Du snobisme de la gratuité et du sous-équipement sexuel

« Moi, je n’ai pas besoin de ça ! » entend-on souvent dès lors qu’une conversation (en vrai ou en ligne) s’oriente vers les sex-toys ou les sites de rencontres. La remarque serait anodine si elle ne trahissait pas un jugement collectif idiot vis-à-vis du sexe, qui devrait être idéalement gratuit et se passer du moindre artifice, sous peine de… de quoi, au juste ?

kitchen aid and magic wand

Deux incontournables

Manger avec les doigts, c’est plus authentique, non ?

J’aime les parallèles culinaires pour bien montrer la différence de traitement culturel entre le plaisir sexuel et les autres plaisirs (et en particulier les plaisirs de la table). Comparez l’argent que vous avez mis dans votre cuisine (mètres carrés, meubles, vaisselle, machines, ustensiles, ingrédients exotiques) avec la somme que vous avez consacrée à vos sextoys et votre lingerie (et à plus forte raison si vous êtes un homme). Il doit bien y avoir un rapport 100 à 1000. Pourtant, dans nos vies, l’érotisme est-il vraiment cent ou mille fois moins important que la gourmandise pour que l’on soit à ce point sous-équipé en comparaison ?

Même chez les plus virulents des paléo-freegans, personne ne nous fait remarquer, en évoquant avec un mépris offusqué ou un dédain goguenard toute la vanité de nos cuisines équipées, de notre littérature culinaire, de nos sorties au restaurant, de nos stages d’œnologie, que l’on ne devrait se nourrir que de fruits cueillis gratuitement sur l’arbre et de morceaux d’animal fumants puisque c’est comme ça qu’on est fait-e-s au départ et que dans la nature, la nourriture est gratuite. Et il n’y a pas non plus de psychologues pour nous dire que quand on passe une ou deux heures par jour à cuisiner des trucs fort élaborés pour se faire plaisir, on a vraiment un problème dans notre rapport à la nourriture.

Australopithèques du sexe

Si l’invention de l’outil est la marque de notre humanité, nous en sommes apparemment restés au stade d’australopithèques en ce qui concerne le sexe, tant nos outils sont rares et dédaignés. Et à part la méditation et d’autres pratiques de type religieux, rares sont les activités humaines pour lesquelles nous glorifions à ce point l’économie de moyens : de la toilette aux sports, de la cuisine aux transports, du dessin au jardin, nous croulons sous les accessoires, les outils, les machines. Et personne ne rougit intérieurement de l’achat d’un verre ou d’une paire de chaussures, même si on peut effectivement boire avec les mains ou courir pieds nus.

J’ai récemment revu l’excellent film des frères Coen Burn After Reading, dans lequel le gros neuneu que joue George Clooney dévoile avec fierté à Frances McDormand sa fuck-machine autoconstruite. Le ressort comique de la scène tient essentiellement au regard réprobateur que le public est sensé jeter sur l’outillage sexuel. J’ai ri comme tout le monde mais j’ai aussi trouvé ça dommage.

Un idéal virginal ?

Je ne sais pas trop d’où vient cette idée que le sexe est mieux quand il est gratuit et qu’il se passe d’artifices. Est-ce une espèce d’idéal virginal pour racheter le péché originel ? Ou bien c’est qu’on nous a tellement imbibés de honte qu’on veut pouvoir prétendre que le sexe n’existe pas — pouvoir l’escamoter de nos vies et qu’il n’en reste aucune trace, aucune preuve. Donc pas un tiroir de sextoys sous le lit, pas de rayon de littérature érotique ou de films porno dans la chambre, et pas de capotes dans le sac à main. Et l’idée d’une pièce dédiée au plaisir sexuel met rarement à l’aise, alors qu’on ne porte aucun jugement sur quelqu’un qui a une cuisine classieuse, une baignoire à bulles, une jolie bibliothèque, une pièce de muscu, un atelier de dessin, un home cinema, une salle de billard ou une cave à vin.

Si l’invention de l’outil est la marque de notre humanité, nous en sommes apparemment restés au stade d’australopithèques en ce qui concerne le sexe

L’idée que le sexe n’a de valeur que dans la spontanéité et la gratuité se retrouve d’ailleurs jusque dans l’avis collectif à propos des outils informatiques qui y pourvoient, et en particulier les sites de rencontres. A la rigueur, on veut bien payer un verre ou un resto pour faire connaissance avec un-e partenaire potentiel-le, mais quelle déchéance que de raquer X euros par mois pour s’inscrire sur un site de rencontres, à fortiori si c’est « juste » pour le cul ! Et quand il s’agit de rencontres illégitimes, le froncement de sourcil ou le sourire railleur flotte toujours dans l’air quand on évoque les chambres d’hôtels « à l’heure » ou le prix des entrées en club libertin.

Ou alors…

Je hasarde aussi que c’est peut-être le spectre de la prostitution qui plane partout sur le sexe. Dès qu’une quelconque évocation d’une transaction commerciale effleure l’acte sexuel, un rapprochement inconscient s’opère : puisqu’il est exclu de payer quelqu’un pour nous faire l’amour, on en arrive à bannir l’idée de payer pour quoi que ce soit qui touche au plaisir sexuel.

Note pour ceux et celles qui concluent à juste titre que je pousse à la consommation et pourraient se poser la question d’un éventuel conflit d’intérêt (les blogueurs ne disent pas toujours tout) : je n’ai aucun intérêt personnel dans l’économie du sexe ou des accessoires, ni dans celle des cuisines. Je suis juste un pratiquant enthousiaste (mais inégalement équipé).

38 réponses à “Du snobisme de la gratuité et du sous-équipement sexuel

  1. Ta juste critique ne se s’adresse quasiment qu’aux fans de la consommation effrénée, à l’incohérence ambiante. Quand on veille à ne pas dépenser n’importe comment son argent dans la cuisine, sa salle de bain, ses activités physiques, on le fait aussi vis-à-vis de sa sexualité. On peut se permettre quelques petites bricoles sans pour autant « aimer sans compter »😉

  2. J’aime lire des articles comme ça au réveil , vos parallèles avec la cuisine sont juste parfaits , encore un article superbement écrit , merci de prendre du temps pour nous faire partager tout ça . J’attends comme d’habitude vos prochains articles avec une impatiente certaine .

    • Pas beaucoup de temps pour écrire en ce moment. Et encore moins pour dessiner. Mais je vais essayer de tenir le rythme hebdomadaire. Au besoin, il faudra m’aiguillonner🙂

  3. Avec juste un bémol sur le fait que manger est un besoin primaire quasi journalier qui justifierait davantage d’équipement… Alors qu’un quotidien sans sexe peut certes est tristoune mais de loin pas mortel ! Mais dans le fond je suis tout à fait d’accord avec vous et j’espère bien que notre culture change petit à petit grâce à l’apparition de sex shops plus « grand public » tels qu’on commence à en voir à Paris surtout. Au sujet de « l’équipement » de la vie sexuelle, j’aime beaucoup les ouvrages de l’anthropologue Agnès Giard qui a exploré l’univers japonais en la matière… Tout simplement fascinant. On ne peut que constater en face à face nos barrières culturelles judéo-chrétiennes.

    • Manger est un besoin primaire. Le plaisir gourmand n’en est pas un. On pourrait se contenter de manger du gruau et donc n’avoir dans sa cuisine qu’une simple casserole.

  4. A partir du moment où l’individu dit : « Moi, je n’ai pas besoin de ça », c’est son problème !

    Le snobisme est partout, en ce moment celui qui me gave c’est le snobisme technologique ; je ne supporte pas tous ces pet-culs qui se gargarisent de posséder le dernier I-phone, la dernière tablette, des dizaines d’applications, etc. et en matière de sexe ceux qui se vantent d’être libérés sexuellement (je les rencontre principalement sur le net) m’agacent plus que ceux qui se vantent d’une sexualité « naturelle »… peut-être parce que je fais d’avantage partie de la deuxième catégorie. En réalité je ne me vante de rien du tout, et certainement pas que le sexe est mieux sans artifices, c’est avant tout une histoire de consumérisme ; ce besoin de dépenser à tout va, juste parce qu’on est RIEN sans tous ces gadgets (sexuels ou pas) me rend dingue, et personnellement j’essaye de faire un peu -je dis un peu- la part entre l’utile (une fourchette à 0.5 euros par exemple, je n’ai pas spécialement envie de me salir les mains en mangeant) et l’objet d’agrément (un sextoys à 100 bales !)

    Après, j’estime que chacun fait ce qu’il veut. Personnellement je n’ai pas plus envie de m’acheter des gadgets sexuels que le portable dernier cri ou des gentes alu pour ma voiture… question d’intérêts sans doute. Oups, je viens d’admettre que je ne m’intéresse pas au sexe… Est-ce possible ? Aïe, aïe… p’têt que finalement je vais essayer de me dénicher un gadget sexuel, histoire de pas la jouer snob !!!

    PS : J’entends bien plus souvent aujourd’hui des gens glorifier l’usage
    des sextoys que le contraire…

    PS : Si l’invention de l’outil est la marque de notre humanité, nous en sommes apparemment restés au stade d’australopithèques en ce qui concerne le sexe Eh bin dis donc, avec tout ce qu’il y a sur le marché, qu’es-ce qu’il te faut ? La puce dans le cerveau ?!!!

    • Je souhaite apporter une précision vis-à-vis de ce que j’ai écrit ci-dessus. J’ai découvert il y a quelque temps sur le net des blogs où des personnes qui de par les histoires qu’ils racontaient (je suis le plus beau, je suis le meilleur !), les jugements qu’ils portaient, le mépris dont ils faisaient preuve… m’ont fait l’effet d’être de gros snobs. J’ai aussi découvert des blogs (plus récemment) où des gens racontent leur vécu avec “naturel”, oui, tout à fait, sans ostentation, sans fausses pudeurs mais sans étalage, avec émotion, avec humour, avec des hauts et des bas et j’ai pris beaucoup de plaisirs à les découvrir…🙂 (désolée si j’ai pu blesser quelqu’un)

  5. Je rajoute que si des individus se vantent réellement de ne pas avoir « besoin » d’artifices, c’est probablement en réaction à l’actuelle pression sexuelle : celui qui ne vit pas une sexualité « riche » (par goût ou de par les circonstances) préférera sans doute renvoyer une
    image de sexualité naturelle et épanouie que je « jouer » les misérables indigents. Classique, non ?!

  6. A mon avis ce dédain pour l' »équipement » vient de ce que tu appelles « idéal virginal pour racheter le péché originel » ou une sorte de culpabilité. Il me semble qu’à partir du moment où on regarde le sexe comme un plaisir comme un autre, on peut en faire un hobby et on tend à s’équiper (moi en tout cas je m’équipe grave). Mais bien sur ça n’a rien d’obligatoire, et on peut aussi s’équiper sans faire cramer la carte de crédit🙂 Ceci dit, une fois de plus on retombe sur ce vieux truc: pourquoi faut-il porter un jugement sur les pratiques d’autrui. On les oblige pas à en faire autant, on se passera de leur approbation par contre.

    • « On les oblige pas à en faire autant, on se passera de leur approbation par contre »

      J’avais justement parlé de cette tendance à vouloir imposer aux autres les choix perso qu’on fait pour soi-même. Et je crois que c’est encore plus vrai en matière de sexe.

      • En même temps, dans mon expérience de fille sur des sites de rencontres, j’ai bien senti que plusieurs mecs pensaient « t’as pas de sextoys, t’es une coincée du cul ».
        La pression sur les filles est réelle, certaines se défendent sans doute en affichant du dédain.
        Et pourtant c’est comme en cuisine, certains font des merveilles avec un équipement basique, voire montent leurs oeufs en neige à la main et d’autres ont besoin d’un robot high-tech.
        Je pense que le dédain des cuisines high-techs sur les cuisines de grand-mère existe aussi.
        On en revient toujours au respect des différences, des gouts et des couleurs et au consentement.

        Je suis écolo alors forcément, je n’ai ni cuisine high tech, ni smartphone, ni sextoy à piles… J’ai acheté quelques sextoy pour faire « comme tout le monde » mais je reviens à mes amours, les légumes, les mains, les objets qui m’inspirent.

  7. En plus de tout cela, n’y aurait-il pas une peur sous-jacente de l’objet en tant que « rival » dans la jouissance de sa ou son partenaire? Chose qui n’existe pas vraiment avec les ustensiles de cuisine, du moins utilisés dans leur destination première🙂

    • Peut-être. J’ai bien envie d’aller me renseigner un peu pour écrire un article à propos justement de cette impression de rivalité (et de sa déclinaison H/F).
      Mais si ça n’était que ça, les célibataires auraient beaucoup plus de sextoys que les personnes en couple.

  8. Je ne suis pas certaine que le « spectre de la prostitution » soit la cause de réticences à évoquer le recours aux sites de rencontre, mais plutôt l’image que cela donne de soi : si je m’adresse à un site, de surcroît payant, pour faire des rencontres, c’est que je suis moche, que je ne sais pas séduire dans la « vraie vie », que personne ne veut de moi…Recourir à des intermédiaires pour le sexe est péjoratif dans une société où le narcissisme est très valorisé.

    • Et pourtant, on recourt bien à des tas d’intermédiaires et de sites pour trouver un boulot. Et je ne passe pas pour un nulos si je n’ai pas su dégoter un job par le bouche-à-oreille. Encore une fois, un traitement différent pour le sexe.

    • C’est donc hautement révolutionnaire car transgressif. En réalité, c’est une forme de liberté encore mal acceptée. Cela dit, ils et elles sont de plus en plus nombreux à y avoir recours, ce qui s’explique également par le phénomène grandissant de la solitude et du célibat. Ces phénomènes ne s’expliquent pas uniquement par l’incapacité des individus à se conformer aux normes mais en grande partie sans doute par l’individualisme et l’émergence d’un marché de la sexualité, tout comme il existe un marché de l’emploi et où les règles sont similaires. Il faut lire Extension du Domaine de la Lutte qui l’illustre bien.
      En vérité les femmes sont extrêmement sollicitées et se comportent de manière extrêmement passive. Ce sont les hommes qui paient probablement le plus souvent, y compris sur ces sites où se pratique couramment la discrimination sexuelle (qui consiste à faire payer les hommes mais non les femmes), mais les objectifs diffèrent selon les individus. En vérité les hommes paient pour être libres.

  9. Après il y a aussi les as de la récup’ qui sans dépenser grand chose arrivent à se construire des outils intéressants. Même pas besoin d’avoir de l’argent pour s’équiper🙂

  10. Les sex-toys existent depuis très longtemps, voir les olisbos en ivoire ou marbre de l’Antiquité, et les bons vieux vibromasseurs présents dans le catalogue de la Redoute depuis plus de 35 ans! Ce qui m’énerve aujourd’hui, c’est le sexe devenu consumériste et qui a besoin de sex-toys (mot qui fait moins peur que gode ou vibro, où va se nicher la pudeur) pour jouir, ou qui vous fait passer pour un australopithèque si vous n’achetez pas les gadgets de notre bonne société où tout doit être monnayé. J’aime le sexe gratuit, parce que c’est un des derniers domaines où la gratuité ne gêne en rien le plaisir, où l’intensité du plaisir est déconnectée des sous dépensés pour. (alors que pour la bouffe, entre mal bouffe et bonne bouffe, y a une différence de prix) . Par ailleurs, les boutiques chicos de sex-toys font oublier à nos concitoyens moins aisés qu’il existe depuis longtemps des supermarchés du sexe (je ne donne pas le nom, pas de pub sur ce site) où on trouve tous les accessoires de plaisir à prix raisonnable. (j’en ai trouvé d’excellents) Enfin, vous trouvez dans n’importe quelle quincaillerie tout ce qu’il faut- pinceaux et brosses, chaînes, lubrifiants divers, grandes feuilles de plastique enveloppant, etc- pour les meilleurs scénarios sexuels. Dans votre cuisine aussi: entre courgettes, aubergines, carottes, crème fraîche ou au chocolat, alcools échauffants les muqueuses, cuillères de bois punitives, bougies, vous avez tout ce qu’il faut pour jouer au sexe sans vous ruiner dans une de ces boutiques « tendance » qui m’horripilent en faisant du jeu sexuel une mode et non plus un plaisir naturel.

    • Même dans leur tentation consumériste, le marché du sexe et le marketing associé sont encore une goutte d’eau par rapport à tout le reste. Et je persiste à croire que la réaction « c’est devenu consumériste » témoigne un peu du fait qu’on est devenu un peu sourd au caractère déjà consumériste pour tous les autres plaisirs, mais comme on a un radar particulier pour le sexe, alors on réagit plus fortement.

      Je regardais dans une grande librairie l’autre jour : six panneaux pour le rayon « cuisine » ; un demi-panneau pour « romance » (dont seule une fraction correspond à de la littérature érotique).

      • Bon, maintenant que je me sens un peu moins… irritée par cet article, je vais tenter de m’expliquer autrement.

        Audren, je trouve ton analyse quand même très simpliste ! Parce que le marché du sexe est une goute d’eau par rapport au reste la réaction genre “Moi je n’ai pas besoin de ça” exprimerait d’avantage de jugement, d’avantage de mépris ou d’avantage de snobisme ? Et si c’état toi qui, en position de défense, donnait plus d’importance qu’elle en a ?!

        Il peut y avoir des tas de raisons à ce “refus” du sextoys :
        – J’en ai pas besoin = ça ne m’intéresse pas. Point ! (c’est mon cas)
        – J’en ai pas besoin = Je refuse tel un mouton d’acheter tout ce que la société de consommation veut me vendre, sextoys ou autres gadgets (il y a des gens assez braques là-dessus -j’en connais- et contrairement à ce que tu crois, ils ne font pas plus de fixette en matière de sexe que dans d’autres domaines)
        – J’en ai pas besoin = je préfère le rapport naturel. Nous y voilà… Eh bien… j’ai été surprise de découvrir que de nombreuses (?) personnes éprouvent comme un désir de retour à la nature qui s’exprimerait de différentes façons : Participation à des stages (http://retouralanature.fr/) (paraît-il que c’est très mode!) ; déco (j’entendais hier à la radio que le style nature avait le vent en poupe), écologie (il y en a qui fabriquent leur propres produits de nettoyage ou d’hygiène.. je me demande d’ailleurs si les écolos sont très branchés sextoys ?), etc… A ce sujet il y a le très intéressant article que voici : http://www.fredericgrolleau.com/article-into-the-wilde-un-retour-a-la-nature-pour-l-homme-108238831.html.

        Bref, comme dans tous les domaines, il faut faire la part des choses entre le snobisme (et la recherche de distinction) qui n’est finalement qu’un système de défense face à des carences, des manques, de l’estime de soi, etc, et celui qui y croit réellement, qui vit pleinement les choses, le besoin de naturel en l’occurrence. Au final, il y a donc l’individu qui vit pleinement son amour du sexe (je ne trouve pas de mot pour décrire cette “catégorie” de personnes) et qui s’équipera en conséquence, le curieux qui a juste envie d’élargir ses expériences et ses connaissances, le suiveur qui fait un peut comme tout le monde… et le snob donc ! à savoir celui qui voudra se distinguer soit en faisant collection de sextoys, soit en prétendant ne pas en avoir besoin… peut-être, simplement, parce qu’il est plus facile dans notre société de faire croire qu’on est au-dessus de ça que d’admettre ne pas être curieux, ne pas être intéressé ou se sentir moralement bloqué… Chacun protège son image à sa façon !

        Donc, je trouve en effet un peu simple et rapide de brandir le spectre du snobisme lorsqu’on déclare “ne pas avoir besoin de ça” !

      • Je ne parlais pas de gens qui disent « je n’ai pas besoin de ça » quand on leur pose la question (et là, tu as tout à fait raison), et qui peuvent légitimement en avoir marre qu’on leur pose la question.

        Je parle des gens qui se saisissent de la parole dans une discussion qui -s’ils « n’en ont pas besoin »- n’est pas sensée les concerner, pour culpabiliser les autres du haut d’un snobisme puritain qui est encore hyper présent (et se plaît à pointer du doigt le moindre aspect mercantile quand il s’agit du plaisir sexuel alors que ça fait longtemps qu’il a laissé tomber la critique des autres plaisirs).

  11. Ta remarque comme quoi nous en serions restés au stade d’australopithèques dans le domaine de l’équipement sexuel me fait penser à une petite histoire.

    Les archéologues préhistoriens trouvent assez régulièrement des « objets » très explicitement phalliques (pénis en ivoire, etc.). Par une sorte d’étrange pudeur, ces godes préhistoriques sont le plus souvent remisés dans les réserves des musées sous le doux nom d' »objet rituel » et rarement présentés au public (sauf dans des musées spécifiques, comme celui de l’érotisme à Amsterdam).

    Ça va tout à fait dans le sens de ce que tu dis : non seulement on n’arrive pas / ne veut pas s’équiper en matière de sexualité, mais en plus on a beaucoup de mal à concevoir que nos ancètres aient pu l’être. Et des objets qui ressemblent de trop prets à des godes sont écartés des présentations publiques sans raison, si ce n’est la pudeur.

    • Oui. Un peu un effet « 1984 » où l’on prend bien soin de désexualiser à postériori des cultures qui n’auraient pas partagé notre ‘pudeur’.

      Rien à voir, mais je repense à la première fois où j’ai lu Rabelais dans une édition non expurgée — ou les contes grivois de La Fontaine : nos auteurs classiques ont été soigneusement censurés par un XIXe et un XXe siècles particulièrement pudibonds.

  12. « Même chez les plus virulents des paléo-freegans, personne ne nous fait remarquer, en évoquant avec un mépris offusqué ou un dédain goguenard toute la vanité de nos cuisines équipées, de notre littérature culinaire, de nos sorties au restaurant, de nos stages d’œnologie, que l’on ne devrait se nourrir que de fruits cueillis gratuitement sur l’arbre »

    Mais si, ça existe !!!^^ Dans le mouvement des « crudis » (crudivores), il est possible de rencontrer des personnes qui ne souhaitent manger que des légumes & fruits & graines crus n’ayant subi aucune altération due à une quelconque préparation.

    Ça rejoins peut être d’ailleurs la même recherche de pureté d’une Nature originelle (fantasmée) ou le sexe/la nourriture serait plus authentique.

    • Certes, mais les crudivores (et autres Paléo-vegan) se contentent en général de pratiquer leur régime alimentaire sans vouloir forcer les autres à le suivre et certainement sans chercher à nous culpabiliser sur notre équipement de cuisine.
      En général, ils ont même des ustensiles en plus, d’ailleurs (les bocaux à germer, les extracteurs de jus, etc.)

  13. J’ai aussi l’impression qu’une femme aura peur de passer pour une « salope » avec des sex-toy et qu’un homme aura l’impression qu’on dit que son sexe ne suffit pas à satisfaire sa partenaire.
    Je généralise, les mentalités changent… mais pas tant que ça en fait.

    • Je pense qu’avoir un sextoy (mais pas trop quand même) est quasiment entré dans la normalité pour les nanas.
      La réciproque par contre est loin d’être gagnée. Avoir une fleshlite dans son chevet est encore beaucoup synonyme de « célibataire qui n’arrive pas à se trouver une nana », quand au plug anal, il te range vite fait dans la catégorie des quasi-homo, vu que c’est bien connu, si tu aimes te mettre un truc dans le cul, c’est que tu es pédé.

      Et autant les hommes arrivent peu à peu à ne pas se sentir en concurrence avec les sextoys de leur nana, autant il y a encore du boulot dans l’autre sens.

  14. Pingback: Vaginisme : mais comment font les gays ? | les fesses de la crémière·

  15. A mon avis, la raison profonde du refus de tout équipement est le refus de la planification. Le sexe est censé être spontané, arriver de soi-même. On est censé succomber par surprise à une force plus grande que soi, ce qui permet de plus de ne pas se sentir coupable d’avoir forniqué puisque la force est plus grande que soi. Planifier, c’est tout le contraire de succomber par surprise. Acheter un objet ou même simplement l’amener dans la chambre à coucher revient à dire, au moment où l’on a la tête froide: « dans 10 minutes / une heure, nous baiserons ensemble ». Ca revient à planifier le sexe futur.

    • Oui, et selon le parallèle que je tisse depuis longtemps enter la cuisine et le sexe, j’ai du mal à comprendre d’où vient cet idéal du sexe non planifié. Un bon repas n’arrive pourtant jamais par hasard…

  16. L’idéal du sexe non planifié vient du contexte social. Il n’existe d’ailleurs pas dans d’autres cultures, en Chine ou au Japon par exemple.

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