Le couple exclusif comme seul modèle

Quand une construction sociale comme le couple exclusif est à ce point ancrée dans la tradition culturelle, toutes les exceptions ne font que confirmer la règle. On peut égrener comme un chapelet tout un tas d’échecs retentissants : cela ne remet jamais en cause le bien-fondé du couple. Le taux de divorces et d’infidélités ne nous fait collectivement pas douter du fait que le couple est naturellement « bon ».

Quelles que soient les circonstances de la séparation, c’est toujours les partenaires qui ont failli, ou bien la vie qui est injuste. Mais on entend rarement des voix proposer que l’idéal du couple exclusif n’est peut-être pas le bon modèle pour tous. Et en effet, non seulement le couple est perçu comme « bon », mais il nous est présenté comme le seul mode de vie normal, voire possible — au point que les célibataires sont soit en recherche permanente, soit se retrouvent à devoir justifier sans cesse leurs choix de vie.

En revanche, les modes de vie alternatifs comme le couple libre ou le polyamour sont d’emblée suspects. Et le moindre contre-exemple sera monté en épingle comme la preuve que « ça ne marche pas ». Là où la statistique des divorces ne parvenait pas à semer le doute sur la monogamie, il suffit généralement de quelques anecdotes pour balayer d’un revers de manche toutes les formes de non-monogamie.

Les alternatives d’emblée suspectes

J’ai déjà pointé du doigt le biais statistique qui fait qu’on connaît davantage de couples libres qui n’ont pas marché que de couples libres qui marchent : ce n’est que quand il y a des problèmes qu’on en parle autour de soi et que les copains sont au courant. La plupart des autres restent cachés (et si vous faites partie des gens qui me connaissent dans la vraie vie, il y a une chance sur 20 que vous soyez au courant).

Mais le biais culturel est encore pire : tout le monde est tellement persuadé que l’exclusivité est le pilier du couple que la moindre trace de non-monogamie ayant précédé une séparation sera généralement vue comme la cause de la séparation. Le bouc émissaire parfait. Un bouc émissaire auto-réalisateur, puisque les couples eux-mêmes s’en persuadent : si tu me trompes, ou même si tu évoques l’idée qu’on puisse aller voir ailleurs, c’est que quelque chose ne va pas, que tu veux me quitter, et autant se séparer tout de suite.

Par ailleurs pourquoi faudrait-il s’étonner que les couples libres se séparent ? Citer un voire plusieurs exemples de copains en couple libre qui se sont déchirés ne peut pas constituer une preuve. De même qu’il n’y a pas de raison de s’attendre à ce qu’il y ait moins de divorces dans les couples homosexuels, il n’y a pas de raison de s’attendre à ce que les couples libres marchent infiniment mieux que les couples exclusifs.

Le couple libre, ça s’apprend aussi

Parce qu’il faut bien voir que dans couple libre, il y a couple. Et on sait à quel point le couple, c’est dur. Alors certes, en abandonnant la clause d’exclusivité, on rend les choses un peu moins difficiles sur ce plan là. Mais on remplace cette difficulté par le délicat exercice de la liberté sexuelle et sentimentale et par la gestion de la jalousie. Sachant que dans ces deux domaines, on est extrêmement mal préparé. Vu l’endoctrinement qu’on a subi depuis notre plus tendre enfance (cf. contes de fées), avec cet idéal de monogamie éternelle, cette tendance à la possession mutuelle et ce mythe fusionnel de l’âme soeur qui saura satisfaire nos moindres désirs, il faut presque tout désapprendre et réapprendre.

Et donc même avec 10 ou 30 ans de vie de couple derrière soi, quand on démarre un couple libre ou quand on se lance dans le polyamour, on est à peu près aussi à poil au niveau de la façon de le gérer que si on venait d’emménager à 14 ans avec notre petite copine du collège. Il y a peu de premiers couples qui durent : la route vers le couple libre est au moins autant semée d’embûches et d’essais-erreurs.

Heureusement que les ados ne décrètent pas à 17 ans, après leur troisième peine de coeur : « Le couple, ça ne marche pas ; je sais, j’ai essayé ».

18 réponses à “Le couple, ça ne marche pas : je sais, j’ai essayé

  1. Heureusement qu’ils e déclarent pas ça, certes, les ados de 17 ans. En revanche leurs peines de cœur restent des échos d’un avenir, et toutes les amourettes ne sont pas inscrites sous la bannière un peu ironique que je crois percevoir dans cette dernière phrase.
    Il y a tout un devoir de transmission, maintenant que les alternatives émergent -doucement mais sûrement…- au grand jour. Et les jeunes font partie du grand jeu.
    J-E, un ado de presque 20 ans.

      • Ah oui ? Moi non j’ai eu avant des histoires longues, avec à chaque fois des tromperies, mais ça marchait quand même parce que ça marchait bien. Quand j’ai commencé à proposé au dernier d’aller en club libertin il m’a ri au nez. Mon actuel est maintenant comme moi, je fais plus que coucher ailleurs : je lui raconte. Et il aime ça.

  2. En fait moi je me suis dit un peu ça après mon premier amour : ça a pas marché parce que je voulais l’exclusivité ? Ha en fait c’est donc la liberté qui marche

    • Yes🙂 je crois que c sa le secret laissez l autre libre de ce qu il a envie d etre s autoriser la meme chose et si concretement c’est invivable ca n’empeche pas l’amour, car couple ne veut pas dire amour tout comme amour ne veut pas dire couple

  3. Je réagis sur cette notion de réapprentissage de la relation. J’ai toujours été fondamentalement convaincue que la liberté dans le couple était essentielle, mais mon chéri, le premier et le seul homme de ma vie, était du genre exclusif et jaloux (de ceux qui râlent au premier sourire). Et là, après 15 ans et deux enfants, maintenant qu’il est tombé amoureux d’une autre femme, il change d’avis bien sûr. Sauf que désormais je me sens incapable d’aller vers les autres, j’ai une maturité de gamine de 14 ans et je regrette amèrement d’avoir laissé glisser notre couple dans quelque chose de fusionnel dont je n’arrive plus à m’évader. Sans compter qu’il me faut repartir au front avec un corps transformé par les grossesses. En gros il y a quelques psy qui vont s’enrichir sur mon dos!😉
    Tout ça pour dire aux plus jeunes que sans pour autant passer à l’acte, il ne faut pas nécessairement attendre 10 à 20 ans pour parler du couple libre. Je pense qu’une clause théorique d’infidélité envisagée des le départ pourrait être levée lorsque l’entente sexuelle initiale commence à s’éroder… il faut quand meme laisser aux jeunes le plaisir de se croire dans un conte de fée quelques années 😉 . Il est vrai aussi que quand on veut fonder une famille, il n’est pas ininterressant de verifier pendant quelques temps l’autosuffisance affective et sexuelle du couple, car cela constitue quand même un premier gage de longévité.

    • Je pense qu’on peut très bien apprendre la non-exclusivité en même temps qu’on construit son histoire de couple, sans forcément vouloir commencer par une phase autosuffisante. Justement, je trouve que c’est encore une meilleure preuve de stabilité si on est encore ensemble après 5 ans de non-exclusivité qu’après 5 ans de monogamie fusionnelle stricte.

  4. Je suis parfaitement d’accord, surtout que la transition est rude, c’est bien la conclusion très juste de ton billet.
    Mais soyons pragmatiques, c’est une vraie révolution de prêcher ce genre de chose auprès des jeunes, et surtout des jeunes filles. Pourtant, ce n’est qu’en permettant à chacun de disposer librement de son corps qu’on pourra en finir avec le sexisme (le polyamour relève plus du choix personnel et a moins une vocation universaliste à mon sens).
    Or, je ne sais pas si c’est dû au modèle social ou à la chimie du cerveau, mais beaucoup de jeunes amoureux ne ressentent au début pas du tout envie/besoin d’aller voir ailleurs (pas pendant 5 ans, c’est toute une vie 5 ans!). Du coup il y a forcément une transition concrète à gérer à un moment entre la « polygamie » de principe et la « polygamie » de fait.
    Là on est presque tous entre adultes ayant de la bouteille, mais l’enjeu c’est de trouver le moyen de convaincre les suivants de ne pas faire les mêmes boulettes. J’ai une petite soeur de 22 ans, et je vous raconte pas sa tête quand elle est tombée sur ce blog ouvert sur ma tablette😉 Ya du boulot!😉

    • Je suis d’accord avec le pragmatisme. D’autant que même chez des personnes qui s’identifient comme poly, la transition d’un état ‘de fait’ à une nouvelle situation (p.ex. Mme n’avait que des aventures passagères mais vient de vraiment tomber amoureuse) n’est sûrement jamais évidente.

  5. Ce contrat d’exclusivité tacite est souvent basé sur des raisons qui me paraissent illusoires: l’argent, les conventions, la peur de la solitude…..
    J’aimerais dire aux jeunes: commencez par ne pas croire à l’éternité de votre couple: dites vous que vous vous aimez….pour l’instant et que ça reste temporaire…. Ça pourrait déjà leur permettre de voir les choses autrement ???
    D’un autre côté, le polyamour ne doit pas être subit par l’un ou l’une à cause des circonstances mais être un choix à 2. Je comprends les craintes de certaines personnes: le polyamour ne doit pas apporter une instabilité émotionnelle, des angoisses ou des peurs en plus. L’exclusivité semble apporter une sécurité….. Fausse bien sûr mais qui est à retrouver dans le polyamour.
    A mon sens, celui-ci nécessite une maturité émotionnelle et un vrai « travail » de communication….
    Pour parler de la liberté des femmes, Ovide à réalisé un documentaire « à quoi rêvent les jeunes filles ?? » qui sera diffusé mardi prochain sur la 2 Regardez le programme pour l heure exacte mais après 23 h je crois….
    Cath

  6. Bonjour !
    J’ai 18 ans et je suis avec mon copain depuis 2 ans. Quand j’avais 16 ans, je pronais exactement tout ce que j’ai lu dans votre article.
    Au bout d’un an, il a fini par y penser sérieusement et nous nous sommes lancés dans une « relation libre » c’est à dire non exclusive. Or je crois que cela a fortement nui à notre couple, car :
    1) nous n’étions sûrement pas assez matures
    2) notre avenir ensemble était trop incertain (séparation à cause des études, etc) pour que nous puissions nous lancer sereins dans cette aventure
    3) j’ai finalement beaucoup de mal à gérer la jalousie car je sens qu’il m’aime de façon moins démonstrative et j’ai donc peur qu’il s’éloigne de moi

    Pour conclure, je pense toujours qu’un couplé libre est une bonne chose mais qu’il faut des limites et une certaine expérience de la vie, donc avoir déjà un certain âge. Pour ma part, j’ai le sentiment d’avoir un peu « gâché » mon premier vrai couple en m’en servant comme un cobaye sur lequel mener toutes les expériences qui m’intriguaient, alors que j’aurais du me laisser aller et profiter un peu de la normalité… c’est pas mal non plus d’être dans les clous de temps en temps !

    PS : je ne sais pas pour les adultes, mais au lycée quand les gens savent que vous êtes en relation libre ils vous jugent très vite et se permettent de dire que vous n’aimez pas vraiment votre partenaire, et vous passez rapidement pour des filles faciles dans mon cas, et des queutards dans le sien.

  7. Ben pour les adultes c’est exactement pareil, en fait souvent je me demande si je ne suis pas encore au collège (carrément).
    Je me permet d’apporter ma pierre à l’édifice, de nature plutot ouverte pour ce qui me concerne je suis tres tres possessive en ce qui concerne mon partenaire tout en lui refusant les droits que je m’autorise. Petit à petit il a su me rassurer, apaiser ma peur de ne pas être aimer qui etait (est encore un peu) à la base de ma possessivité Il a su aussi rassurer ma peur d’être étouffer par l’amour de l’autre simplement en me laissant libre et en m’accompagnant tout en suivant lui son propre chemin (il est tres fidèle par nature – autant en amities qu’en couple nota : ce n’est pas un chien :D).
    Nous ne sommes pas stricto census en poly ou en union libre mais j’ai de multiples amants virtuels (je suis camgirl) qui me sont indispensables.
    Sans nous poser de questions, pas après pas, crise après retrouvaille voilà 10 ans que nous sommes ensemble et que la paix doucement s’installe, encore ébranlé par mes crises sans fondements.
    Je crois que bien au delà du couple, une relation humaine de long terme que ce soit avec des ami(e)s des amoureux(e) s’apprend, apprendre que toute chose à un début , une fin que celle ci soit de son vivant (rupture) ou imposé (la mort). et que c’est la base même de la vie.
    Naitre, grandir et mourir, des fois on ne vit pas la dernière étape … des fois
    Merci en tout cas de ce debat ouvert et intelligent ca fais du bien

  8. Après 23 ans de mariage, plusieurs infidélités de ma part et après aussi avoir surpris mon époux par deux fois entretenant une autre relation, j’ai décidé de lui avouer mes relations et de construire un nouveau couple libre.
    Nous avons beaucoup parlé et établit des règles bien précises. Tout doit se passer à l’extérieur de notre intimité. Pas de soirée, ni de nuit, ni de week-end, seulement pendant les plages de « travail » de l’un et de l’autre…ou entre 17 et 20H
    On démarre, cela me va bien je n’ai plus à avoir peur qu’il tombe amoureux et de jouer les jalouses acariâtres…puis je suis soulagée de ne plus mentir à propos de mes autres petites histoires…plus de questions de sa part, donc plus de mensonges…
    On verra ce qu’il adviendra…si nous devons nous quitter, cela de toute façon arriverait sans cela…

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