Vaginisme : mais comment font les gays ?

Voilà le pendant de mon article qui se demandait comment les lesbiennes font pour avoir une vie sexuelle épanouie alors qu’elles n’ont pas de pénis : comment les homosexuels (donc mecs) font-ils pour s’entendre sexuellement alors qu’ils n’ont pas de vagin ?

Dessin numérique au crayon d'un masturbateur polymère transparent non-anatomique

Par exemple…

Donc on reprend le préambule de l’autre article :

Déjà c’est assez décourageant de voir à quel point l’idée du couple hétéro (exclusif) est présentée systématiquement partout comme unique style de vie acceptable. Mais l’hétéronormativité s’enfonce encore davantage quand elle s’acharne à vouloir définir le sexe comme une pénétration vaginale qui s’achève par une éjaculation. Une bonne partie de nos termes, y compris ceux utilisés par les gynécos ou les sexologues les mieux intentionné(e)s, sont lourdement chargés de présupposés réducteurs.

… et on change quelques exemples :

  • je ne supporte pas la pénétration alors on ne peut pas faire l’amour et mon mari en souffre
  • je viens d’accoucher, et même si j’ai toujours envie de lui, « les rapports » sont inconfortables
  • je n’arrive plus à faire jouir mon mec : il dit que je ne suis pas assez serrée

Pourtant les homos ne sont pas asexués. Ils font l’amour, ils ont des rapports parfaitement sexuels, ils jouissent… sans se plaindre de leur vagin atrophié.

D’aucuns proposeront comme explication que les homos n’aiment pas les vagins. Ou bien alors qu’ils préfèrent tous la sodomie.

Passons rapidement sur cette dernière proposition (en excluant l’idée débile que l’homosexualité résulterait d’un attrait préexistant pour la sodomie). D’abord il n’y a pas de raison d’exclure la pénétration anale comme spontanément dégradante (et derrière les postures ‘anti’ de principe se cache peut-être une touche d’homophobie). Il n’y a que l’intention qu’on y met qui est potentiellement humiliante. D’ailleurs si l’on devait en juger par ce qui est véhiculé dans l’imaginaire porno « classique » (lequel s’est énormément diversifié sur la dernière décennie), ça serait toutes les pratiques sexuelles qui sont dégradantes pour les femmes, puisque dans ces productions la femme est objectifiée en totalité, et pas seulement son anus. Moi je pense qu’au contraire, la pénétration anale met assez à égalité les hommes et les femmes, et l’absence de prostate est paraît-il agréablement compensée par la profondeur d’implantation des ailes du clitoris, laquelle permet à certaines d’avoir de très belles sensations aussi. Et donc ça peut être l’occasion d’explorer mutuellement cette voie, dans la patience et l’écoute de ses sensations, en laissant tomber ses préjugés.

Mais c’est même pas de ça que je voulais parler. On sait qu’il y a une bonne proportion d’homos qui ne pratiquent pas la pénétration anale. Ils n’envahissent pourtant pas les cabinets des psychanalystes ou des sexologues en se lamentant qu’ils ne peuvent pas faire l’amour. Ils sortent du cadre, ils redéfinissent « faire l’amour », et ils s’éclatent probablement mieux que ceux qui croient encore que le sexe sert à faire des bébés. Et de même que votre mec n’est pas tombé amoureux de votre vagin mais de vous, les homos ne désirent pas des anus mais des hommes, et ils se débrouillent ensuite pour que le sexe soit bon.

Car même sans vagin, il y a de quoi faire.

D’une part, il nous reste encore les mains, la bouche et ses filiales, le contact peau à peau avec toutes sortes de recoins agréables (et parfois même mutuellement agréables).

Et d’autre part, il y a des jouets faits pour. Des ribambelles de vibros externes pour elle ; et une gamme de plus en plus vaste de cylindres en gel polymère pour lui, répondant aux doux noms de masturbateur, vaginette ou fleshlite.

Mais les jouets sont artificiels ! ça casse tout le côté naturel, mystérieux et sacré du sexe !

votre lit, vos draps, votre lingerie, le savon qui fait que vous ne sentez pas le bouc, votre chauffage, le toit au-dessus de vos têtes, le verre de vin : tout le contexte du sexe est déjà artificiel. Même la voiture que vous prenez quand vous allez vous ébattre dans la nature virginale d’une forêt entretenue par l’ONF. Quant au côté sacré et mystérieux, il fait trop de dégâts pour que je le défende ne serait-ce qu’une seconde (j’y reviendrai).

Mais c’est mercantile ! encore un qui roule pour le grand méchant lobby des sextoys !

oui, ben le jour où les fabricants de sextoys auront les moyens de payer des officines pour influencer les décisions du parlement européen dans notre dos, on pourra en reparler (et en plus, je ne suis pas sûr que ça serait une mauvaise chose, en contrepoids du lobby puritain version lmpt et consorts).

Mais ce n’est plus notre corps ! ce sont d’affreuses prothèses qui désincarnent les sensations !

comme les lunettes pour voir le visage de l’aimé ; comme la fourchette pour dîner avec l’amante ; comme les chaussures pour se promener main dans la main au bord de l’eau sans pouvoir ressentir les énergies telluriques et les tessons de bouteille traverser la plante de nos pieds.

Beurk ! une vaginette ! on dirait un morceau d’anatomie féminine disséqué ! encore une objectivisation du corps des femmes !

oui, parce qu’un gode, c’est évidemment neutre du point de vue de la symbolique freudienne (et puis rien n’oblige ni un gode, ni une fleshlite à s’en tenir au réalisme anatomique — d’ailleurs je les préfère personnellement ergonomiques plutôt qu’anatomiques)

Mais ce n’est plus faire l’amour ! c’est de la masturbation mutuellement (et même successivement) assistée !

justement, faire l’amour, c’est ni plus ni moins de la masturbation mutuellement (et même successivement) assistée. Qu’on me prouve le contraire. La différence clé avec le plaisir en solo, c’est juste le côté mutuel.

Ce qui n’empêche pas d’espérer aussi pouvoir (ré)inviter un jour son vagin à la fête. Mais sans culpabilité, sans pression, sans angoisse : les couples homos sont une preuve vivante que le sexe sans vagin peut être épanouissant.

Et si vous n’avez pas (re)lu l’autre article, tant pis pour vous.

37 réponses à “Vaginisme : mais comment font les gays ?

  1. J’aime bien quand tu te parles de sexualité car tu le fais dans un langage franc et clair.
    Pour ce qui est du vaginisme et des troubles de l’érection, effectivement, il s’agit d’un regard (professionnel ou pas) centré sur nos organes génitaux. Mais en allant du côté de notre anus et nous pourrions aussi parler de nos seins et tétons (masculins et féminins), nous sommes, à mon sens, encore dans une certaine génitalité ou, plus précisément, dans celle des zones érogènes primaires. En oubliant que tout notre corps est potentiellement sexuel: il est possible d’avoir un plaisir intense, orgasmique, en caressant d’autres zones de notre corps ou simplement avec notre respiration. Ce que tu ne fais qu’effleurer dans ton texte et qui vaudrait bien un plus grand développement.
    Il serait intéressant, de parler et de donner en exemple, la sexualité des handicapés. Des personnes qui n’ont pas ou plus de sensibilité des membres inférieurs ou de la majorité de leur corps, peuvent orgasmer de toute autre façon.
    Alors, nous ne sommes pas tous gays, nous sommes tous humains, déformés par des siècles de génitalité, ayant oublié que le plaisir est dans tout notre corps potentiellement orgasmique. Mais voilà bien un thème dont on ne parle que très peu.

  2. Vos propos sont toujours justes et argumentés, et effectivement il y a de nombreux atouts dans le corps et par uniquement en le pénétrant ici pou là, et des stoys pour d’autres bonheurs aussi !

    Amitiés

    • Derrière ces deux articles, il y a surtout l’apport considérable du militantisme lgbt à une vision décomplexée du sexe.
      La culture sexe-positive leur doit énormément.

  3. La sexualité est une fonction naturelle de notre organisme, les différents types de pénétrations sont unisexes , tout autant que les sex toys. La difficulté la plus évidente , à mon avis , est dans les  » films x  » et les accès multiples à la pornographie qui transmette une image totalement éronnée du plaisir sexuel toutes préférences confondues. Il n’est pas souligné dans cet article, mais peut cela fera t’il l’objet d’un article à part entière , que la masturbation est extrèmement importante , solitaire ou non, homme et femme

    • J’ai déjà un article sur la masturbation (sur la différence de perception culturelle entre la féminine et la masculine). Mais il y en aura sûrement d’autres.

  4. Bonsoir, et surtout merci de votre réponse. Ou pourrais-je le lire ?? Avec mon amitiés et dans l’espoir d’échanger des idées sur notre sexualité avec vous et bien d’autres.

    • Pas facile de vous mettre le lien (je suis sur mon téléphone).
      Vous pouvez chercher ‘masturbation’ grâce au champ de recherche.
      Bonne lecture.

  5. Ah bien sur, je vais chercher sous ce titre. Nous aurons peut être l’occasion d’en re discuter ? Amitié

  6. Il est doux de constater un tel discours que l on entends si peu, c est une lutte de tous les instants de devoir montrer à ses amants que la penetration ne se suffit pas a elle meme, et qu en ouvrant le champs des possibles une nouvelle dimension s offre aux deux partenaires. Neanmoins je reste une eternelle optimiste et me dit qu a force de persuasion et d initiations aux jeux accessoires certains revelent enfin leur potentiel (bien caché mais present quand meme)

  7. ufaudra qu’ on dejeune ensemble un jour, je crois que là on pourra rire ensemble, non pas rire, preparer un beau manifeste sur le cul. l’ amour, la chair et le plaisir, et se goinfrez d’ une délicieusoté salée ou sucrée (non je n’ ai pas dis bukkake)

  8. Vous dites: « justement, faire l’amour, c’est ni plus ni moins de la masturbation mutuellement (et même successivement) assistée » et, apparemment, cela vous semble normal.

    Personnellement, je dirais que je suis aussi plutôt d’accord avec cette idée de masturbation mutuelle. Cela me semble une description acceptable de l’activité sexuelle partagée.

    Mais tout le monde n’est pas d’accord. J’ai autour de moi des femmes (et quelques hommes) peu tolérants au niveau sexuel. L’idée de masturbation mutuelle est pour eux une insulte. En fait, je poste ce message parce que la remarque m’a été faite spontanément et plusieurs fois et que votre phrase, citée ci-dessus, a attiré mon attention parce qu’elle est la même mais que le contexte est différent.

    Ainsi, il y a à peu près un mois, je suis en discussion avec des amis. A cause d’évênements locaux (la fermeture administrative d’un club libertin), la discussion dérape sur ce sujet. La majorité embraye sur des poncifs comme « ce genre de clubs ne peut être fréquenté que par des pervers dépravés » ou « les femmes qui y vont sont nécessairement forcées ». Comme cet étalage de poncifs m’agace un peu, je signale qu’il ne me semble pas absurde que certaines femmes apprécient d’avoir un ou deux jeunes gaillards vigoureux à leur service et qu’un échange de bons procédés me semble possible.

    C’est là que la même remarque m’a été faite: « c’est de la masturbation mutuelle ». Et compte tenu du contexte, il était clair que la masturbation mutelle, c’était mal. Je n’ai pas vraiment su quoi répondre.

    C’est une anecdote parmi d’autres. Cela me surprend donc de lire la même description ici, mais dans un contexte positif. Je me demande d’où vient la différence de ressenti.

  9. (je viens à peine de découvrir ce blog, je lis avec grand plaisir tous les articles petit à petit)

    Le premier organe (et je pense le plus puissant) est le cerveau. Hélas beaucoup de personnes passent outre ce formidable instrument pour se contenter d’un plaisir purement physique, et, à mon sens, fade, quand on a connu la joie de jouir et faire jouir son partenaire uniquement grâce à ses mots (voire maux, soyons fous).
    Le sexe, c’est loin être une histoire de pénis enchâssé dans un vagin !

    Très bon article en tout cas. merci de le rappeler !

  10. Si je puis me permettre, vous devriez peut-être faire plus d’articles sur le monde gay. Le couple libre qui est le sujet du blog y est beaucoup plus pratiqué que chez les hétéros (même s’il y a aussi des couples exclusifs).

    Il y a d’ailleurs pas mal de différences entre le monde gay et le monde hétéro, même chez les hétéro “libérés”. Il n’y a pas d’équivalent chez les hétéros des saunas et back-rooms gays, ou alors c’est exceptionnel. Ce sont des lieux dédiés au sexe pour le sexe, on y va pour sucer, être sucé ou sodomisé, c’est assez direct.

    • Je suis bien d’accord que le monde gay a beaucoup à apprendre aux personnes hétéro. Malheureusement, n’étant pas gay moi-même, je risque de raconter encore plus de bêtises que quand je me permets d’écrire sur le couple hétéro « classique ». Mais je me soigne, et j’écoute avec assiduité le podcast de Dan Savage.

      • Je comprends. Peut-être faut-il que j’explique un peu le fonctionnement des saunas gays pour ceux qui ne connaissent pas. Ca évitera les malentendus.

        Le mec qui va dans un sauna y va avec un petit scénario qui l’excite dans sa tête. Par exemple, le mec qui va pour sucer, se fait un petit film où il s’imagine dans sa tête sucer des bites à la chaîne. Ca ne veut pas dire que rien d’autre ne se passera, c’est juste pour expliquer qu’il va s’imaginer un plan sexe avant. C’est important, parce que ça veut dire que les mecs qu’il va rencontrer sont là au départ pour lui permettre de réaliser son scénario et contrairement au monde hétéro, ça ne gêne personne parce que tout le monde est dans le même cas.

        Donc, supposons que j’aille en sauna pour sucer d’autres mecs. Avant d’y aller, je suis déjà excité, puisque c’est mon fantasme du jour. Sur place, si l’ambiance est bonne, je vais être encore plus excité et choisir un mec dont le physique me plait et qui bande déjà. Je n’ai pas besoin de le séduire, de lui offrir un verre, j’ai juste besoin de savoir qu’il est là pour se faire sucer et qu’il est d’accord. L’interaction a lieu, j’ai du plaisir à réaliser mon fantasme, lui a du plaisir à réaliser le sien. Ca n’empêche pas de faire parfois de belles rencontres avec des mecs intéressants au delà du sexe, mais ce n’est pas obligé. Ca n’empêche pas non plus que le scénario dérape et qu’il puisse se passer tout à fait autre chose que ce que j’avais imaginé au départ.

        Le monde hétéro me parait très différent. Déjà, il y a une idée que sucer (pour une femme dans le monde hétéro), ce serait moins bien que d’être sucé. Dans les saunas gays, sauf dans certains saunas parisiens où il y des mecs “hétéros pas trop regardants” qui viennent en plus, il y a souvent un peu plus de suceurs que d’autres. J’imagine que si un club offrait le même scénario pour hétéros, il n’y aurait que des mecs et aucune femme… Ou alors, on pourrait imaginer un club où des femmes iraient pour se faire lécher par des mecs (et c’est tout), mais ça n’existe pas.

        Ca me fait d’ailleurs penser à une réflexion que m’a faite un ami bisexuel: quand il suce un mec, le mec lui dit merci. Mais quand il lèche une femme, c’est lui qui dit merci…

        Je précise aussi que tous les hommes gays ne fréquentent pas les saunas et qu’il y a des mecs qui ont une vie sexuelle très plan-plan.

      • A ma connaissance, les clubs et saunas libertins fonctionnent quand même sur un mode assez proche. D’ailleurs, il y a quelques clubs gays qui alternent les soirées gay et les soirées réservées aux hétéro libertins.
        L’avantage énorme du monde gay sur le monde hétéro, c’est qu’il est globalement débarrassé de tout le bagage culturel normatif et sexiste qui pollue les interactions sexuelles hommes/femmes.

      • En lisant un peu plus du blog, j’ai l’impression que le monde hétéro est plus proche des boîtes gays (mais sans back-room): un lieu où l’on va se montrer, essayer de se rassurer sur son potentiel de séduction, mais pas pour le sexe. Ce qui me fait penser cela, ce sont les commentaires des lectrices: beaucoup insistent sur l’idée d’être séduites.

        Dans le monde gay, il y a effectivement des mecs qui pensent comme ça. Ce sont des mecs très soignés: sport, fringues, bien coiffés, bien épilés du popotin et tout. Typiquement le mec qui passe ses soirées à vérifier ses pectoraux dans sa glace. Ils vont en boîte pour se faire draguer. Tout ce qui les intéresse, c’est la teneur du tableau de chasse de la soirée: le plus de mecs leur ont dit qu’ils bavaient devant leur cul, le plus ils sont content. Donc pas question de leur toucher le derrière une fois qu’on leur a dit qu’on en aurait bien envie: eux, ils ont eu ce qu’ils voulaient et peuvent déjà passer au mec suivant. La seule manière de sexer avec eux, c’est de prétendre qu’ils nous plaisent peut-être, mais pas tant que ça. Ca les oblige à monter les enchères. Aussi: pas question de prétendre jouer avec eux, si tu es moche ou pas à leur niveau. Ils cherchent des trophées: un mec moche, c’est pas un trophée présentable, ça les rabaisse.

        Lorsqu’ils sont en couple, ces mecs sont d’ailleurs souvent jaloux. C’est normal, parce que, dans leur tête, si leur mec les trompe, c’est qu’il a trouvé mieux qu’eux et donc que eux, ils ne sont pas le mec le plus désirable de la terre comme ils pensent l’être.

        Pour ces mecs là, le sexe est secondaire et ne les intéresse pas vraiment (même s’ils baisent quand même de temps en temps).

        Quelqu’un qui dit qu’il veut être séduit, ou qu’elle veut être séduite, c’est quelqu’un qui dit qu’il n’est pas intéressé au départ. S’il faut l’amener à avoir envie, c’est qu’il n’a pas envie avant (ou elle). Ce n’est pas du tout le cas du sauna: quand on va au sauna, on a envie avant, on a un scénario qui nous excite et qu’on veut réaliser.

      • « Clubs et Sauna libertins »
        Je ne suis pas spécialiste des clubs libertins hétéros, mais j’ai l’impression que c’est surtout pour des couples. Donc c’est une dynamique complètement différente. Un couple, c’est deux personnes et c’est rare qu’ils aient spontanément exactement les mêmes scénarios comme fantasme. Dans les couples de mecs qui sortent ensemble, il y en a pratiquement toujours l’un des deux qui domine et impose plus ou moins son scénario à l’autre (ce qui ne veut pas dire que l’autre est forcé mais plutôt « soumis » au sens BDSM). Quand on est seul, cette étape n’existe pas.

  11. Dans mon monde, on rencontre des gens, on parle cinéma, boulot, famille, loisir, politique ou sport (dans le désordre).
    On désire des corps mais aussi des coeurs et des esprits (d’ailleurs, la hiérarchie de l’attirance physique évolue avec l’attirance psychique…)
    Et l’union des corps est nourrie par l’histoire et l’envie de chacun.
    J’ai l’impression que tu décris le monde gay comme un monde où chacun vient seul avec son fantasme, et repart seul…

    • Je décrivais uniquement l’univers des saunas gays. Il est évident que personne ne passe l’intégralité de sa vie dans un sauna, et en dehors on parle « cinéma, boulot, famille, loisir, politique ou sport », tout comme les hétéros. Le sauna, la possibilité de vivre des fantasmes facilement, cela vient en plus.

      J’ai aussi un peu l’impression que ce dernier commentaire sous-entend un jugement de valeur négatif envers qui est attiré physiquement sans être attiré psychiquement. Je l’ai dit avant-hier: tous les hommes gays ne vont pas en sauna. Ceux qui n’y vont pas ont souvent eux aussi le préjugé comme quoi aller en sauna, le sexe purement physique, c’est mal. Mieux serait effectivement l’attirance psychologique.

      Seulement voilà: dans le monde gay, ceux qui tiennent ce discours sont les petits minets dont j’ai parlé au-dessus: ceux qui sont plus intéressés par leur tableau de chasse que par le sexe. Et quand ils disent « un mec attirant psychologiquement », ils veulent en fait dire « un mec qui va faire bien sur mon tableau de chasse ». Mais peut-être est-ce autrement pour les hétéros.

    • On pourrait aussi se poser cette question pour du sexe purement physique : « et pourquoi pas ? ». J’ai tenté un jour ce genre de fantasme : rencontrer charnellement une inconnue AVANT de faire connaissance humainement. Bon, un peu de triche car précédé de dials en ligne, mais cela ne me semble pas infaisable. On devrait pouvoir calquer sur un corps, sur une attente et sur quelques regards seulement tout un imaginaire susceptible d’éveiller une libido (tout comme lors d’une masturbation).

      Bien sûr, cela exige un chamboulement dans notre propre notion des choses de l’amour ! C’est pourquoi je trouve très intéressant cet exposé des moeurs homosexuelles masculines.

      …sauf qu’on s’éloigne un peu du texte de base : l’amour sans pénétration… si ce n’est que cela nécessite aussi, pour certains hommes hétéros, un chamboulement de certitudes 😉 !

      • Il y a effectivement une part de jugement dans mon commentaire. Pas sur la pratique en elle même, mais le fait d’en faire un mode de vie…
        Faire des expériences, nourrir ses fantasmes, ne pas s’envestir, je trouve ça normal, de temps en temps, ou à certaines périodes de la vie.
        Mais dans le témoignage de Homme Gay, j’avais l’impression de lire un mode de fonctionnement à part entière, pour une majorité et tout le temps (dans la façon de parler des minets qui fonctionneraient comme des hétéros, de ceux qui ont une sexualité plan plan parce qu’ils ne vont pas au sauna…).

      • Cela dit, pour un article qui s’intitule « comment font les gays ? », il vaut mieux éviter de juger quand il y a des courageux qui viennent s’exprimer.

        En espérant qu’il y en aura bientôt d’autres et qui viendront peut-être donner d’autres sons de cloche. Car je suis sûr qu’il y a autant de points de vue différents sur la « culture gay » que d’hommes gays.

      • Je pense au contraire qu’on est en plein dans le sujet: dans les saunas, il n’y a pas que la pénétration. Comme je l’ai indiqué, il y a aussi beaucoup de mecs qui y vont pour être sucés/branlés ou pour sucer.

        Aussi: je pense que c’est là la différence essentielle avec le monde hétéro. Les mecs qui vont en sauna pour sucer y vont pour donner du plaisir et pas pour en prendre (ils y voient quand même leur intérêt, bien sûr). Un système d’échange ne peut marcher que s’il y a des gens qui donnent pour ceux qui sont venus prendre.

      • @Et pourquoi pas?
        « le fait d’en faire un mode de vie… »
        Il ne s’agit pas d’un « mode de vie », du moins pas pour la majorité.
        Quand je parlais de sexualité « plan-plan », c’était simplement pour expliquer que, contrairement à ce qu’on lit parfois, tous les gays n’ont pas une vie sexuelle très active, pas pour dire que tous ceux qui ne fréquentent pas les saunas sont « plan-plan ».
        Quand je parlais des minets qui fonctionnerait comme des hétéros, j’avais explicitement écrit « les hétéros qui ont écrit des commentaires ici comme quoi la séduction leur est essentielle ».

        Ce dernier point me semble important. J’ai été un peu surpris des commentaires à ce sujet.

  12. Finalement, j’ai demandé auprès de deux copains bi leur opinion sur les différences entre le monde gay et le monde hétéro. Leurs commentaires confirment ce que j’ai écrit au-dessus. Les deux différences principales sont:
    -la nécessité de la séduction dans le monde hétéro: les femmes vont devoir être convaincues et résister aux efforts de séduction et donc vont prétendre assez longtemps ne pas être intéressées
    -le fait que, après une relation sexuelle entre mecs il y a égalité alors qu’entre homme et femme, il y a toujours l’idée que le mec doit quelque chose à la femme après.

    • Audren >
      Je viens apporter ma pierre à l’édifice dans ce cas. Je suis un jeune mec gay de 19 ans, et j’ai rencontré mon copain sur une application de rencontre avant de concrétiser ça en vrai. Il bosse dans un sauna gay, donc on s’ est vu là bas pour la première fois, et pour beaucoup d’autres fois à vrai dire.

      Ça a commencé par du sexe, dès le premier soir, il savait pas ce qu’il voulait, à vrai dire moi non plus, et finalement de fil en aguille, on se retrouve ensemble.

      Pour en revenir au monde gay en général, je crois qu’il a la particularité que chaque personne qu’on y rencontre est une « cible » en soi, tout autant qu’un rival. La pression est plus grande que dans le monde hétéro pour les relations, si le mec qui te plaît veut passer à autre chose, il lui suffit de traîner sur un site de rencontres, en moins d’une heure il a un mec dans son lit. Ou alors juste dans un sauna gay ou bar gay avec backroom, en 10 minutes il repart avec un partenaire de jeu.

      C’est là toute la difficulté: dans un monde où le sexe est omniprésent et très atteignable, quelle place pour la relation, qu’apporte t-elle encore ?

      Personnellement ma relation a commencé par du sexe, et elle s’ est poursuivie parce qu’on avait des hobbies et points en commun. Du coup le sexe n’a pas été sacralisé comme dans une relation hétéro, c’est juste une occupation comme une autre, pas un graal.

      • Pour en revenir au sexe, qui est le thème clé de l’article, je pense que malheureusement ça reste encore un tabou pour les hétéros. Enfin plutôt, la façon de prendre du plaisir.

        Dès que le sexe pourrait remettre en cause la sacrosainte position d’homme qui domine pendant l’acte, celui ci est critiqué. Du coup exit le plaisir prostatique, exit la domination féminine. L’homme pénètre, et ne peut donner et prendre du plaisir que comme ça. (Je caricature, mais de mes observations on en est pas loin)
        Je trouve que de ce côté, la femme est plus libre que l’homme hétéro.

      • Et il y a une autre forme de sexualité que je regrette de ne pas voir traitée sur ce blog: l’hypnose érotique (et le sexe tantrique, ce genre de choses, il y a un excellent article de Vice à ce sujet).

        Du sexe sans pénétration, sans forcément avoir un contact physique avec l’autre, et pourtant du sexe quand même. Et c’est même une façon pour un homme d’expérimenter un orgasme féminin, et purement mental

      • Il y a largement assez de monde qui se pâme pour la méditation orgasmique et consorts en ce moment pour que je ne ressente pas tellement le besoin d’emboîter le pas (et les trucs new age, j’accroche pas du tout).

      • Si les gens se pâment c’est parce que c’est une forme de sexe qui paraît socialement acceptable. Je comprend bien qu’un magasine préfère traiter de cela que de parler de fistfucking hardcore. (La tête des lectrices me ferait bien rire le cas échéant)

      • « si le mec qui te plaît veut passer à autre chose, il lui suffit de traîner sur un site de rencontres, en moins d’une heure il a un mec dans son lit »

        Je ne suis pas sûr. Dans le monde hétéro, si j’ai bien compris, il y a une moitié qui rêve de relations sans lendemain mais est incapable de les trouver facilement et une autre moitié qui trouverait sans problème en une heure sur un site de rencontres, mais ne veut pas de relations sans lendemain.

        « Dès que le sexe pourrait remettre en cause la sacrosainte position d’homme qui domine pendant l’acte, celui ci est critiqué. Du coup exit le plaisir prostatique, exit la domination féminine. »

        C’est vrai. Un des deux mecs bi auquel j’ai parlé est passif et aime bien lécher / sucer / être légèrement dominé et trouve beaucoup plus facilement dans le monde gay que dans le monde hétéro.

      • Je parlais du monde gay quant à la facilité. Le monde hétéro masculin est bien à plaindre sur les sites de rencontre: c’est le public que les publicitaires cherchent à dépouiller sans scrupules.

        D’ailleurs pour en revenir aux tabous, une femme qui domine c’est mal perçu. Ça doit être un héritage du schéma patriarcal

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