Second violon

Passer au second rang : la hantise de bien des personnes qui envisagent (ou non) la non-exclusivité dans le couple. Pourtant ça arrive très souvent en couple exclusif aussi, pour tout un tas de raisons, sans qu’on s’en inquiète outre-mesure : traduction d’un court passage du génial bouquin d’Eve Rickert et Franklin Veaux « More Than Two ».

Second violon (ref photo (c) myweirdness sur deviantart.com)

Second violon (ref photo (c) myweirdness sur deviantart.com)

Voici une traduction d’un court extrait (chap. 8, p. 138 dans ma 1re édition) du livre More Than Two, d’Eve Rickert et Franklin Veaux, et qui reprend un truc qui me tient à cœur : on ne devrait pas se sentir plus exclu-e par un nouvel intérêt sexuel ou romantique de notre partenaire que par toutes ces autres choses qui peuvent aussi nous donner parfois l’impression de n’être plus le centre de son monde et auxquelles on est pourtant parfaitement habitué-e.

Il y a aussi une autre peur, similaire à la peur d’être mis-e à l’écart, c’est la peur de se retrouver « second violon ». Si par exemple votre partenaire débute une nouvelle relation, il se peut que vous sentiez que vous n’êtes plus au centre de ses préoccupations, sans pour autant être exclu-e.

Bien sûr, ce problème n’est pas propre au polyamour. On peut passer second violon après l’arrivée d’un bébé, le début d’un nouveau job, la passion pour un nouveau hobby … voire : Franklin a même connu quelqu’un dont le partenaire s’était senti éclipsé par un animal de compagnie (il était drôlement mignon, le chat, mais bon quand même…)

A nouveau, la clé de la question, c’est la confiance que l’on accorde à son/sa partenaire. S’il/elle veut faire de vous sa priorité, il/elle le fera. Sinon, non. Que vous soyez dans une relation exclusive ou pas n’y changera rien. D’ailleurs, toutes les relations connaissent des fluctuations naturelles avec des hautes eaux et des basses eaux. Il arrive parfois qu’on passe effectivement en second, dans l’attention que nous porte un-e partenaire, au moins un temps. Quand Amber s’est mise à travailler sur son mémoire de fin d’études, Franklin a effectivement perdu une partie de l’attention qu’elle lui portait. Quand un nouvel enfant vient au monde, on trouve ça bien normal qu’il devienne le centre de l’univers. Et quand ce genre de chose arrive, on a confiance qu’on redeviendra une priorité un jour. On comprend qu’il y a des sujets ou des personnes qui parfois prennent davantage d’importance, et que c’est la vie. Il y a un point d’équilibre à tout ça : si l’on sait garder l’estime de soi, se souvenir de l’amour que notre partenaire nous porte, et exprimer nos besoins, alors on pourra se rassurer sur le fait que le balancier repartira un jour dans l’autre sens et que l’équilibre sera rétabli.

Et mon petit commentaire :
Ce qui n’empêche pas qu’un jour peut-être, on se rende compte que malgré des efforts répétés pour exprimer ses besoins, on reste définitivement au second ou au troisième plan, sans espoir d’un changement prochain. Alors il est normal d’envisager de partir ou de redéfinir la relation en profondeur — c’est d’ailleurs un peu ce qui s’est passé pour moi.

Être en couple libre et avoir cette grille de lecture m’a été très précieux. Je crois qu’il y a trop de couples où l’un des deux souffre de se sentir délaissé-e mais tant que les raisons de la perte d’intérêt de l’autre sont socialement acceptables (travail, bébé, responsabilités, …) alors on croit qu’on n’a aucune raison de se plaindre et on reste malheureux-se.

21 réponses à “Second violon

  1. Je ne sais pas si le couple libre est une méthode efficace pour palier à ce délaissement dans ce cas de figure. On ne peut pas être omniprésent dans la vie de l’autre: le travail qui prend le pas sur la relation est un bon exemple.

    Prenons un cas de figure classique, A et B sont un couple libre, A a des obligations professionnelles qui prennent la majeur partie de son temps, tandis que pour B, A est sa priorité. Las de ne pas avoir de réciprocité immédiateà son affection, B décide de chercher un réconfort affectueux autrepart, auprès d’une personne C. B va naturellement s’éloigner de A, créant encore plus de distance, et potentiellement des tensions. Il délaissera petit à petit A, car celui ci ne peut lui fournir ce que lui donne C.

    Le délaissement est une souffrance, mais combiné à l’attrait de la nouveauté d’une relation amoureuse extra-conjugale, le schéma du couple libre ne touche t-il pas ici à une limite ? Comment palier à un manque affectif sans atteindre à l’intégrité du couple ?

    • Ça ne marche pas comme ça. Bob n’est pas avec Alice pour juste du réconfort. Il est avec Alice pour être avec Alice. Les amants ne sont généralement pas interchangeables.

      • Pourtant Bob va finir par redéfinir la relation, car entre lui et Alice, même si cela se passait bien jusqu’à ce que le travail de cette dernière ne prenne le pas sur la relation, elle n’est plus à même de le satisfaire. Je crois que même si chacun est unique et donc interchangeable, l’affection et le réconfort peuvent, eux, être trouvés dans tous les bras

      • Je suis d’accord avec Raph. Tout le monde ne peux pas entretenir une relation où l’autre est peu présent.

    • Peut-être que cela fera réagir A et que les responsabilités professionnelles passeront alors au second plan… – c’est d’ailleurs probablement ce qui se passera…

  2. Quel plaisir de continuer à vous lire j’attend toujours vos articles avec la plus grande impatiente. Une source d’inspiration et de réflexion constante. En fait de tout vos articles en ressort la même philosophie, faire en sorte de respecter la liberté de l’autre, ne pas se croire propriétaire du corps de l’autre ses désirs et son amour . Se garder le droit de partir ou de laisser partir si personne ne trouve plus sa place . Ça paraît si simple sur le papier mais oh combien difficile à mettre en place finalement . On est tellement éduqué depuis des générations au couple monogame fidèle jusqu’à la mort .9 and que je tente d’expliquer à mon homme cette vision de la vie … Mais ça passe beaucoup plus difficilement de son côté . Avec le temps puis je espérer une évolution ou le temps et les débats ne change pas cette vision du couple tellement frustrante pour moi ?

    • Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que si vous savez déjà qu’un jour cet enfermement vous deviendra insupportable, autant ruer tout de suite dans les brancards. Des fois, c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur. Soit ça passe, et vous vous embarquez pour une aventure géniale avec votre chum, soit ça casse, mais ça aurait cassé de toute façon.

      • J’en suis que j’étais premier violon depuis 20 ans d’un côté et soliste (intermittent) depuis 3 ans de l’autre, et que j’ai été remercié des deux formations à peu près en même temps à la fin de l’année. Depuis, j’auditionne. Ça te va ?

  3. Qu’est ce que j’aime tes dessins…
    Bon je te lis aussi depuis un petit moment avec autant de plaisir, mais c’est la première fois que je commente.
    Je crois que rien n’est figé dans une relation et tant mieux. Même si c’est parfois difficile à accepter où à faire accepter. Mais je préfère ces orages à un calme plat trop artificiel, le tout étant de trouver des appuis lorsque cela est nécessaire.

    • Ooh, merci. C’est pas si souvent que j’ai des compliments sur mes dessins. Comme on vient surtout pour me lire, on en oublie que je passe parfois plus de temps à dessiner qu’à écrire… Tiens d’ailleurs, ça me donne une idée : les semaines où je n’aurai pas eu le temps de finaliser un article, je ferai juste des dessins. Qui est pour ?

      • moi
        (je passe beaucoup de temps à te lire et je n’ai pas forcément envie de commenter parce que c’est trop « douloureux » pour moi, mais j’aime bien regarder tes dessins… 😉

      • Il y a un endroit ou l’on pourrait les retrouver ces dessins a part en haut des articles. Je les trouve vraiment sublimes.

      • Il y a la galerie mais ça fait longtemps que je n’ai pas renouvelé la sélection.
        Il y a aussi ma galerie deviantart avec des mises à jour sporadiques.
        Et j’ai démarré un portfolio mais pour l’instant il n’y a pas grand chose dedans.
        Pour l’instant, aucun de ces dessins n’a été exposé ailleurs que sur la toile : ils n’ont d’existence que numérique. Mais je suis en train de travailler à trouver un moyen de faire de beaux tirages.

  4. Bien contente d’avoir été à l’origine de cette mise en ligne… et étonnée que les dessins ne soient pas plus commentés parce que c’est un des points forts du site selon moi.

  5. Pingback: Second violon | PolyAmour | Scoop.it·

  6. Bonjour Audren, juste un mot pour vous dire que je vous ai mentionné dans la 3ème et dernière édition (hors commerce, diffusion par les groupes polys) de « Aimer plusieurs hommes », voici le texte: Les fesses de la crémière : blog très personnel bien écrit, plein d’humour et de réflexions intéressantes sur l’amour, le couple, le sexe, la fidélité, la non-exclusivité, à partir de l’expérience de son auteur, Audren. Un bijou d’intelligence et de lucidité.
    https://lesfessesdelacremiere.wordpress.com/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s