Les axiomes de la crémière

Les principes de base qui sous-tendent ce que j’écris ici : un concentré de crémière pour commencer l’année (peut-être un peu indigeste tel quel mais rien n’empêche de piocher d’autres articles plus légers pour accompagner)

Euclide, rapport aux axiomes

Euclide, rapport aux axiomes

« Je ne suis pas d’accord avec tout » : c’est une remarque qu’on me fait souvent à propos du blog, en personne ou dans les commentaires. Mon grand souci c’est que c’est très rare que la personne m’explique ensuite précisément ce avec quoi elle n’est pas d’accord. Je me dis que c’est parce que tout ne peut pas rentrer à la même vitesse, qu’il y a des vérités qui commencent par heurter puis qui grattent pendant assez longtemps avant qu’éventuellement on se rende compte que c’est logique comme le reste. Mais je me dis aussi que j’écris parfois des conneries — et j’aimerais bien qu’on me mette le nez dedans pour que je meure moins bête.

Alors pour faciliter la critique et la compréhension globale de ce que j’écris ici, je vous propose un condensé de crémière : voici les axiomes de la crémière, les bases philosophiques qui sous-tendent l’essentiel de mes articles. S’il y en a beaucoup qui prennent le contrepied de nos références culturelles archaïques concernant le couple, c’est parce qu’à mon avis c’est bien la question du couple qui est au coeur de notre compréhension de l’exclusivité sexuelle et du polyamour. Et s’il y en a qui vous choquent, ne cherchez pas plus loin : ça explique pourquoi vous n’êtes pas d’accord avec certains billets.

Pour ne pas allonger outre-mesure cet article, je ne vais pas m’appesantir sur chacun. L’argumentaire sera donc un peu sec (et donc d’autant plus choquant pour ceux et celles qui débarquent). Mais n’hésitez pas à intervenir dans les commentaires et je répondrai par des articles plus développés (soit qui existent déjà, soit qui mériteraient d’être écrits).

Le sexe n’est pas de nature différente

Notre culture a décidé que le sexe était cette chose moitié sacrée moitié diabolique et qui justifie de changer tous nos repères. Par principe, je dis que non. Et qu’une partie du statut si spécial qu’a acquis le sexe est simplement auto-réalisatrice : en décrétant que c’est quelque chose de si spécial, tout le monde se comporte comme si c’était effectivement quelque chose de totalement différent du reste de nos vies, et ça renforce l’hypothèse de départ.

Certes, faire l’amour, ce n’est pas comme faire la bise. Je dis simplement qu’il y a une différence de degré et non pas de nature. Tout pourrait se résumer par la question de savoir si sucer c’est tromper. Plus sérieusement : où finit le flirt ? quand commence le sexe ? Vous pouvez chercher, il n’existe pas de frontière nette qui puisse délimiter d’un côté les actes sexuels et de l’autre les gestes anodins. Et ces dernières décennies, la « limite floue » culturellement acceptée dans nos contrées n’a cessé de se déplacer dans le sens de normaliser le sexe. Si le sexe n’est pas de nature différente, alors il n’est pas logique d’avoir des comportements diamétralement opposés (bienveillance / jalousie) selon que le sexe entre en jeu ou pas.

C’est pourquoi vous me voyez souvent ramener une situation à une situation équivalente dans laquelle le sexe n’est pas l’ingrédient central, pour mettre le doigt sur cette dichotomie illégitime.

Les sentiments ne sont pas observables

« C’est clair : tu peux faire ce que tu veux mais je ne supporterais pas que tu tombes en amour avec un-e autre que moi.  » En gros : d’accord pour coucher ailleurs tant qu’il n’y a pas de sentiments (c’est une position qu’on attribue souvent aux libertins, par opposition aux polyamoureux). Sauf qu’il y a quelques détails qui compliquent le truc :

  • c’est déjà pas facile d’identifier soi-même de façon claire si on est amoureux-se
  • selon la personne dont on est amoureux-se, les sentiments peuvent prendre une forme très différente
  • le ressenti de ce que c’est d’être amoureux est différent pour chacun-e, et tes mots ne recouvrent peut-être pas mes sentiments
  • si je t’assure que je n’aime que toi, tu n’as que ma parole et mes actes pour savoir.

Ainsi, puisque mes sentiments ne sont pas directement observables, la seule mesure accessible pour toi est indirecte : c’est l’amour que je t’apporte ; l’attention que je te porte ; les gestes que j’ai pour toi ; le temps qu’on passe ensemble. Que j’aie ou non des sentiments pour quelqu’un d’autre ne devrait pas compter, tant que je garde pour moi (et le quelqu’un d’autre) les manifestations de ces sentiments.

Evidemment, tu auras raison de mal le prendre si je suis absorbé ailleurs pendant qu’on se regarde un film, si je ne te désire plus, si on passe nettement moins de temps ensemble ; que ces comportements soient dûs à mon autre amour ou juste à mon boulot ou à mon addiction pour les jeux vidéo ou les réseaux sociaux, d’ailleurs.

Les hommes comme les femmes viennent de la Terre

J’ai toujours été convaincu de l’égalité hommes/femmes. Pendant longtemps, ça partait plus d’un principe de justice que de la conviction qu’on était réellement faits pareil, je veux dire intrinsèquement. En particulier parce que j’avais baigné dans un bouillon de culture qui mettait les nanas sur un piédestal (cf. la chanson de Renaud). En gros, les mecs avaient le pouvoir et tous les avantages mais ne le méritaient pas parce que les filles étaient mieux en tout.

C’est en lisant Elisabeth Badinter que j’ai commencé à mettre en doute le précepte de la femme angélique. Et c’est en m’intéressant aux blogs de sexe et de sexualité (souvent écrits par des nanas) que je me suis convaincu qu’il n’y avait même pas lieu de croire qu’elles étaient tellement moins cochonnes que les mecs, pour peu qu’on arrive à faire abstraction du conditionnement culturel rose/bleu auxquel sont soumis les garçons et les filles dès leur berceau.

Et donc je suis persuadé qu’on dit moins de bêtises en considérant qu’on est grosso modo pareils à la base plutôt qu’essentiellement différents, à part pour faire les bébés (et encore). Il y a certes des différences mais d’une part elles sont très largement inculquées et d’autre part on trouvera sûrement plus de différences entre deux hommes ou entre deux femmes pris aux hasard qu’entre « les hommes » et « les femmes » considérés comme des groupes homogènes aux caractères immuables (ils ne sont ni l’un ni l’autre).

Le désir sexuel est plus puissant ce que qu’on veut croire

Il faut voir que si nous existons aujourd’hui, c’est parce que depuis des centaines de millions d’années l’évolution s’est arrangée pour que la reproduction soit en haut des priorités de toute la succession des organismes vivants dont nous sommes les descendants. Dit autrement : les individus pour qui le sexe passait après le reste n’ont pas transmis leurs gènes.

Ainsi, pour une majorité de personnes, la pulsion sexuelle a une force considérable — on a l’illusion de pouvoir la réfréner parce qu’à court terme on est effectivement capable de se tenir. Mais en général, mettre un couvercle sur notre vie sexuelle conduit tôt ou tard à des explosions ou des débordements, d’autant plus graves que le couvercle aura eté hermétique.

Ce qui ne veut pas dire que les autres nous doivent du sexe — mais qu’au moins on évite de restreindre par des préceptes moraux à la con l’accès au sexe entre adultes consentants et à la masturbation.

Je fais ce que je veux avec mon corps

Celui-ci est très facile à comprendre. Ce que je fais avec mon corps ne regarde personne d’autre que les personnes avec qui je le fais.

Notre siècle a largement intégré la donne : si quelqu’un veut se faire un piercing, se couper les cheveux, se faire opérer, ne pas porter un enfant qu’on ne pourra pas accueillir, ne plus manger de viande, on est assez d’accord pour dire que c’est pas nos oignons et qu’un parent ou un conjoint qui pèterait un câble pour ça a des problèmes de limites personnelles.

Et pourtant, s’agissant du sexe, il y a un vrai blocage culturel et l’ingérance semble encore être la norme. Non seulement on plaque souvent notre ressenti pour juger les vies sexuelles des autres, mais en plus on croit avoir un droit de regard sur le corps de notre partenaire — en tout cas quand il est question de sexe.

Or il ne devrait pas y avoir de différence. Il s’agit encore de mon corps. Pas du tien. Ce que je fais ailleurs ne t’enlève rien à toi. Evidemment, je ne vais pas coucher avec ma maîtresse devant toi si tu n’as pas applaudi des deux mains pour un plan à trois. Mais quand ça se passe ailleurs et que c’est pris sur mon temps de travail ou de sport, ça ne devrait ni te causer de la douleur, ni me valoir des reproches.

Et donc (et c’est là que je vais plus loin que la plupart des polyamoureux), je conteste la légitimité et donc la validité de l’engagement d’exclusivité sexuelle. De la même manière qu’on regarderait d’un drôle d’oeil un engagement mutuel qui dirait que ni toi ni moi ne pouvons nous vernir les ongles, faire de la boxe ou manger des aliments cuits sous peine de rupture immédiate, de même la promesse d’exclusivité sexuelle est une aliénation du droit (inaliénable) à disposer de son corps.

Le désir ne se commande pas

C’est bien parce que le désir ne se commande pas qu’on a fini par considérer que la notion de devoir conjugal était odieuse.

Et c’est parce que le désir ne se commande pas qu’on ne peut reprocher à quiconque une asymétrie du désir, et qu’il ne faut jamais croire ceux qui disent qu’en faisant ceci ou cela on maintient le désir.

  • quand on n’est plus désiré-e, ce n’est probablement la faute de personne
  • quand on ne désire plus, c’est pareil.

Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? Si l’asymétrie pèse trop sur la vie du couple, il y a trois solutions : laisser pourrir jusqu’à ce qu’on se bouffe le nez pour d’autres raisons ; se séparer avant de se détester ; ou juste renoncer à l’exclusivité sexuelle sans laquelle l’asymétrie n’est plus un problème.

Un engagement n’est pas un pacte avec le diable

Puisque je suis en plein dedans, je ressens assez fortement autour de moi que le divorce est encore perçu comme un genre de calamité, un dernier recours qu’on n’est censé envisager que quand la vie de couple est devenue absolument insupportable. Et qu’un couple ne devrait pas se permettre de se séparer quand il s’entend encore raisonnablement bien, quelle que soit l’insatisfaction de part et d’autre. En gros, on a signé un engagement et on doit s’y tenir pour le pire, juste par principe.

Donc non, un engagement n’est pas un pacte avec le diable qu’on signe avec son sang en laissant son âme en caution. Un engagement traduit une volonté commune de ne pas tout laisser tomber au premier obstacle mais il n’oblige pas non plus à boire le calice jusqu’à la lie. Comme l’engagement n’est rien sans le consentement, et comme les gens changent et la vie n’est pas un long fleuve tranquille, les engagements devraient être rediscutés régulièrement, en particulier parce qu’une reconduction tacite conduit souvent peu à peu à une asymétrie de la relation, et donc à une injustice.

Personne n’est obligé de rester

On part quand on veut. On n’a pas besoin de raisons ni de justifications. En fait, je suis persuadé que le consentement à la cohabitation est presque aussi important que le consentement sexuel. Il y a certes une gradation entre l’intimité physique, l’espace personnel, le périmètre psychologique, ou les cercles sociaux, mais à chaque niveau on ne devrait pas avoir à subir la présence durable de quelqu’un quand on ne la souhaite pas.

En revanche, ce n’est pas parce qu’on a le droit de choisir la séparation (parce qu’on ne peut pas nous imposer une cohabitation physique contre notre consentement) qu’on a le droit de tout lâcher ou de mettre l’autre à la porte. Les années de cohabitation (et à plus forte raison les enfants quand il y en a) créent des dépendances et un devoir d’assistance mutuelle qui ne disparaissent pas du jour au lendemain.

Donc on n’est ni obligé de coucher, ni obligé d’être amoureux, ni obligé de cohabiter, mais on est obligé d’assumer humainement, logistiquement, financièrement, même quand c’est l’autre qui veut partir et qu’on n’a rien fait de mal.

Les enfants s’en fichent

Les enfants sont tellement égo-centrés qu’ils s’en fichent royalement de nos histoires de coeur et de cul, tant qu’ils peuvent compter sur des adultes stables, qui pourvoient à leurs besoins et qui les aiment.

Je pense qu’ils s’en fichent aussi de se faire balader entre différentes maisons. On oublie trop souvent que l’humanité a été nomade pendant toute son évolution. Les enfants suivent le clan. Simplement, on les prend dans les bras quand la route est longue. Dès lors qu’ils n’ont aucune raison d’avoir peur d’être abandonnés et que leur environnement social n’est pas chamboulé tous les quatre matins alors je pense que la diversité humaine et géographique est plutôt un bien qu’un mal.

On ne se doit rien

« Je t’ai sortie du caniveau » ; « J’ai tout lâché pour ta carrière ». Sous-entendu maintenant j’ai un droit de propriété sur ta vie et tu n’as pas le droit de partir.

Certes, c’est dur à avaler que tu veuilles partir. Mais d’abord, si j’ai fait tout ça, c’était parce que je le voulais bien, c’était parce que je t’aimais et non pas par intérêt (et surtout pas pour garder un ascendant sur toi et pouvoir te le renvoyer dans la tronche le moment venu). Et ensuite, c’est pas tellement différent de ce qui se passe avec des enfants : on leur consacre tout un pan de notre vie parce qu’on les aime, et quand ils partent ils ne nous doivent rien.

Là c’est pareil.

Ou bien alors on prévoit explicitement des arrangements particuliers (genre OK pour t’aider pendant deux ans parce que tu veux cette promotion, mais à condition que tu m’aides dans cinq ans quand je voudrai me reconvertir — et si on se sépare avant, ben tu me donneras des sous, que ça soit moi ou toi qui choisisse(s) de partir).

Le couple n’est pas plus important que les partenaires

Le couple, c’est une relation entre deux partenaires. Le reste n’en fait pas partie. Leur maison, c’est le patrimoine. Leurs enfants, c’est la famille. Leurs amis communs, c’est le cercle social. Leurs éventuelles collaborations professionnelles, c’est la carrière. Mais le couple ne les concerne que tous les deux.

Tout le monde est par ailleurs à peu près conscient du fait que le couple fusionnel est une illusion néfaste, et que jamais l’un et l’autre « ne font qu’un ». Et donc dire comme on l’entend souvent que « le couple » devrait passer avant le bonheur de chacun, c’est idiot puisque contrairement à d’autres arguments prônant le sacrifice individuel au profit d’un groupe social plus vaste, il n’y a même pas la justification de l’intérêt général : l’un est malheureux de rester / l’autre serait malheureux si on se séparait.

D’une part j’ai peine à croire qu’on puisse être réellement heureux en couple quand l’autre ne l’est pas ; mais de toute façon d’autre part, s’il faut trancher, c’est bien en faveur de la personne qui veut partir, en vertu de l’axiome « personne n’est obligé de rester ».

Et donc le couple ne se justifie que tant que la relation bénéficie aux deux, si chacun s’y sent en moyenne mieux que si on n’était pas en couple (ce qui n’empêcherait pas en théorie de rester parents, copropriétaires, collègues, etc.).

A noter que pour les trios et autres constructions polyamoureuses, les choses se compliquent forcément et cet axiome n’est plus aussi clair.

Epilogue

A partir de maintenant, quand j’écrirai un article, je vérifierai qu’il s’appuie sur ces axiomes. Si je me rends compte qu’il manque un axiome, je compléterai cet article.

53 réponses à “Les axiomes de la crémière

  1. Merci Audren et bonne année 2016…
    Ce soir, je suis repassée sur le site car je m’ennuyais un peu quelques minutes avant la publication. C’est chouette de te relire…
    Que dire ? Que j’approuve même si parfois j’ai du mal à assumer et à revendiquer ces façons de penser à mon propre compte : le regard des parents, des voisins, des collègues… L’œil triste du chéri qui fait que ton désir pour l’autre, tu le remets dans ta poche…
    Pas très glorieux et je n’en suis pas fière mais c’est tout ce que je peux faire pour le moment.

  2. Allo. Ca fait plaisir de vous relire un peu. Puisque vous invitez à la critique, j’en émets une sur le sixième axiome (ce qui, en creux, témoigne de mon assentiment pour les dix autres) : le désir ça ne se commande pas.
    1. Le désir ça se commande un peu quand même.
    Comme on s’entend sur le fait qu’il n’y a qu’une différence de degré entre ce qui relève du sexe et ce qui n’en relève pas, cette imprescriptibilité du désir devrait s’appliquer à d’autres types de préférences, tiens, disons, l’alimentation. Alors voilà j’aime la viande. Mais je connais les conditions d’élevage et d’abattage ignobles qui me permettent d’assouvir cette envie, alors je décide de ne plus en manger, même si j’en éprouve le plus brûlant désir à chaque fois que la vie met un bon steak saignant à portée de ma fourchette. Là, deux options. Soit j’admets que c’est un désir incontrôlable mais je décide de vivre une vie de contrition pour respecter le bien-être animal auquel j’accorde une valeur supérieure à l’assouvissement de mes désirs alimentaires. Je deviens une végétarienne pénitente, encline à culpabiliser les autres et à gâcher les meilleurs repas par la longue liste des tortures infligées aux animaux morts qu’ingurgitent les convives pour gérer mes propres frustrations. Non merci. Soit je « travaille » sur mon désir, je le décortique un peu, j’en cherche l’origine, les substituts, je le resitue dans un cadre plus large et l’harmonise avec d’autres désirs également importants pour moi : vivre sur une planète soutenable, éviter la souffrance des êtres sensibles, etc. Et là, tadam! Le miracle s’accomplit. Ma pulsion steak tartare perd de sa vigueur. Progressivement, l’idée d’en manger me semble incongrue, étrangère. Bon, ok, il ne s’agit pas de commander son désir comme on commande une pizza, mais il n’en demeure pas moins que nous ne sommes pas de simples pantins dont les fils seraient tirés par des pulsions qui nous dépassent. On ne contrôle pas tout, mais on contrôle un peu, et c’est important de le souligner dans une société de surconsommation où l’on aurait vite tendance à considérer les individus comme de simples poupées dont on pourrait indéfiniment stimuler de nouveaux désirs tyranniques (le dernier téléphone portable, le hamburger à trois étages, la plus belle fille du bar).
    2. Le désir est inséparable de son objet.
    Vous semblez conclure que le renoncement à l’exclusivité règle le problème de l’asymétrie du désir. C’est comme si le désir pouvait s’abstraire de son objet. Imaginons deux partenaires A et B. A n’a plus désir mais B en a encore. Pas de problème, A dit à B qu’il peut assouvir son désir à son gré, mais avec quelqu’un d’autre. « Mais A mon amour, ce que je désire ce n’est pas juste de faire l’amour/baiser/tirer un coup/…, c’est toi que je désire, c’est toi que j’aime, ça ne m’intéresse pas d’aller voir ailleurs ». Ah ben oui ! En général c’est comme ça. D’ailleurs, en général, ce n’est pas vrai que A n’a plus de désir, c’est juste que A n’a plus de désir pour B quand B en a encore pour A. Alors voilà, le problème de l’asymétrie n’est pas miraculeusement réglé par le fait qu’il n’y a pas de contrat d’exclusivité entre A et B. Ce n’est pas dramatique et ça n’enlève rien à tout ce que permet de gagner en épanouissement, en confiance, en expérience, de se débarrasser de ce vieux dogme de l’exclusivité. Mais ça ne va pas régler tous les problèmes non plus.
    Enfin voilà, une petite réflexion pour témoigner du plaisir de vous relire.
    Amicalement,
    Vi.

    • Je ne crois pas qu’on puisse faire un parallèle entre le désir pour un aliment ou un autre et le désir sexuel en général. Ou en tout cas, le parallèle que je fais, c’est que je ne peux pas me forcer à aimer les huîtres. Et que tout le monde peut me répéter à l’envi combien c’est un plat délicieux, et comment faire pour les apprécier, ça ne marchera probablement pas. Et il y a parfois des choses qu’on a adoré manger à une époque et qu’on trouve nettement moins appétissantes maintenant.

      Quant au côté inséparable du désir et de son objet, je dirais que je suis d’accord dans une certaine mesure. Mais je crois aussi que dans bien des cas, le malaise lié à l’asymétrie du désir dans un couple exclusif tient à ce que B n’a pas d’autre possibilité que A ou sa main droite ou un vibro pour satisfaire ses désirs bruts et en vient à mettre une pression de plus en plus inconfortable pour A. Si B avait d’autres possibilités, ça serait quand même moins dur (cf. l’axiome sur la force du désir sexuel) et pourrait alors mieux profiter des autres formes d’intimité avec A qu’il aime.

      • Salut Audren. D’abord, merci 🙂 (pour tout ça…).
        Je m’interroge moi aussi sur « renoncer à l’exclusivité sexuelle sans laquelle l’asymétrie n’est plus un problème. »
        Ce « raccourci » m’a étonné, car d’expérience, elle reste un problème, même sans exclusivité sexuelle.
        Nous sommes en « couple libre », l’exclusivité sexuelle n’a plus lieu. Je ne suis pas « en manque de sexe » en soi, puisque mes relations « extra conjugales » m’en apportent. Et pourtant, je suis toujours plein de désir pour ma chérie, et l’inverse n’est pas vrai.
        Je t’assure que c’est dur à vivre. Aujourd’hui, je travaille à un rééquilibre, qui consiste à me faire à l’idée qu’elle n’aura plus de désir pour moi, voir à ne plus en avoir pour elle (si quelqu’un a une idée…). Nos échanges permettent une stabilité et bon an mal an on avance, mais cet asymétrie a bien failli avoir la peau de notre couple ces dernières semaines.

    • En réponse à Vi. Et merci aussi pour les questions que tu as su réveillé en moi. Cette notion de désirs exprimés, désirs frustrés. Comme les émotions, on ne maîtrise aucunement ses désirs MAIS en peut et doit maîtriser l’expression de ses émotions / ses désirs, parce que nous sommes responsables de la manière dont on les fait vivre concrètement.

      Je ne suis cependant pas d’accord avec ton analogie végan. Dans le cas des animaux, on parle d’un désir humain qui entraîne une violence directe aux animaux, une attaque claire et nette de leurs libertés, sans leurs consentements.
      Alors qu’en terme de plaisirs charnels chez les humains, comme le disait Audren je n’empiète pas sur la liberté de mon conjoint. Si mon amour souffre de ma liberté, cette souffrance lui appartient, c’est certainement son ego qui lui joue des tours.

      Voilà pourquoi on ne peut pas comparer. L’un vise une attaque à la liberté fabriquant des souffrances, l’autre est une jouissance de sa propre liberté qui fait souffrir l’autre malgré-soi.

      Si je dois travailler sur moi pour ne pas exprimer certains désirs que je sais seront toxiques pour MOI, alors l’autre doit travailler sur lui/elle pour amoindrir ses douleurs égocentrées quand j’utilise mon propre corps à ma façon.

      (c’est seulement si je ne mets pas de préservatifs avec mes relations extra que j’attaque alors la liberté de mon conjoint).

      • J’ai déjà eu cette remarque à propos de mon analogie vegan mais elle a une faille : le tort que je cause aux animaux en mangeant de la viande, ce n’est pas à mon conjoint que je le cause (sauf si je mange mon conjoint). De la même manière que je ne cause pas de tort directement à mon conjoint en allant coucher avec quelqu’un d’autre (sauf si c’est pour l’humilier, si c’est sous son nez, si je lui fais prendre des risques démesurés côté IST, etc.).

        Si on ne regarde ici strictement que la relation et ce qui se passe entre mon conjoint et moi, l’analogie vegan tient la route, et ce que je fais en-dehors de la vie de mon couple ne regarde que ceux avec qui ou à qui je le fais.

        Si je veux trucider des bébés-vaches, cramer des combustibles fossiles ou faire travailler des enfants dans des usines de chaussures, ce n’est pas mon conjoint que ça regarde, c’est la société dans son ensemble. Si la société considère que c’est acceptable, c’est encore un choix qui me regarde. Et pas mon conjoint, puisque ce n’est pas sur lui que ça tombe.

        Ce qui n’empêche pas ledit conjoint de ne pas supporter de savoir que je tue des animaux, que j’exploite des enfants ou que je flingue la planète, et de partir. Mais sans me crier dessus.

      • Merci Xav pour ce commentaire. Je pense que mon analogie était source de malentendu, notamment parce qu’elle a déjà été utilisée sur ce blog (l’histoire de la fille vegan qui fait un scandale à son mec en découvrant des photos de lui mangeant des t-bones à un BBQ je crois). Mon propos portait seulement sur le fait que je crois que l’on peut, dans une certaine mesure, commander ses désirs.
        J’ai utilisé l’exemple du végétarianisme parce qu’Audren est familier des analogies gastronomiques, mais dans le cadre de cet argument, je n’ai pas besoin de porter un jugement normatif sur les raisons qui peuvent inciter quelqu’un à essayer de contrôler ses désirs. Peu importe que l’on souhaite prendre de la distance vis-à-vis de son désir de steak pour limiter la souffrance animale ou pour emmerder son voisin boucher. Je voulais seulement illustrer le fait que, contrairement à ce qu’on dit souvent, les désirs (et même les émotions) ne me semblent pas être absolument hors de notre contrôle.
        Quand tu dis qu’on ne maîtrise aucunement ses désirs mais que l’on peut en maîtriser l’expression, tu te places dans la situation du désir tyrannique qu’un surmoi gendarme permet de ne pas exprimer. Ca arrive souvent c’est sûr, mais je pense que cela génère de la frustration, et la frustration il en faut peut-être un peu, mais pas trop. Moi ce qui m’intéresse c’est la plasticité du désir.
        D’ailleurs, je pense qu’Audren et toi seriez tous les deux enclins à admettre que le désir d’exclusivité d’un partenaire jaloux est un problème pour la relation. Face à ce désir, je vois plusieurs options :
        1. Mettre fin à la relation;
        2. Exiger du partenaire qu’il contrôle l’expression de ce désir pour ne pas avoir à subir sa jalousie;
        3. L’encourager à « travailler » sur ce désir ou s’y engager avec lui, afin de l’aider à réaliser que ce désir n’est pas un élément essentiel de sa personnalité ou de la relation, qu’il est peut-être le symptôme d’autre chose, lié à la confiance en soi, en l’autre, à la peur de l’abandon, ou je ne sais quoi. Ce faisant, on ne veut pas juste que le partenaire censure un désir irrépressible (celui d’exclusivité), on veut aussi qu’il apprenne à évaluer et à réviser ses désirs, et, donc, on admet qu’il y a une certaine plasticité des désirs et que nous sommes, au moins en partie, responsables de nos désirs et pas seulement de leur expression.
        Ca semble peut-être un peu tiré par les cheveux, mais si on doit axiomatiser LFDLC (!), ça serait dommage de se coltiner un axiome aussi coûteux que celui-ci, et selon moi pas nécessaire au propos d’ensemble.

  3. Je suis pas d’accord avec tout ! (non je déconne). Le seul truc qui me chiffonne un peu c’est cette partie :
    «Et pourtant, s’agissant du sexe, il y a un vrai blocage culturel et l’ingérance semble encore être la norme. Non seulement on plaque souvent notre ressenti pour juger les vies sexuelles des autres, mais en plus on croit avoir un droit de regard sur le corps de notre partenaire — en tout cas quand il est question de sexe.»

    Je comprend bien la notion de marché auto-régulateur où si je suis pas content j’ai qu’à aller voir ailleurs, mais quand je suis avec une personne ou une autre, moi j’aime bien qu’on me donne un avis sur moi. Sur mon corps, est-ce que ça m’irait bien de me raser, de m’épiler, de me laisser pousser les cheveux ou de me percer le nombril. J’entend bien que ça ne doive pas devenir un chantage affectif ou une pression quelconque, mais il me semble qu’on a pas un « droit » de regard mais qu’on peut mutuellement s’octroyer des autorisations de discuter le corps de l’autre avec lui parce que mine de rien, je pourrais aller chercher un garçon ou une fille plus ou moins poilue ailleurs, mais c’est pas instantané de trouver des gens et comme les humains ne sont pas des produits, c’est pas si simple que ça de juste en changer si un petit truc nous titille…

    • Evidemment qu’on a le droit de dire ce qui plaît, ou bien surtout de demander à l’autre ce qui lui plairait. Mais attention que la frontière est assez fragile entre donner un avis bienveillant et mettre la pression (d’autant que l’autre peut ressentir un avis bienveillant comme de la pression, selon son passé, l’image qu’il a de son corps, etc.). Donc prudence quand même — je dirais qu’il faut d’abord passer par une phase où l’on prouve qu’on est toujours parfaitement bienveillant, qu’on ne dit jamais rien en mode passif-agressif avant de pouvoir s’aventurer à dire qu’on aime bien les mecs avec un peu moins de bide

  4. Je suis d’accord avec tout. En théorie. Pas sûre de pouvoir l’assumer. En pratique. 🙂
    Bonne Année !

  5. « Il faut voir que si nous existons aujourd’hui, c’est parce que depuis des centaines de millions d’années l’évolution s’est arrangée pour que la reproduction soit en haut des priorités de toute la succession des organismes vivants dont nous sommes les descendants. Dit autrement : les individus pour qui le sexe passait après le reste n’ont pas transmis leurs gènes. »

    Je trouve dommage cette justification évolutionniste d’un désir sexuel puissant, même si je suis assez d’accord sur le constat.
    En effet, le sexe ne suffit pas du tout à la reproduction de l’espèce humaine. A minima, il faut subvenir aux besoins du petit jusque 6 ou 7 ans ensuite avant qu’il puisse s’en sortir un peu seul. Alors qu’un coup tous les 2 ans peut suffire à faire 8 enfants dans une vie…

    • Ce n’est pas une justification, c’est une manière de comprendre pourquoi les envies sexuelles donnent parfois l’impression de bafouer toute rationnalité. Pourquoi une femme trompe son mari dans un pays où l’adultère est puni de mort ; pourquoi un homme politique se fait griller à coucher avec une stagiaire ; pourquoi un pasteur homophobe se retrouve dans le lit d’un prostitué gay. Ils ont tout à y perdre et ils le savent et ça ne les empêche pas

      Mais je suis d’accord que si c’était juste pour la reproduction, il suffirait que le désir sexuel soit très fort à peu près une fois tous les quatre ans. C’est peut-être d’ailleurs ce qui se passait quand les femmes allaitaient et portaient leurs enfants jusque vers 3-4 ans (lire à ce sujet « Sex at Dawn » de Chris Ryan et Calcilda Jetha).

      • Les envies sexuelles bafoue régulièrement toute rationalité. Je ne pense pas que l’on puisse comprendre pourquoi de manière rationnelle 🙂
        En particulier, je pense que la réponse :  » parcequ’il y en a eu besoin pour la survie de l’espèce » est probablement une réponse fausse.
        Ceci dit, l’Homme est bien moins souvent rationnel que ce qu’il voudrait bien croire.
        Et je pense que la question : « pourquoi se comporte t il de manière rationnelle parfois ? » qui est plus intéressante.

  6. Pfiou.. Moi je suis d’accord à fond à chaque fois, je suis vraiment heureuse de t’avoir rencontré… MERCI. J’espère petit à petit assumer, j’y travaille et je me régale 😉

  7. Pingback: Lien Externe: les axiomes de la crémière | L'Amour avec plusieurs A·

  8. Ravi de te lire à nouveau Audren !

    Me revendiquant poly, je souscris complètement à l’axiome prévoyant que « je fais ce que veux avec mon corps ».

    Pour autant, je bute sur une phrase extraite du paragraphe correspondant :
    « Et donc (et c’est là que je vais plus loin que la plupart des polyamoureux), je conteste la légitimité et donc la validité de l’engagement d’exclusivité sexuelle. »

    D’abord parce qu’il y a une imprécision me semble-t-il sur ce que tu veux dire. Le poly-amour, soit « amours multiples » étymologiquement, prévoit la non exclusivité, y compris sexuelle, dès lors que tous les protagonistes sont ok. En cela, comme toi, « ils contestent la légitimité et donc la validité de l’engagement d’exclusivité sexuelle ». Cela étant, il peut arriver qu’au sein d’un groupe de personnes en relation les unes avec les autres, des polys s’engagent à (et exigent des autres de) ne pas avoir de relations au delà de ce cercle d’intimes. Ce que certains nomment poly-fidélité. Tu vas plus loin qu’eux dès lors que tu ne fixes pas de limites à la non-exclusivité, le droit à disposer de son corps étant, dis-tu, inaliénable. Est-ce bien ce que tu voulais signifier et à ces polyamoureux-là que tu pensais ?

    Si c’est le cas, j’ai un autre problème avec cette phrase : même si je ne dispose pas de chiffres pour étayer ce que je vais dire, je ne pense pas que « la plupart » des polys soient adeptes d’un modèle de poly-fidélité, autrement dit de non exclusivité sexuelle restreinte.

    • Non, je dis que je vais plus loin que la plupart des polyamoureux parce que :
      – ils disent généralement que dans le cadre du polyamour c’est OK d’aller voir ailleurs parce que tout le monde est au courant et tout le monde est OK, donc ce n’est pas de l’adultère => je dis qu’on s’en fout, je fais ce que je veux avec mon corps.
      – ils disent généralement qu’ils ne contestent pas le modèle du couple exclusif et qu’ils respectent l’engagement d’exclusivité pour les autres, que chaque couple fait comme il l’entend si c’est ce qui lui convient, dès lors que l’engagement est pris en connaissance de cause => je dis que je respecte la monogamie « de fait » (ça serait très tordu de vouloir forcer les gens à avoir plus d’un(e) partenaire, ni même plus de zéro partenaire, d’ailleurs) mais que l’engagement d’exclusivité est illégitime, même quand c’est spontané, puisque le droit à disposer de son corps est *inaliénable*.

      • Le droit à disposer de son corps est inaliénable, parfaitement d’accord.
        Mais aujourd’hui encore, disposer de son corps comme on le souhaite c’est faire courir un risque social au conjoint qui nécessite son accord, et une réciprocité (évidente). Même si l’engagement d’exclusivité est illégitime, il est la norme. Or le monde est petit et tout finit par se savoir. J’estime que celui qui entend disposer de son corps comme il le souhaite a le devoir d’en informer son conjoint au titre d’un préjudice potentiel en terme d’image. Même si c’est complètement crétin qu’on en soit encore là.

      • Je suis d’accord. Mais c’est un peu le même raisonnement qui fait dire qu’il vaut mieux faire gaffe à comment on s’habille quand on sort le soir quand on est une fille, pour éviter d’avoir des ennuis.

        C’est bien là que le bât blesse : le grand écart entre d’un côté un pragmatisme de bon aloi (si je sais que mon mari risque d’avoir des soucis au boulot si le bruit court qu’il est cocu, je vérifie qu’il ne m’en tiendra pas responsable / si je soupçonne que ma tenue peut m’attirer des ennuis dans la rue, je calme un peu le jeu même si mon choix vestimentaire est mon choix le plus strict) et de l’autre des principes de liberté indiscutables.

        C’est pour ça que je pousse autant que je peux dans le sens de la liberté — en espérant qu’un jour le grand écart sera moins douloureux.

      • C’est drôle cette facon de considérer cette exigence de sincérité comme une concession…
        Mais je comprends ta colère contre une transparence « de principe » et non « de fait » 🙂

      • Bonjour, je ne suis pas tout à fait d’accord sur l’illégitimité de l’engagement d’exclusivité : pour moi le problème réside dans le fait que l’exclusivité est devenu aujourd’hui une condition à une relation, quand il n’est en réalité qu’une des multiples conséquences possibles d’une relation fonctionnelle (tout comme l’est … tout le reste !).
        Donc que l’on prenne l’engagement de l’exclusivité, tout comme prendre l’engagement de la non-exclusivité, c’est le terme d’engagement qui me pose problème. Pourquoi la nécessité d’un contrat entre les êtres, c’est une question à laquelle je n’ai pas encore de réponse.
        Secondement, de ce que je sais (c’est à dire, pas grand chose, quelques souvenirs de première année de médecine) la libre disposition de son corps n’est pas un droit inalliénable, ou en tout cas, pas totalement puisque tu ne peux pas vendre ton rein droit. Tu me diras, je pinaille, puisque dans les faits je suis d’accord avec toi.

      • Certes, je ne peux pas vendre mon rein mais je peux choisir de le donner. Et je ne peux céder à personne le droit de décider à ma place si je le donne ou non.

  9. Bien heureuse de vous relire 🙂
    Je suis totalement d’accord avec un des derniers paragraphes, sur le couple : si vivre en couple n’est pas mélioratif pour les deux membres, alors autant vivre seuls.
    Mais pour assumer ça, face à une société qui privilégie la quantité sur la qualité, il faut être conscient, libre, mûr, sûr de soi et de ce qui est bon pour soi. Et c’est déjà un job en soi, si vous voulez mon avis.

  10. Brillant. Et puissamment libertaire. Une question : quand on aime, peut-on vraiment s’empêcher d’être jaloux ? J’adorerais assumer un « éclate toi chérie ce soir » mais tout en moi crie non. Est-ce juste un conditionnement social ? Ou la jalousie et le sentiment de propriété sur l’autre (horrible à dire mais c’est bien le principe de l’amour jaloux) sont bêtement humains ?

    • C’est très humain mais je pense qu’on peut se désensibiliser petit à petit. Et ce d’autant plus facilement que l’autre a la possibilité de nous prouver que le ciel ne nous tombe pas sur la tête quand on ne se crispe pas sur les question d’exclusivité. Ce truc là est auto-réalisateur dans les deux sens : hyper-jaloux = je pète un câble préventivement, l’ambiance ne sera jamais sereine pour en discuter et la moindre aventure prendra des proportions indémerdables ; zen (avec un peu d’attention des deux côtés pour y aller mollo et pas se faire pousser du haut de la falaise dans l’eau glacée) = on se rend compte que ça peut très bien se passer, et à force ça devient presque un non-événement.

    • Je soutiens qu’en Occident, la jalousie, c’est plus une « peur de perdre » (son conjoint ou sa réputation au sein de la société) qu’un sentiment de propriété (le mot « possessivité » vient de ce malentendu, d’ailleurs).
      J’en ai déjà parlé ici, d’ailleurs, et Audren avait eu l’air intéressé 😉
      https://lesfessesdelacremiere.wordpress.com/2014/12/18/infidelite-apprivoisons-la-jalousie-parcours-de-lecture/comment-page-1/#comment-3676

    • @Flo MaTa :
      La jalousie est exacerbée par le conditionnement culturel et social, mais ça reste une émotion. Une émotion étant un indicateur, il s’agit d’apprendre à l’utiliser pour chercher comment réduire son ego (construction purement sociétale), et améliorer ensemble la situation avec son/sa partenaire en bienveillance.

      Je préfère viser une jalousie constructive, plutôt que l’extinction de toute émotion jalouse (trop utopique).

  11. L’injonction au sexe est aussi naturelle que l’injonction à la monogamie, ou encore l’injonction à enfanter, ou les injonctions genrées…
    Non, il n’y a pas de pulsion sexuelle dangereuse chez tout le monde. Attention à ce qu’on insinue. Attention à la culture du viol, notamment du viol conjugal.
    Et non, tout le monde ne souffre pas d’un dangereux couvercle sur sa vie sexuelle. L’asexualité, la greysexualité, ça existe.
    Merci de ne pas généraliser une norme sociale par des théories naturalistes foireuses, du même genre que celle qui justifient des normes sexistes.
    Cet axiome m’agresse.

    • Justement, je suis très sensible à la diversité des expressions sexuelles et je fais toujours attention dans ce blog à ne pas normaliser une forme plutôt qu’une autre.

      C’est bien pour préciser justement que ce n’est pas vrai de tout le monde que l’article dit « pour une majorité de personnes ».
      Mais c’est vrai de suffisamment de monde pour faire les choux gras des tabloïds, rien qu’avec les frasques de personnes publiques qui sont censées agir rationnellement et qui savent parfaitement qu’elles ont toute leur carrière à y perdre.

      L’objet de l’axiome n’est en aucun cas une justification de quelque comportement que ce soit — nous sommes toujours responsables de ce que nous faisons — mais le constat qu’on a à faire à quelque chose qu’on ne peut pas mettre benoîtement sous le tapis.

    • Merci de l’avoir relevé, ça ne me met pas tout à fait à mon aise non plus en tant qu’asexuelle.

  12. Ce blog traite essentiellement des aspects juridiques, philosophiques et politiques de la liberté sexuelle et affective, et s’attaque donc de façon pertinente à l’  « ordre moral établi ».
    Mais dès qu’on touche aux aspects neurologiques ou « évolutionnistes », on court le risque de rentrer dans des débats qui aujourd’hui, malgré l’abondance de littérature sur le sujet, sont plus du registre de la « foi ».
    Quel est la part de l’innée et de l’acquis dans les comportements sexuels de chacun ?
    Est-ce que cela a un sens de vouloir trancher cette question ? Seulement pour les personnes qui tiennent à normer et à réglementer la sexualité dans nos sociétés.

    Pour revenir à la question du désir, les êtres humains semblent avoir une libido « innée », mais une sexualité acquise. Quand les « enfants sauvages » sont en âge de se reproduire ils ne montrent apparemment pas d’appétence sexuelle pour les partenaires qu’on leur propose. On peut dire je pense que le désir est là, mais qu’il n’a pas nécessairement d’objet, ou en tout cas que cet objet n’est pas nécessairement un sujet ou que le désir n’est pas nécessairement sexuel.
    L’envie de sexe est à mon sens à rapprocher de l’envie de fumer, à ceci près que l’envie de fumer est à 100% acquise, dans tous les cas. Mais une fois que l’on a commencé à fumer, le désir est là, et souvent à vie. Pourtant, s’il est souhaitable d’arrêter de fumer pour des raisons de santé, personne ne considère que fumer 1 paquet de cigarette par jour est une névrose inacceptable. Le tabac, le sexe, la danse ou la viande rouge sont toujours une compensation d’autre chose, mais chaque individu est en droit de souhaiter ou non vivre avec ses petites habitude (je ne parle pas d’addiction). Et on peut souhaiter freiner son appétit sexuel ou pas, le développer ou pas.
    L’important est de connaître ses propres limites, et que chacun soit libre de régler la balance bénéfices / risques comme il le souhaite. Le sexe ou le sentiment amoureux font partie des nombreuses façons de projeter sa libido sur un objet. Mais ce ne sont pas les seules. Or il est vrai que dans nos villes il est mieux perçu d’être une fille facile que de rester volontairement « vieille fille ». Les femmes sont stigmatisées dans les deux cas. Et il est encore pire pour un homme d’assumer son peu d’appétence pour la chose sexuelle. C’est injuste. Il n’est pas malsain de vivre sans sexe (même s’il faut penser à soigner sa prostate tout de même! :-)). C’est de se refuser à vivre des émotions qui est malsain.
    L’important de toujours rester en mouvement, de ne pas forcément s’arc-bouter sur une position d’équilibre certes difficilement conquise. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve disait Héraclite. Et la découverte de soi est un plaisir perpétuel, qu’on perd un peu en versant trop dans un militantisme cloisonnant.

  13. J’aime beaucoup cet article et je suis d’accord avec (presque) tout.
    Bon là j’entends tout le monde dire « justifies, justifies !! » alors je justifie (un peu, pas le temps de faire un article à mon tour 🙂 )

    Le droit de disposer de mon corps est inaliénable. Tout à fait d’accord. Donc si je dispose de mon corps même sans prévenir mon partenaire, j’ai le droit. Ok. Pas de soucis pour moi.

    Mais le droit de disposer de mon corps est inaliénable. Donc j’ai bien le droit de décider que j’ai envie de réserver mon corps à qui je veux, pour ce que je veux et le temps que je veux non ? Même si je veux réserver mon corps à une seule personne pour faire du sexe d’une seule façon une fois par mois ? J’ai le droit ou pas ?

    Bien sur, le droit à disposer de mon corps étant inaliénable, je peux changer d’avis, quand je veux. En prévenant ou pas mon partenaire.

    Mais je ne crois pas juste de dire que l’engagement d’exclusivité est illégitime par principe. L’obligation d’un tel engagement est illégitime, ok. Mais volontairement et en conscience, dites moi si je me trompe … mais chacun fait bien ce qu’il veut de son corps non ? 😉

    • Le principe d’un droit *inaliénable*, c’est qu’on ne peut pas y renoncer au profit d’un autre, même « volontairement et en conscience ».
      Donc un engagement dans lequel je dis à l’autre « je m’engage pour toi à m’abstenir de faire xxxxxxx avec mon corps » est illégitime puisqu’il s’agit d’une aliénation partielle du droit à disposer de mon corps. Je sais, je pousse le concept à l’extrême, mais c’est l’idée.
      L’*engagement* monogame est illégitime. Le fait d’être monogame –ou nulligame– ne l’est évidemment pas. Donc je crois qu’on est d’accord.

      • OK je comprends mieux, merci. Mais je n’adhère toujours pas vraiment. J’ai vraiment la sensation de perdre ma liberté si je n’ai pas le droit d’y renoncer de moi même (et le droit de revenir sur ce renoncement bien sur). Donc inaliénable ne me convient pas (je suis allée regarder à nouveau la définition du coup !), je ne sais pas trop quel mot me conviendrait du coup. Bref, je fais ce que je veux quoi lol.

      • J’ai réfléchi à une autre chose concernant cette idée de droit inaliénable : si le droit à disposer de son corps est inaliénable, alors l’engagement volontaire et libre d’exclusivité est illégitime mais alors les pratiques de soumission sexuelle le sont aussi : je ne peux pas décider de laisser une autre personne disposer de mon corps/diriger les actes de mon corps même temporairement vu que le droit à disposer de son corps est inaliénable donc la soumission sexuelle volontaire est illégitime. Même chose pour le sexe payant, illégitime aussi dans ce cas.
        Non vraiment, j’ai beau faire des efforts pour essayer de comprendre et d’adhérer, plus j’y pense et moins je suis d’accord en fait. Je pense que le droit à disposer de son corps est personnel, dans le sens que seul la personne qui possède ce corps peut décider pour ce corps. Mais que du coup, il est légitime qu’une personne décide de limiter son droit, si et uniquement si elle le fait réellement librement (ce qui est souvent douteux dans le cas de l’exclusivité sexuelle dans un couple, on est d’accord sur ça, mais en théorie ça peut exister et même ça doit exister).

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  17. Je réagis tardivement parce que j’avais loupé cette note (désolé !) et j’ai poussé un grand et long cri d’indignation en découvrant ces « axiomes » cité sur un autre blog.

    Donc, puisqu’il faut préciser avec quoi l’on n’est pas d’accord, voici ma réponse circonstanciée.

    Déjà, parler d’axiome est, à mon avis, une petite provocation puisque, selon la définition (dans son acceptation scientifique), ce terme désigne un énoncé « évident, non démontrable, universel ». Or tu reconnais toi-même que tes axiomes vont à contre-courant de la pensée majoritaire. Et ça serait bien commode de les poser comme « non démontrables ».
    Le terme de postulat serait donc plus approprié.

    « Le sexe n’est pas de nature différente »
    Eh bien, je ne suis pas d’accord. Par les émotions qu’il suscite, le sexe ne peut se comparer avec d’autres sources de plaisir. Même si on peut s’amuser à parler d’orgasme devant une œuvre d’art ou une sublime pâtisserie, l’orgasme au sens premier n’est provoqué que par l’activité sexuelle (NB : une éjaculation nocturne n’est pas un orgasme 😉 et le sentiment amoureux ne ressemble à aucun autre non plus. Ah ! J’ai fait le rapprochement entre amour et sexe… on y reviendra !
    Pour revenir sur la conclusion de ton paragraphe, c’est justement sur ces comparaisons dont tu uses et abuses que, régulièrement, je viens battre le fer en commentaire !

    « Les sentiments ne sont pas observables »
    « Les hommes comme les femmes viennent de la Terre »
    Ça me va ! (Heureusement, il y a des sujets sur lesquels nos perceptions sont semblables ou proches ^^)
    Notons quand même qu’il y a quelques différences entre les hommes et les femmes qu’on ne peut pas réduire à des points de détail. Je reste frappé par les propos d’une amante qui m’avait dit « Dans un coup d’un soir, l’homme a quand même une plus grande probabilité d’arriver à jouir que la femme » (il y a évidemment des contre-exemples mais l’accès au plaisir sexuel, différent entre les deux sexes a un impact sur la sexualité – et ça, c’est un axiome !).

    Le désir sexuel est plus puissant ce que qu’on veut croire
    Je suis plutôt d’accord, même si l’énoncé manque de rigueur scientifique (qui est ce « on » ?). Et pour moi, cet axiome entre en contradiction directe avec le premier, où tu entendais banaliser le sexe.

    Je fais ce que je veux avec mon corps
    Je suis d’accord, bien sûr, mais il ne faut pas oublier que nous vivons dans un espace-temps. Notre corps occupe l’espace, et le temps que nous accordons à faire quelque chose n’est pas occupé à faire autre chose. Si je passe la nuit ailleurs que dans le lit conjugal (c’est un exemple), j’ai disposé de mon corps et de mon temps mais j’ai aussi, indirectement, impacté l’espace-temps de mon conjoint.
    Pour le dire autrement : nous ne pouvons pas considérer ce que nous sommes en tant qu’individu sans prendre en compte nos interactions avec autrui. L’individu se place dans un espace social.

    Le désir ne se commande pas
    Certes. Mais il peut, dans certaines mesures, se contrôler. On peut l’étouffer, le nier, ou lui laisser libre court. Et ça, c’est de l’ordre du choix.

    Un engagement n’est pas un pacte avec le diable
    Oui, bon, là aussi, une reformulation plus neutre serait bienvenue 🙂
    Mais, oui, les engagements relationnels sont révocables !

    Personne n’est obligé de rester
    Tout n’est hélas pas une question de volonté. Il y a des situations matérielles qui s’imposent à nous. Je connais plusieurs exemples de couples « dissous » qui sont restés sous le même toi, parfois même dans le même lit, faute de pouvoir organiser matériellement leur vie différemment.
    « On n’a pas besoin de raisons ni de justifications » est aussi symptomatique d’une vision du monde où l’on est peu attentif à l’autre – et ça me chagrine.

    Les enfants s’en fichent
    Voilà une vision entre déni et bisounours que je trouve totalement aberrante !
    Donc les enfants sont sensibles à leur environnement (comme les adultes, d’ailleurs) et ça ne leur est pas égal d’être entourés de parents aimants ou s’engueulant en permanence, absents ou présents, attentifs ou négligents, etc.
    Tout ça pour alimenter la théorie selon laquelle « se séparer n’a aucune importance, aucun impact » qui nie une fois de plus tout ce que nous engageons avec autrui dans le principe de vie commune.

    On ne se doit rien
    Peut-être le sujet avec lequel je suis en désaccord le plus profond.
    La première chose que l’on doit à l’autre, c’est de l’attention, a minima, et si l’on est plus généreux : de la bienveillance, de l’affection… L’idée de la liaison (amoureuse) sans lien, sans devoir associé, je la trouve vouée aux plus cruelles désillusions. Quelle triste façon d’envisager la relation avec autrui.

    Le couple n’est pas plus important que les partenaires
    Il faudrait que tu définisses ici le « couple » et en quoi il se distingue des « partenaires ». Je fais ici l’hypothèse que tu parles d’un couple comme « deux partenaires partageant un même toit » par opposition à « deux partenaires ne partageant pas le même toit ».
    Ben si tu ne fais pas de hiérarchie entre les deux, une fois de plus, je pense que c’est un total déni d’une réalité objective : quand on partage un toit, on partage beaucoup plus de choses qu’avec un partenaire éloigné. Du temps, en principe. Des impôts locaux. L’économie du foyer.
    Tu fais une distinction entre la relation de couple et tout ce qui l’accompagne (patrimoine, famille). Mais c’est juste indissociable ! Tu ne peux pas, par exemple, dire : OK, gardons notre couple et nos enfants, mais pas notre toit (je ne parle pas de déménager évidemment). Ou « gardons notre couple et notre toit, mais pas notre famille ».

    • Pas étonnant que tu sois souvent en désaccord avec ce que j’écris si tu pousses un cri d’indignation devant la moitié des éléments qui fondent ma réflexion 🙂
      Cela dit, je comprends tes réticences,dans la mesure où elles sont plus ancrées dans une « réalité terrain » là où mes axiomes sont davantage des principes abstraits qui orientent une certaine forme d’idéal. Quand je dis par exemple que les enfants s’en fichent, je veux dire qu’ils s’en fichent de qui couche avec qui, pas de qui s’aime ou qui s’entend avec qui. Et dans la vraie vie, ces aspects sont assez intriqués — mais en théorie (et en particulier quand on fait abstraction de la construction de couple cohabitant et exclusif à l’occidentale et qu’on imagine davantage un mode de vie plus collectif où le couple n’est pas la cellule de base, ni économique, ni sociale, alors les enfants ont davantage la possibilité de s’en fiche.
      Autre exemple : on n’est pas obligé de rester. Je parle d’obligation morale. Les contraintes matérielles compliquent tout, évidemment
      Quant au désaccord sur « on ne se doit rien », j’avais couvert le devoir d’assistance et de bienveillance à la fin du paragraphe « on n’est pas obligé de rester ». Ce que je veux dire c’est que ce n’est pas parce qu’on s’est aimés et que tu m’as donné beaucoup que je te dois du sexe, des sous, trois ans de cohabitation supplémentaires. Comme quand un enfant majeur veut quitter le foyer. Sinon ça laisserait penser que l’attention qu’on portait à l’autre était calculatoire.
      Donc il nous reste essentiellement notre désaccord central sur la différence de nature ou de degré entre le sexe et le reste. Moi je dis que puisqu’on ne peut pas définir de limite non-ambigüe, une température de changement de phase en-deçà de laquelle c’est anodin et au-delà de laquelle c’est clairement du sexe, ça ne peut pas être une différence de nature. C’est donc une différence de degré, dans un continuum tellement vaste que ses extrêmes ont l’air absolument incomparables. Comme le continuum des espèces entre les procaryotes et les primates, sans qu’on puisse tracer une ligne et dire que la conscience commence là. Et personne ne prétend qu’un concombre de mer et un épaulard peuvent se comparer.

    • Quant à la définition des axiomes, je la prends dans son sens mathématique le plus restreint comme propositions de base postulées comme vraies et qui consitutent le socle d’une théorie. Ils n’ont jamais besoin d’être évidents (cf. l’axiome des droites parallèles en géométrie non-euclidienne), il suffit juste qu’ils ne causent pas de contradiction interne.

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