Ne jamais demander ni croire les raisons d’un largage

Quand l’un des deux veut mettre fin à une relation, on croit normal de formuler des causes, de demander des raisons. Je pense que dans la plupart des cas, vouloir expliquer est ou vain ou piégeant

Ne pas chercher à savoir... (ref. photo thenailpaintbox sur deviantart.com)

Ne pas chercher à savoir… (ref. photo thenailpaintbox sur deviantart.com)

Des goûts et des couleurs…

-Pourquoi tu n’aimes pas les huîtres ?
-Pourquoi Gilles Vignault et pas Robert Charlebois ?
-Pourtant tu aimais bien le farniente à la plage, au début…

A l’époque où j’écoutais Le Masque et la Plume, j’avais peu à peu fini par me convaincre que la critique de cinéma était un vaste exercice de mystification. Comme tout le monde, ces cinéphiles professionel-le-s avaient regardé le film avec leurs tripes (et j’en veux pour preuve la surenchère de superlatifs employés dans leurs interventions, ainsi que leurs avis souvent diamétralement opposés) mais s’appliquaient ensuite à invoquer leur immense culture et expérience cinématographique pour rationaliser ce ressenti et donner l’illusion que leur opinion était le résultat logique d’un processus d’évaluation froidement objectif. Alors ils brossaient une explication parfaitement crédible de pourquoi ils avaient immensément apprécié ou parfaitement détesté tel ou tel film. Mais je n’étais pas dupe : il s’agissait toujours visiblement d’une rationalisation post hoc. En dépit de leur professionnalisme, il leur était impossible de déconnecter leur réaction initiale profonde, laquelle échappait au verbe et même à la conscience.

Il y a de nombreux sujets où notre conscience, plutôt que d’admettre qu’elle est dépassée par les événements, s’efforce d’appliquer à la va-vite un vernis rationnel sur un ressenti profond parfaitement mystérieux. Et ainsi, il est souvent vain de prétendre comprendre d’où nous vient telle attirance ou telle répulsion. S’agissant des goûts culinaires ou artistiques, c’est déjà très très hasardeux. Mais s’agissant des attirances sexuelles ou du sentiment amoureux, c’est le plus souvent totalement illusoire de vouloir rationaliser.

Pourquoi tu ne m’aimes plus ?

-Pourquoi n’as-tu plus envie de moi ? Est-ce que c’est à cause de —- ?
-Pourquoi ne veux-tu plus qu’on se voie ?
-Pourtant hier encore…
-Dis-moi ce que j’aurais dû faire autrement : j’ai besoin de comprendre pour faire le deuil de notre histoire

C’est vain de vouloir rationaliser, et pourtant c’est exactement ce que l’on essaie de faire quand on tente d’expliquer l’amour ou le désamour.

Et je dis qu’à part quelques cas où la chose est évidente ou bien quand quand nous avons su en discuter longuement auparavant, on ne devrait jamais demander les raisons d’un largage, et quoi qu’il arrive on ne devrait jamais les croire. Et je m’explique selon les cas de figure.

« Dis-moi ce que j’aurais dû faire différemment. »

Premier cas de figure : il y a objectivement quelque chose qui cloche, humainement ou sexuellement.

Parfois c’est ça la cause profonde du désamour, généralement pas (moi je dis que le plus souvent, c’est plutôt le désamour qui révèle l’incompatibilité) : mais dans les deux cas, ça finit par être un vrai obstacle à la poursuite de la relation.

Cependant cette chose qui cloche est rarement une tare dans l’absolu ; sinon tu serais probablement déjà au courant. C’est très souvent simplement une histoire de compatibilité. Une odeur, une attitude, un geste, un style vestimentaire : ce qui a fini par me gêner pourra très bien être immensément apprécié par un-e autre. Et donc dire « tu n’embrasses pas bien », « tu parles trop de toi », « je te préférerais avec une taille plus fine » ou carrément « tu me plaisais davantage quand tu avais tous tes cheveux », ça peut faire beaucoup souffrir l’autre et son estime de soi (cet autre qu’on est en train de larguer), sans avoir aucun caractère productif puisque :

  1. le mal est déjà fait (et il y a zéro virgule zéro chances que corriger ce qui est reproché puisse ramener l’amour ou le désir)
  2. le reproche est strictement subjectif : ce que je n’aime pas, une autre personne pourra au contraire l’aimer un peu ou beaucoup.

« Tu as rencontré quelqu’un, c’est ça ? »

Second cas de figure : il y a une tierce personne dans le tableau. Même s’il est stupide de mentir à ce sujet, je trouve que c’est un gros piège de s’attarder sur cette rencontre en tant que raison de la séparation, tant nos réflexes culturels idiots pourront te faire du mal à au moins deux niveaux :

  • de mon côté : l’herbe a l’air plus verte ailleurs et même avec les meilleures intentions du monde, je ne serai pas objectif si tu me demandes ce que je lui trouve par rapport à toi ou ce que tu fais moins bien.
  • de ton côté : même si j’arrive à éviter de jouer le jeu des comparaisons, l’idée que tu vaux moins que l’autre risque quand même de t’imprégner et de grignoter ton estime de toi.

Et puis ce n’est pas toujours très réglo qu’on se serve de l’autre comme bouc émissaire émotionnel — alors que probablement je serais parti tôt ou tard et cette rencontre aura simplement hâté l’issue.

« Pourtant, ça se passait plutôt bien… qu’est-ce qui s’est passé ? »

Troisième cas de figure : j’ai beau me creuser le ciboulot, je ne vois rien de concret comme raison à invoquer. C’est d’ailleurs déjà un lourd questionnement pour moi, tellement on nous fait croire qu’il y a forcément une raison derrière la perte du désir ; qu’il faut nécessairement un motif pour avoir le droit de prendre ses distances ; que si on n’a pas d’explications, alors c’est soit qu’on est encore amoureux, soit qu’on ne l’a jamais vraiment été ; que celui ou celle qui part sans pouvoir produire une raison valable de désamour est un-e horrible égoïste qui aime faire souffrir les autres.

Tout ce que je sais, c’est que je n’ai plus envie de vivre avec toi, et que je me sens déjà suffisamment salaud de devoir te faire souffrir en te le disant. Si en plus tu m’implores à genoux pour que je te donne des raisons alors que je n’en ai pas ; ou si tu m’accules en refusant ma décision tant que je n’ai pas de raison objective à invoquer ; alors juste pour te satisfaire ou me tirer d’affaire je risque d’inventer un truc bidon, ou bien de monter en épingle un détail totalement anodin. Non seulement ça sera faux (et peut-être inutilement blessant) mais en plus ça renforcera l’idée qu’il faut toujours une raison pour vouloir s’éloigner de quelqu’un.

« Tu peux quand même pas partir comme ça ! »

Dernier cas de figure : tu es un psychopathe, un pervers, un manipulateur, un violent, un gros connard. C’est déjà suffisamment difficile pour moi d’arriver à m’extirper de cette relation sans y laisser trop de plumes, je n’ai pas envie de prendre un risque supplémentaire en me lançant dans un argumentaire perdu d’avance.

Épilogue

On me chuchote à l’oreille que je serais en train d’omettre sciemment les cas de figure où discuter desdites raisons pourrait être bénéfique à tous les deux. Ça peut arriver, quand la parole est libre, l’écoute est sereine, en toute bienveillance, lucidité, maturité.

Mais sur le coup, quand l’émotion de la séparation est bien vivace, je pense que c’est excessivement rare. On sera chacun bien plus capable de s’exprimer et de s’écouter quand l’eau aura un peu coulé sous les ponts.

21 réponses à “Ne jamais demander ni croire les raisons d’un largage

  1. D’accord avec 99.9% du contenu. Sauf « le mal est déjà fait (et il y a zéro virgule zéro chances que corriger ce qui est reproché puisse ramener l’amour ou le désir) » >> Par expérience, mon désir peut s’éteindre parce que j’ai laissé s’installer chez l’autre des comportements qui ne me convenaient pas, et qu’il est capable de modifier. (trop de bisous, trop de collage, par exemple). Dans ces cas-là, verbaliser le truc à l’autre, s’il est modifiable, peut relancer le désir😉

  2. Venant de me faire larguer ton article me parle. Cetait inattendu sans preavis sans raison particulièrement rationnelle. C’est très dur de le laisser partir, très dur de laisser cet amour derrière moi, de ne pas my accrocher…..
    Merci pr ton article. Je crois que les chagrins d’amour sont un entraînement au lâcher prise.

    • Je pense que ça ressemble un peu au besoin d’explications divines ou métaphysiques quand on perd un proche.
      Alors on n’a qu’à dire que Cupidon est un gros nase qui n’a jamais su gérer son SAV, que tout est de son fait et qu’on l’emmerde et que ça va pas nous empêcher d’être heureux-se, avec ou sans excuses du service clientèle.

  3. Parfois on pense que l on n aime plus ….et puis parce que justement on a parlé et avance sur soi on s aperçoit que l autre ni et pour rien que Ç est nous que nous n aimons plus …..un petit tour dans les champs d à côté ou deux petits tours .,.et au final on se rend compte que si l autre on l aime …vraiment vraiment énormément …….

  4. Très bon article.
    L’explication ou la justification pour certain(e)s semblent cependant indispensables.
    Pour celui ou celle à l’initiative, la raison peut être double. S’entendre dire ce qu’il reproche à l’autre pour l’acter. On peut y penser, mais, le verbaliser marque le coup d’arrêt. L’explication peut aussi lui faire penser que l’autre gardera, si ce n’est un bon souvenir, au moins une image « positive ». Passons les arguments fallacieux, bidons, les excuses foireuses, le moment est toujours délicat, pas forcément annoncé… Et même s’il l’est, l’autre espère toujours que. Alors si la rupture de tout lien, sans crier gare, vous garantit le qualificatif (poli) de « gougeât » (notez ma pudeur), il est toujours bon pour certains de penser qu’ils se sont retirés avec … classe…. Oui… le croire… Car malgré la forme, il reste le fond. Et l’autre risque très vite de balayer d’un revers de main cette précaution, tant la situation (par les explications données ou la rupture qui s’en suit) lui sera désagréable. Mais au moins, on aura tenté…
    Pour celui qui « reçoit », lorsque, comme je le disais, il ne s’y attendait pas, il y a un sentiment d’incompréhension qui appelle forcément à la recherche de l’Explication. A double titre là aussi. Déjà, dans le contexte de cette relation, pour savoir ce qui a « cloché ». Il y a forcément une remise en cause, une blessure dans l’égo. En est-il la cause unique (rarement) ? Ai-je le « gêne » ? On s’investit tous dans une relation, ou alors elle est purement sexuelle ou superficielle. Et encore. Voir son implication foulée au pied, anéantie, ce n’est jamais agréable. Alors il reste toujours le pourquoi.
    Après, comme vous le soulignez, il reste la pertinence, l’authenticité des explications données. Certains auront du mal à les dire clairement. Honte ou futilité des causes, qui n’en restent pas moins des causes. Peur de blesser l’autre ou tout simplement, envie d’en finir une bonne fois pour toute !
    Je préfère qu’on prenne la précaution (la peine ?) de verbaliser. Ensuite, on pondère ce qu’on vous annonce, en plus ou en moins. Car la lucidité dans ce moment n’est pas de mise. L’émotionnel dicte sa loi.
    Et de se consoler en se disant qu’on n’est pas l’homme ou la femme d’une seule personne. Comme vous le dites à juste titre, ce qui peut déplaire pour l’un peut plaire à un autre. La seule certitude, c’est que le clash a eu lieu.

  5. Je n’ai pas été dans une relation de couple depuis longtemps, mais j’ai été amoureuse d’un homme avec qui ça n’a pas été réciproque. Le souci, c’est qu’il m’a donné plein d’excuses bidons auxquelles je ne croyais pas parce que pour moi, il y avait une solution à tout. Ce n’est que plusieurs mois plus tard qu’il m’a avoué que je ne lui plaisais pas, tout simplement. C’était LA réponse que je voulais entendre, même si c’était celle qui faisait le plus mal, mais c’était la vérité au moins. Il n’y avait pas de solution face à ça, c’était comme ça et j’ai pu enfin complètement passer à quelque chose d’autre. J’ai parfois le sentiment qu’il y a peu de personnes capables de comprendre ça, qu’il y en a qui sont trop peureuses de blesser et préfèrent se noyer dans de longues justifications infondées… Je rejoins beaucoup le contenu de l’article. Cela dit, j’ai conscience que je connaissais déjà plus ou moins la vérité au fond de moi-même, mais j’avais besoin d’une confirmation, de l’entendre dire ça et ça c’est embêtant…

    • Ça me parle ce que tu dis, Cha… Moi aussi j’ai vécu ça. Finalement, les phrases qui font mal sont aussi celles qui permettent de se reconstruire, d’abandonner l’espoir. Cette espèce de gentillesse, ce désir de ne pas blesser blessent finalement plus que l’honnêteté – mais il y a encore un long chemin à faire pour beaucoup d’entre nous.

  6. « On me chuchote à l’oreille que je serais en train d’omettre sciemment les cas de figure où discuter desdites raisons pourrait être bénéfique à tous les deux. Ça peut arriver, quand la parole est libre, l’écoute est sereine, en toute bienveillance, lucidité, maturité. »

    C’est moi qui suis partie, et sur le coup, je n’avais d’autres raisons à donner que « je ne suis plus amoureuse de toi ».
    Comme j’avais proposé une thérapie de couple 1 an avant, il m’a demandé de la faire, là. Pas pour réparer, pas pour recoller les morceaux, pas pour continuer, mais pour comprendre comment tant d’amour avait disparu (de mon côté, pas du sien).
    Après 6 mois de ce processus, nous avons tous les deux compris. Ce qu’on ne pouvait pas se dire, avant, on se l’est dit. Avec l’aide de quelqu’un.
    Et c’est bénéfique autant pour moi que pour lui.

    Alors on pourrait dire : « ouais mais ton couple, c’était sûr qu’il allait se casser la gueule, vu que vous ne pouviez pas vous dire certaines choses. »
    C’est vrai. Mais personne n’est parfait. On s’est connu jeunes et maladroits, on a grandi ensemble, comme on a pu, avec nos traumas, avec notre bonne volonté et avec notre inconscience. On n’a pas su se parler. Ça arrive. Au moins, on peut faire autrement la prochaine fois. Au moins, ça nous a fait grandir.
    Je suis sûre qu’on aurait pas grandi autant, sans ça.

    • Ah, c’est peut-être une (très bonne) idée à creuser : la thérapie de couple à caractère non réparateur mais pour avancer chacun. Merci

      • Elle n’est pas de moi (rendons à César, toussa). Quelqu’un dans mon entourage l’avait fait avant nous, et j’avais trouvé que c’était une manière intéressante d’envisager la rupture.
        D’autant plus que même si on est celui qui part, on peut ne pas être arrivé au point où on déteste l’autre, où la séparation est un soulagement. Et dans ce cas, la confusion des sentiments peut être intense.
        Je voudrais enfin ajouter que je débriefais régulièrement les séances avec mon propre thérapeute, et que ça m’a beaucoup aidée à faire le tri, à défaire des réflexes délétères pour la relation (celle-ci ou une autre), à me comprendre, à le comprendre.

  7. Je pense aussi que parfois on est juste incapable de donner les raisons et que l’autre ne peut les entendre qu’avec sa propre écoute

  8. Débordant de vérité, pour avoir fait le choix de mettre fin à une relation de 8 ans, je l’ai fait sans aucune raison, je savais que je ne voulais plus , que je ne pouvais plus continuer comme ça et que je n’avais plus envie de sauver notre couple. Je voulais juste  » arrêter les frais et limiter la casse ». Je pense d’ailleurs que c’était pareil pour lui car aujourd’hui je suis toujours incapable de trouver une  » vraie raison » à notre séparation. La lecture de ton article vient de m’apporter la réponse : il n’y en a pas…

  9. C’est peut aussi pour ça, qu’il est si difficile de partir, quand il n’y a pas de raison, ou tout un tas de raisons, mais on voudrait en trouver une « vraie », le rédhibitoire, l’inacceptable… qui souvent n’existe pas (ou alors, il n’y aurait pas eu de couple, depuis le temps…).
    Alors, on doute, on se détruit à petit feu, on se torture la cervelle, on s’oublie et on s’enlise dans le couple fantôme, pendant… des années.
    Accepter qu’il n’y a pas de  » vraiment bonne » raison de partir est peut être la solution pour débloquer le problème et se décider à partir… merci pour cette idée, du point de vue de celui/celle qui voudrait partir sans pouvoir s’y décider, sans autre raison valable que « plus envie » (mais oui, il y en a kyrielle de raisons, sinon, de désamour, de désenchantement, de reproches divers, de … mais rien de rédhibitoire version tragédie grecque)

  10. Sans doute beaucoup de vérité dans ce que je lis, par rapport à mon vécu. Particulièrement, l’inexprimable raison, car soit même plus capable de trouver LA raison, mais plutôt une myriade de petites choses accumulées qui individuellement parlant ne sont que des broutilles.
    Pour ma part, ce qui est important dans la rupture, c’est le respect de l’autre, autant que de soi – chez moi les 2 étant liés, je veux faire face. Donc une attente ou un don (suivant sa position dans l’affaire), de si ce n’est pas l’explication, dumoins le constat et le mot pour dire que la relation a été honnête sur un plan humain.


  11. Je suis en désaccord sur de nombreux points de ce billet (jusqu’à l’épilogue) qui me paraît pousser à un fatalisme passif en balayant toute démarche analytique au prétexte que quelques éléments échappent au rationnel (« Pourquoi est-ce que je n’aime plus les choux de Bruxelles alors que j’aimais ça dans ma jeunesse ? » – t’as-vu, j’ai mis du vécu !).

    Développement.

    Je suis (encore aujourd’hui) un auditeur régulier du Masque et la Plume, et j’apprécie l’effort (trop rare il est vrai) de certains critiques (par exemple Jean-Marc Lalanne) à décortiquer des éléments du film qu’il trouve réussis ou non. Faisant ce travail, il donne à l’auditeur des clés de lecture qu’il n’aurait pas forcément su verbaliser lui-même, même si avec sa vision « profane » du film il était arrivé aux mêmes conclusions. Le spectateur éclairé est alors capable de – mieux – dire pourquoi il a aimé ou pas un film, et d’ailleurs c’est un plaisir de débattre à la sortie d’une projection avec ses ami.e.s/compagn.on.e.s de ce que l’on a apprécié ou pas (« elle jouait bien » / « c’était télégraphié » / « c’était très bien filmé ce passage où… » etc.).
    Puisque tu aimes plus que tout les comparaisons, dans l’exercice amoureux – et là encore, je parle d’expérience puisque, très récemment, une amante me demandait « pourquoi tu ne m’aimes plus ? » (en réalité, mon point de vue sur le sujet est plus nuancé !!) et que je lui ai expliqué les raisons (objectives ou subjectives) pour lesquelles, selon moi, la passion avait baissé d’un cran.

    Tu pointes les risques sur l’estime de soi et je ne veux pas faire comme s’il n’y en avait pas ; mais fatalement, quand tu te fais larguer, ton estime de soi en prend un coup (le mal est fait, comme tu dis) et je trouve bien plus dur de ne pas savoir pourquoi c’est arrivé (pour ma part, j’ai vite fait de passer en mode parano et de m’accabler de défauts). Ce n’est pas aider l’autre que de lui masquer, par exemple, que sa jalousie me tapait sur le système, que je ne supportais plus ses choux de Bruxelles ou que nos opinions politiques étaient choquantes pour mes valeurs (libre à l’autre de conclure qu’il y a effectivement incompatibilité irréconciliable ou que c’est un sujet intéressant de réflexion – « je devrais essayer d’infléchir ce trait de caractère »).

    Pour ce qui est de ton dernier cas de figure : j’acquiesce. Il y a des circonstances où l’argumentation serait vaine et il vaut mieux se barrer sans demander son reste.
    Mais sinon, en particulier dans un couple où il y avait de l’amour qui s’est lentement délité et que les projets de vie ont fini par être incompatible, la bienveillance doit être là et le dialogue possible – nécessaire, même.

  12. Cher Audren,
    je souhaiterais recevoir une notification lors de vos parutions. Pouvez-vous faire le nécessaire ?

    J’en profite pour vous remercier de votre partage.
    Le chemin du couple est parfois insondable, et même si chaque histoire est sommes toute personnelle et unique, il y a des pensées, des réflexions qu’il est doux de pouvoir ( en l’occurrence seulement ) lire.
    Doux peut paraître étonnant comme terme, pourtant c’est celui qui me vient à l’esprit. Peut être parce que de se sentir moins seuls sur ces chemins est un peu rassurant…
    Bien à vous
    M

  13. Bonjour Audren🙂

    Tu as raison mais je suis incapable de ne pas chercher l’explication.
    Pourquoi ? Parce que ça fait mal de perdre une relation qui me convenait.
    Et parce que j’ai toujours du mal à accepter ma cécité parfois.
    Mais tu as raison.
    Ce que j’ai personnellement le plus de mal à faire c’est ce que l’on m’a demandé récemment : maintenir le contact  » en tout bien tout honneur ». Je l’ai très mal vécu. J’ai eu l’impression que la personne voulait me garder « sous le coude ». Ce qui n’est pas forcément le cas.
    Bref….c’est un autre sujet:)
    Merci de tes billets🙂
    Toujours inspirés🙂

    • Je crois que c’est très humain, de vouloir une explication « de cause à effet » pour les événements importants ou douloureux — et plus l’explication et simple et invoque l’intention volontaire d’une personne, et plus on est intellectuellement satisfait. Dans la vie en général, ce fonctionnement de notre esprit donne les religions et les théories du complot. Dans la vie de couple, ça donne ce besoin viscéral de savoir pourquoi. Et moi je dis, quand un gamin meurt, et bien il faut savoir accepter qu’il n’y a pas de raison, ni de logique divine ; et quand l’amoureuse ne l’est plus, pareil : ça fait super mal, mais il ne faut pas chercher « l’explication » (cela dit, si formuler une explication aide à faire son deuil, pourquoi pas, si on n’est pas dupe et qu’on ne rejette pas le tort sur quelqu’un d’autre et sur lequel on voudra se venger)

      Quant à la question de « rester amis », parfois c’est pas possible avant quelques années, le temps que la douleur s’estompe. Et ça, on peut le dire « tu me demandes de rester amis / pour l’instant ça fait trop mal et je vois pas comment (et en plus je doute de ta sincérité) / mais revoyons ça dans deux ans ».

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