Quasi-mono (monogamish) – de ces couples presque monogames

Vu de l'extérieur...

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Monogamish / quasi-mono

C’est Dan Savage qui a pondu puis répandu ce néologisme. ‘Monogamous’ veut dire monogame, et donc ‘monogamish’ veut dire ‘vaguement monogame’ (sur la même construction red/rouge vs reddish/rougeâtre). Je propose de traduire en français par ‘quasi-mono’ (faites passer le mot si ça vous plaît, ou bien proposez des alternatives dans les commentaires).

Le mot est bien senti parce qu’à la différence ‘adultère’, ‘couple libre’, ‘libertinage’, ‘polyamour’ ou ‘lutinage’, le néologisme ‘monogamish/quasi-mono’ n’insiste pas sur ce que le couple n’est pas (monogame) mais sur ce qu’il est (presque monogame). Et donc le terme s’allège en quelque sorte du poids du jugement collectif autour de l’infidélité.

Concrètement, c’est presque comme ‘couple libre’ mais psychologiquement ça rassure beaucoup : au lieu de se présenter comme radicalement différents, on se voit essentiellement comme les autres ; on n’est pas en train de coucher à tort et à travers ; on s’autorise juste des libertés de temps en temps.

Ça rejoint d’ailleurs ce que Dan Savage se plaît à répéter à propos des faux-pas adultérins, et que je peux illustrer par une statistique improvisée maison : quand ma partenaire me trompe une fois par an mais qu’on couche ensemble deux fois par semaine, elle m’est fidèle à plus de 99%. C’est quand même étonnant que le jugement collectif condamne aussi durement ceux qui ont un « taux de fidélité » de 99% voire 99,9% que ceux qui sont en-dessous de 50% — c’est vraiment une application idiote du « qui vole un œuf », puisque c’est évident que les situations sont totalement différentes.

Situations de couples quasi-mono

Il y a une grande diversité de situations qu’on pourrait qualifier de quasi-mono :

  • libertinage occasionnel en club ou en soirées privées (c’est ce qui semble le plus socialement acceptable ‘ah moi je pourrais pas, mais si c’est votre truc, et tant que tu n’as pas peur de te faire piquer ton mec, vous faites bien comme vous voulez’)
  • plans à trois ou plus à la maison — apparemment, c’est ce qui fait que Dan et son mari se décrivent comme « monogamish ». Et Dan de préciser, avec sa délicatesse verbale habituelle, que c’est pas vraiment de l’infidélité quand Terry le trompe à l’autre bout du même mec.
  • incartades autorisées tant qu’elles restent peu nombreuses et discrètes, sur le mode « Ce qui arrive à Vegas reste à Vegas ». Si en plus c’est vraiment associé à un éloignement géographique (au cours d’un voyage, d’un stage, de retrouvailles avec une ex, etc.), ça introduit naturellement une espèce de barrière de protection.
  • recours occasionnel à des travailleurs du sexe ou à des partenaires de jeu — en particulier quand l’un des deux a un fantasme bien particulier que l’autre, malgré toute sa bonne volonté, ne peut pas assouvir (insérer ici la pratique bdsm qui vous couperait toute envie)
  • et moi j’y mettrais aussi les couples infidèles (quand il s’agit d’infidélités passagères et inconséquentes — pas les doubles-vies)

Le dénominateur commun étant que le couple fonctionne essentiellement comme un couple exclusif dans sa vie de tous les jours, en tout cas vu de l’extérieur.

Corollaire : ces couples « socialement monogames »

C’est ce que Dan Savage appelle des couples « socialement monogames ». Et c’est justement cette caractéristique qui rend le terme monogamish/quasi-mono encore plus significatif : aux yeux du corps social, ces couples se conforment au présupposé collectif d’exclusivité sexuelle et amoureuse.

Alors en donnant l’impression d’adhérer à la norme, ils contribuent involontairement à l’invisibilité culturelle des alternatives amoureuses. Et ils profitent (injustement) de toute l’approbation collective qui va aux « vrais couples ». Pas besoin d’en parler aux proches. Pas besoin de briefer les enfants. Pas besoin de faire un coming-out polyamoureux parce qu’un collègue vous a vus main dans la main dans la rue avec pas la « bonne personne ». Et pas besoin non plus de militer pour faire accepter aux braves gens qu’on suive un autre chemin amoureux.

Évidemment je suis bien mal placé pour jeter la première poutre, moi qui suis –à ce jour– encore planqué derrière mon écran. Et j’admire profondément celles et ceux qui ont eu le courage de leurs convictions et qui ont su dire leur différence à leur entourage.

En attendant, je pense que la notion de « quasi-mono » reste un très bon moyen d’appréhender psychologiquement le passage du 100% au 99%, sans que ça se transforme forcément en crise de couple disproportionnée. Alors faites passer le mot 🙂

13 réponses à “Quasi-mono (monogamish) – de ces couples presque monogames

  1. Bonjour,
    J’aime beaucoup cette nuance par rapport aux précédents articles que j’ai pu lire. De très bon articles à mon goût.
    Je me retrouve plus particulièrement dans ce cas de figure. Vos autres articles m’ont fait me poser beaucoup de questions sur moi même et mon couple. La seule chose que je vois, c’est la difficulté d’en parler avec des amis ou autres quasi-monos. Des libertins ou echangistes ont j’imagine plus de facilité à discuter et trouver des réponses à leurs questions. Même si ce n’est rien, je ne me vois pas annoncer à mon entourage que je suis quasi-mono. Si j’étais libertin ou echangiste je pense que j’assumerai plus facilement.

    Merci pour vos articles.
    Au plaisir

  2. Le calcul à 99% est intéressant, on n’en demande pas tant en terme de qualité dans la plupart des boulots, pourquoi y arriverait-on dans le couple? Et puis c’est une façon de ne pas éclater un jour parce que toutes les frustrations ce seront accumulées, une libération de temps en temps peut permettre de « sauvegarder » une sérénité et pour autant garder une présentabilité sociale, celle là même qui crée les frustrations.

  3. Peut-être aussi est-on quasi-mono parce qu’on n’en veut pas plus… Pourquoi un coming-out de l’une ou l’autre histoire qui ne valent pas la peine d’une révélation ? Et, puis, pourquoi une nécessaire sortie ? Chacun son intimité.

      • Aveu public « admirable » ? Personnellement, je pense qu’il est heureux de ne pas étaler sa vie privée sur la place publique. Globalement, trop de déballages, d’indiscrétions.

  4. Très intéressant cette notion et ce nouveau mot. On peut aussi y mettre les couples comme le mien en ce moment qui sont poly en théorie mais dans les faits monogame les 3/4 du temps au moins. Parce que c’est aussi la liberté et le rapport à l’autre au sein de la relation produit par le poly qui est intéressant, et pas le simple fait de pvoir coucher avec une autre personne.

    • Oui, on peut être polyamoureux et n’avoir qu’un amoureux. On peut être en couple libre et ne pas chercher à faire d’autres rencontres. C’est bien la notion de liberté qui prime.

  5. « Je propose de traduire en français par ‘quasi-mono’ (faites passer le mot si ça vous plaît, ou bien proposez des alternatives dans les commentaires). »

    Un ami a traduit par « monogamesque », un autre a trouvé le mot pas mal.
    Je me contente de faire suivre… 🙂

  6. Le sujet est abordé d’une façon effectivement intéressante. Pour ma part, après une expérience ratée (je n’ai pas peur d’employer ce mot) dans ma première vie (entendez 1er mariage). Aujourd’hui, j’ai refondé un nouveau foyer et une nouvelle famille, et je reste encore frileux et quelque peu inquiet des conséquences imprévues…car je suis plus que jamais amoureux des femmes! Alors je me suis « réfugié » dans la photo, d’abord avec mon modèle, ma douce et adorable épouse, avec un « pacte » de partage strictement virtuel. Puis, de fil en aiguille (si vous me permettez l’expression et sans jeu de mot douteux), d’autres femmes se sont présentées comme modèles, d’abord des amies, puis des amies des ami(e)s… On pourrait appeler ça un adultère photographique, qui procure un curieux plaisir d’infidélité sans pour autant passer à l’acte physique. Ce plaisir est d’ailleurs totalement partagé par mes modèles, qui trouvent dans cette pratique, un moyen de désinhiber leurs tabous et de ressentir l’offrande de leurs corps comme un cadeau plutôt que comme une contrainte. Mais cela n’est bien entendu possible que dans un contexte de respect absolu des règles: la photo, rien que la photo, chacun de son côté de l’objectif. . . . . . . . . . Voilà, ce post m’invite à partager cette expérience pas très éloignée du sujet, mais qui y ressemble un peu. Et puis, dans ce monde qui devient de plus en plus virtuel, qui sait si le partage de nos intimités sur le net ne sera pas un jour considéré comme un adultère….

  7. «  On n’est pas en train de coucher à tort et à travers ; on s’autorise juste des libertés de temps en temps. « : mais en quoi ce serait mal de coucher quand (et comme) bon nous semble, fût-ce à tort et à travers ?

    Quelle étrange idée…

    «  Quand ma partenaire me trompe une fois par an mais qu’on couche ensemble deux fois par semaine, elle m’est fidèle à plus de 99%. « 

    Je suis d’accord sur le principe, mais extrêmement choquée par cette quantification relationnelle.

    Ma/mon/mes partenaire-s sont libres de leurs autres relations, et même si j’avais l’infantile illusion que ne pas être d’accord pourrait les en dissuader, je ne saurais évaluer mathématiquement sans en avoir honte ces relations dont souvent, je ne sais rien (restons lucides).

    Ensuite, l’idée « monogamish » me semble intéressante.

    S’il est facile, pour certaines et certains, dans leurs milieux privilégiés, de s’affirmer comme non-exclusives/non-exclusifs, cela est encore loin d’être une réalité pour la majorité d’entre nous.

    Nous qui habitons dans des petites villes, nous qui avons des parents trop conservateurs ou trop pudiques, nous dont les amis et collègues sont par trop ignorants de ces (nos) réalités relationnelles ou refusent carrément de les regarder en face.

    Voilà bien ce que nous leurs semblons : des « pas-tout-à-fait monogames ».

    Certains de nos proches connaissent notre réalité.

    Certes, par notre « manque de courage » ou notre réalisme, nous participons à cette idée imbécile de norme monogame.

    Pourtant, en parallèle, nous sommes actifs dans le changement des mentalités à ce sujet, et ce en profondeur, même si discrètement, dans l’ombre.

    Devons-nous pour autant nous auto-flageller parce que nous tenons compte du niveau de connaissance et de sensibilité des autres, qui n’en savent que si peu ? Je ne crois pas.

    La pédagogie me semble bien plus efficace si elle évite toute forme de violence.

    En tant que femme pan(sexuelle) et poly, je sais ce qu’est la violence. Et c’est précisément pourquoi je refuse de la reproduire et de l’infliger aux autres.

    J’aime cette phrase : « On ne détruit pas la maison du maître avec les outils du maître. »

    Que la paix vous accompagne, quelques soient vos choix.

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