Envie de moi, ou juste de cul ?

Si nous sommes en couple exclusif, tu ne peux coucher qu’avec moi, par définition. Dans ces conditions, je ne peux jamais savoir si c’est vraiment de moi que tu as envie, ou bien si tu as juste envie de sexe.

C'est vraiment toi dont l'ai envie, là. (pas trouvé l'origine de la photo)

C’est vraiment toi dont l’ai envie, là. (pas trouvé l’origine de la photo)

Prologue sur les plans Q

Dans le monde des plans cul et/ou des rencontres extra-conjugales, on sait qu’il existe un paquet de gens plus ou moins en manque de sexe. Quand on a surtout envie de sexe et pas forcément envie précisément de la personne avec qui on est en train de faire ça, ça explique pas mal de comportements moyennement sympas. Car quand c’est juste une envie de sexe qui nous fait aller l’un vers l’autre, on aura tendance à s’éloigner bien vite une fois cette envie assouvie :

  • le mec qui prend son pied et te laisse là, à deux millimètres de l’orgasme, sans chercher à savoir s’il peut encore t’être utile à quelque chose
  • la fille qui prend congé en loucedé à quatre heures du matin en te laissant un faux numéro de portable sur la table de chevet
  • le gars qui a précisé sur gleeden qu’il cherchait une relation longue et complice mais qui, après quelques rencontres torrides à l’hôtel, te dit qu’il a des remords ; que ça n’accroche pas ; ou bien qu’il a trop de travail et ne sera pas dispo avant plusieurs semaines (entendre « avant qu’il soit à nouveau en manque »).

J’imagine qu’on peut prendre un peu de recul et s’y attendre un peu, et se dire que c’est déjà chouette de coucher avec quelqu’un qui en a vraiment envie, même si ça pourrait très bien être avec quelqu’un d’autre. Au passage, je précise deux choses : ce n’est pas parce qu’on n’est pas amoureux-se de ses plans cul qu’il faut les traiter comme de la merde (genre si je suis gentille il va s’imaginer qu’il y a quelque chose) ; et que donc avec un minimum de respect et d’attention tout bêtement humaine, le sexe pour le sexe, ça peut être génial.

Ce que je veux dire, c’est que quand c’est l’envie de sexe qui domine, elle déforme le jeu des attirances.

Mais aussi dans les couples

On ne se rend pas forcément compte que le même travers existe dans les couples, du moment qu’ils sont exclusifs : si je suis la seule personne avec qui tu as le droit de coucher, tu voudras coucher avec moi quand tu auras envie de sexe, même si ce n’est pas vraiment de moi que tu as spontanément envie ce jour là. Et d’une façon générale, je ne pourrai jamais vraiment savoir si c’est de moi –vraiment de moi– que tu as envie, ou bien si tu as juste envie de baiser. La seconde hypothèse est malheureusement un poil moins valorisante que la première.

Cela dit, ne soyons pas troz’ injustes : il est souvent possible de réorienter son envie de sexe en cours de route pour finir par avoir réellement, authentiquement envie de la personne avec qui on est, même quand l’envie est venue de la lecture d’un chapitre érotique, et même si on fantasme sur Jude Law en même temps.

Mais je trouve quand même que le contrat d’exclusivité brouille la lisibilité du désir. Et qu’à l’inverse, quand on parvient à laisser tomber l’exigence d’exclusivité, et bien ça redonne beaucoup de valeur au désir qu’on se témoigne au sein du couple. On sait déjà que la valeur du consentement réside dans la liberté du refus. Là, c’est la version premium : non seulement j’ai le droit de refuser, mais en plus tu sais que j’ai le droit de coucher avec d’autres ; et donc quand je dis que j’ai envie de toi ce soir, ce n’est pas une façon de parler. Ce soir, c’est réellement de toi que j’ai envie.

19 réponses à “Envie de moi, ou juste de cul ?

  1. Je n’avais jamais pensé à ça et cela me semble très juste. Toutefois, lorsque l’exclusivité sexuelle est vraiment intégrée (et pas simplement vécue comme une contrainte avec laquelle on pourrait louvoyer ne serait-ce que dans ses fantasmes) alors l’envie de sexe n’est-elle pas strictement équivalente à l’envie de son conjoint ?

  2. J’ai un peu de mal à cerner la dualité désir de l’autre/désir de sexe.
    De mon point de vue, j’aurais dit que le désir de l’autre est forcément précédé du désir de sexe.
    Bref, ma question: le désir de l’autre a-t-il lieu d’être ou bien est-ce juste une façon de donner ses lettres de noblesse à la sexualité ?

    • La masturbation est pour la moi la preuve que le désir de l’autre et le désir de sexe sont deux choses différentes. Et on peut très bien avoir très envie de quelqu’un sans nécessairement vouloir se rabattre sur sa main droite si la personne en question n’est pas disponible/intéressée.

      • Donc du coup, si je comprends bien vos propos, dans le désir de l’autre il y a un aspect d’ « investissement social » (le terme est caricatural, j’espère qu’il exprime bien l’idée de fond…) contrairement au désir de sexe qui serait replié sur soi, sur l’auto-satisfaction en quelque sorte ?

        Le désir de sexe cherche juste à faire disparaître une tension, tandis que le désir de l’autre est un moment de communication et de plaisir avec cet autre où sont impliqués des sentiments

        Il y a aussi un autre aspect qui m’interpelle: ne pourrait-on pas hiérarchiser la masturbation et la relation sexuelle ? Il est probable que je me trompe mais de base, la relation sexuelle est toujours plus prisée que la masturbation. Les sensations procurées par cette première sont bien attirantes que celle procurées par la simple masturbation.

        Ou alors, la masturbation peut être autre chose qu’un plan B ? Pourrait-on mettre celle-ci sur le même plan que la relation sexuelle ?
        Au final, j’ai cette impression que la masturbation est vue comme le dernier recours sexuel contre la frustration d’absence de relation sexuelle avec autrui.
        En espérant avoir été (au moins un peu) clair…

      • Effectivement, je dirais que le désir de sexe est plutôt tourné vers l’auto-satisfaction (même si cette auto-satisfaction peut aussi passer par l’envie de faire jouir quelqu’un).

        Mais avoir envie de quelqu’un, ce n’est pas forcément altruiste pour autant. On peut avoir envie de l’unicité de ce quelqu’un, sans qu’il s’agisse forcément de sentiment amoureux : ça peut même être simplement une caractéristique physique (si je suis bisexuel et que ce soir j’ai envie de pectoraux, ce n’est pas de ma femme que j’aurai envie) ; ça peut être un type de sensations qu’on n’a qu’avec cette personne ; mais ça peut effectivement être une envie de communication et de plaisir partagé.

        Quant à hiérarchiser la masturbation : surtout pas, malheureux ! Au contraire.

      • Conclusion: le désir de sexe ne viserait que l’orgasme, c’est une portée finaliste, assez brut de la sexualité; là ou le désir de l’autre a vocation à « savourer » la personne prenant part à la relation,et ce sous toutes ses dimensions (physiques/sentimentales).
        Tout en évitant de diaboliser pour autant le désir de sexe par rapport au désir d’autrui
        ?

        Promis j’arrête de vous spammer maintenant

  3. Une fois n’est pas coutume, je ne suis pas tout à fait d’accord…
    Ce qui me gène, c’est l’idée qu’il existerait des « bons » désirs (sincères, purs, valorisants pour le partenaire), et des « mauvais » désirs (détournés, qui s’appliquent en fait à autre chose que le partenaire du moment, et par conséquent humiliants pour le partenaire en question).
    Sauf que pour distinguer les bons désirs des mauvais, il faut lire dans les pensées…ce qui me pose toujours un problème. Le détecteur de mensonge comme ciment du couple, ça craint un peu, je trouve.

    Or justement, une des vertus du couple libre, à mon avis, c’est de couper court à cette idée de « désir pur », « amour pur », etc. Etre en couple libre induit qu’on accepte la présence d’autres personnes dans l’esprit (et dans le lit) de son conjoint. Et de ses amant(e)s, bien sûr. Donc, on accepte aussi l’idée que le-dit conjoint pense au corps d’un(e) autre, à ce qu’il a vécu ailleurs, etc : il peut y penser en épluchant des carottes, et aussi en faisant l’amour avec son conjoint légitime.
    Le fait d’avoir envie de cul n’enlève rien à mes yeux au fait de baiser. D’ailleurs, je serais bien incapable de classer, parmi mes envies, celles qui relèveraient du « cul pur » et les autres d’un « désir pur » : mettre des sous-vêtements sexy, c’est une envie de cul (pour ressembler à une star du porno), ou un désir de l’autre (parce qu’on sait que ces sous-vêtements là le rendent dingues) ? Parce qu’on peut aussi aller plus loin : si mes sous-vêtements rendent dingues mon mari ou mon amant, c’est peut-être parce qu’il lui rappellent tel film X, ou telle fille avec qui il a baisé, etc.
    Bref, si on commence à chercher de la pureté dans les sentiments ou les désirs de l’autre, on n’a pas fini, et la spirale de la jalousie exclusive se rapproche très très dangereusement…

    Ce qui compte, me semble-t-il, c’est de profiter d’un moment avec l’autre, sans se demander ce qu’il nous cache.

    Et pour finir, le fait que la non-exclusivité garantisse l’authenticité du désir me parait aussi un peu douteuse. En pratique, le mardi soir, le seul mec disponible pour batifoler, c’est mon mari. Mon amant n°1 est à son cours de scrap-booking, mon amant n°2 n’est jamais disponible le soir. Donc, si je baise avec mon mari le mardi, est-ce que je ne risque pas de ne pas le désirer tout à fait ?
    Et inversement, je viens de rencontrer mon amant n°3, je le trouve sympa et gentil, on baise mais je ne trouve pas ça extraordinaire. Logiquement, et pour être raccord avec mon « désir pur », je devrais lui dire que j’arrête. Sauf que j’ai pas envie, parce que ça serait pas sympa, parce que je partage avec lui des trucs bien en dehors du cul, etc. Bref, même dans une liaison extra-muros, la pureté n’existe pas. La liberté absolue non plus, en tous cas à court terme.

    Merci en tous cas pour vos réflexions qui alimentent la mienne…
    (Ouf, ça c’est du commentaire !)

    • (Oui, c’est même du très bon commentaire)

      Pour répondre à la première partie (très juste) : ce n’est pas tant une question de « pureté » que je cherchais à soulever qu’une question narcissique d’être l’objet d’un désir effectivement tourné vers soi (en l’absence d’obligation). Donc ce n’est pas « ce qu’il nous cache » que ce qu’il nous révèle. Et si dans ces conditions, il est très valorisant, je n’ai pas dit que l’inverse est dévalorisant (à part quand en plus il n’y a pas de respect élémentaire).

      Quant à la deuxième partie : c’est entièrement vrai. Et je n’ai rien de plus à dire que mon paragraphe sur Jude Law.

  4. ah….drôle de questionnement ça… ça me laisse perplexe et même dubitative.
    je crois que lorsque j’ai envie de mon compagnon de vie, c’est parce que j’ai envie de sexe d’abord, et c’est même la condition essentielle, et…intrinsèque au désir amoureux. Je peux aussi « baiser » avec lui, et non faire l’amour romantiquement et je crois qu’il est très content d’être l’homme qui répond à mon envie pulsionnelle de sexe quand ça arrive.
    En fait je ne vois pas bien le problème, si j’ai pas envie je dis non, et lui s’il n’a pas envie il dit non aussi. Parfois on peut le faire sans envie extrême parce qu’on a envie simplement de répondre au désir de l’autre. C’est une histoire un peu idéaliste que de vouloir une fusion des désirs à chaque fois, surtout sur une durée de vie commune très longue.. Et puis je ne trouve pas dévalorisant le fait que l’autre veuille juste baiser avec moi parce que je suis sa femme…à la limite dans le cas de l’amour non exclusif, ça peut être pareil, est-ce dévalorisant pour une femme qu’il baise si elle ne fait que passer dans sa vie et qu’elle était là au moment où il avait envie de sexe ? .
    Je crois que je ne comprends pas ce concept de ‘valeur’, . Surtout parce que le désir sexuel est protéiforme, on ne fait jamais l’amour pour les mêmes raisons, de jour en jour tout change, tout évolue, tout prend des couleurs différentes, …que ce soit pour un motif érotique ou amoureux d’ailleurs. Et je dirais même …que soi-même on ne sait pas toujours pourquoi on a envie de faire l’amour, que ce soit pulsionnel ou pour donner corps à un sentiment.
    Quant à la masturbation, après réflexion…je me dis que si mon mari ne veut pas faire l’amour alors que j’ai très envie de lui avant tout, je peux aussi éventuellement me masturber car si je respecte sa non-envie, j’ai aussi envie d’assouvir un peu la mienne, même différemment alors. Rien de dévalorisant et celà n’entame en rien le réel désir de l’autre.

    Et puis..même dans le désir de notre partenaire exclusif il y a du narcissisme…savoir être l’élu, savoir que nous sommes celui ou celle qui donnons du plaisir, nourrit terriblement notre narcissisme ;))

    • La ‘valeur’ que je mentionne n’est pas une valeur absolue objective, et je ne cherche pas à mettre en avant une quelconque notion de sexe romantique.
      C’est la valeur dans les yeux de la personne qui est l’objet du désir.

      Et je n’emploie pas le terme « dévalorisant ».

      Il va falloir que je me relise pour mettre les points sur mes i, vu que vous n’êtes pas la première à faire cette lecture.

      • c’est vrai, le terme dévalorisant n’est pas employé mais il est tout de même un peu induit…je comprends bien que ce n’est pas une valeur absolue, on peut baiser sans amour sans désir d’une personne particulière sans que ce soit pas beau ou pas moral ou pas dévalorisant, ça c’est ok,
        Mais, dans votre contexte, si ce n’est pas valorisant et tel que le dit d’ailleurs Sandrine, le sentiment qu’il (ou qu’elle) veut juste faire l’amour pour « se soulager » semble bien dévalorisant dans le sentiment amoureux. A vrai dire, c’est ce que je ne comprends pas trop, car comme je le disais, que sait-on exactement de son propre désir de sexe ? il tient à quoi, il est suscité par quoi ? vous croyez vraiment que lorsqu’on en a envie de faire l’amour on peut dissocier l’envie de la personne et l’envie de sexe,e mesurer, le comptabiliser ? Iic on suppose que le simple fait de pouvoir s’en passer en cas de refus sans se masturber prouverait que c’est un vrai désir de la personne…moi je crois que même si on se masturbe pour compenser ce refus cela ne signe en rien qu’on avait pas envie de cette personne précisément …et je ne vois pas en quoi se donner soi-même du plaisir amoindrirait ça !
        Et puis, si l’on pense cela de celui ou celle qui partage sa vie, pourrait se faire n’importe qui quand il a envie de baiser et qu’il se fiche que ce soit vous,…vaut mieux s’en aller…
        Alors que s’il a une jolie pulsion sexuelle, irrationnelle comme l’est la pulsion… alors même que je ne suis pas particulièrement désirable pour lui à ce moment précis et qu’il l’assouvit quand même avec moi, je trouve cela plus joyeux que dévalorisant.
        Autre exemple : imaginons que mon homme bande un matin glorieux au réveil….je défie quiconque de m’affirmer qu’il a vraiment envie de celle qui partage son lit à ce moment là, même si c’est son amoureuse en tout début d’hsitoire d’amour, il a juste une trique matinale …alors est-ce pour autant inimaginable de profiter de cette belle disposition, pour l’un comme pour l’autre, même sans désir de la personne à cette seconde ?
        Après cela reste une question de couple globale, on peut extrapoler : est ce que lorsqu’on a envie d’aller voir un film, faire un super resto et qu’on y va avec la personne qui partage fidèlement sa vie , on ne peut pas se poser la question : vient-elle avec moi simplement parce que je suis sa compagne fidèle ou parce qu’il a envie d’être avec moi pour partager cet instant ? ..
        Sorry, j’ai été longue dans ce com,…

  5. Intéressante, votre réflexion.
    Si l’on ajoute à cela qu’en situation d’exclusivité, celui qui a juste envie de sexe – et non spécialement du désir pour son conjoint – n’aura d’autre solution que de faire pression pour se satisfaire sur ce conjoint qui n’en a pas nécessairement envie… Voilà bien du sexe insatisfaisant en perspective.

  6. Pingback: Envie de moi, ou juste de cul ? | Myster Jo·

  7. Je te suis à 100% dans ce concept de valeur. C’est quelque chose que j’ai toujours ressenti dans mon mariage, à savoir s’il avait envie de moi réellement ou de « se soulager ». Alors le jour où je me tournerai vers lui pour faire l’amour, je sais que ce sera de lui dont j’aurai envie (nous n’avons pas encore repris de vie sexuelle, tout cela est trop récent). Parce que je ne suis pas en manque de sexe, lui non plus, dans notre couple libre. Et cela rendra les retrouvailles plus belles et plus sincères.
    Merci pour cet article.

  8. J’ai cogité encore un peu à votre truc….finalement plutôt que de se questionner sur la « valeur » d’un désir de soi ou de simple cul de la part de son partenaire, n’est-il pas mieux de se demander si elle ou il est en pleine conscience avec soi dans l’instant de l’acte amoureux ou de baise ? Moi en tous cas je trouve que c’est cela qui peut donner du sens, la pleine conscience à ce moment-là. S’il n »y a pas cette « pleine conscience » partagée, quel qu’en soit le désir qui l’ait initié, alors il n’y a pas de réel intérêt à la chose.

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