Briser le pacte avec le diable : #DeleteFacebook

Pour la whatmillième fois, Facebook nous a prouvé qu’il n’en a rien à fiche de la notion de vie privée, de la protection des minorités, de la lutte contre le harcèlement en ligne, de la vérité, du débat nuancé et constructif, du droit, de la démocratie dans le monde.

Briser le pacte avec le diable

Comme à chaque fois, on nous récite les mêmes excuses « ah mais on ne savait pas ! mais on va faire le ménage, ne vous inquiétez pas (d’ailleurs en fait, on avait déjà prévu de le faire parce qu’on savait déjà mais on pensait pas que vous alliez vous en rendre compte si vite)… votre vie privée est ce qu’il ya de plus important pour nous… et il faut nous comprendre, on est des jeunes apprentis sorciers qui faisons mumuse avec un léviathan qui nous dépasse, mais c’est ça la technologie, il faut avancer vite et casser des trucs, et c’est pas tellement de notre faute si pour bien essuyer nos plâtres et faire rentrer la maille, il faut le sang de la démocratie. Et puis quand même, on vous rappelle que vous payez rien pour toute cette belle expérience-utilisateur, alors venez pas non plus trop vous plaindre »

Le joujou du pyromane en chef est devenu un chaudron à haine, un laboratoire à totalitarisme, une machine à manipulation bradée au plus offrant. Maintenant n’importe quel acteur privé ou para-gouvernemental, pourvu qu’il puisse aligner quelques kopeks, peut se payer un trésor d’informations personnelles dont même la Stasi de l’ex-RDA (souvenez-vous du film « la vie des autres ») n’aurait pas osé rêver. La Stasi devait payer des centaines de milliers de collaborateurs et des millions d’informateurs. Facebook nous a transformés en espions, secrétaires, copistes, et délateurs de quartier – bénévoles.

Facebook sait où vous êtes et où vous étiez. Facebook sait qui sont vos amis, vos ex, vos frères et soeurs, vos cousins-cousines, vos profs et vos élèves, avec leurs numéros de téléphone, leurs adresses, leurs dates de naissance, leurs enfants, les camarades de classe de leurs enfants. Facebook sait quand vous mentez à votre mari. Facebook sait qui est hétéro, qui est blanc, qui est riche, qui vote Trump.

Facebook n’est pas censé utiliser ces informations pour organiser la dictature mondiale, il veulent juste vendre de la pub ciblée. Mais la dictature mondiale est tellement prête à acheter ces informations et Facebook tellement enclin à les vendre que c’est juste une question de temps avant que Facebook bascule définitivement du côté obscur et se mute en Big Brother assumé.

C’est déjà peut-être trop tard, dans la réalité des faits. Maintenant, quand on veut voyager (respectivement émigrer) vers les USA, le DHS demande gentiment (respectivement fermement) votre adresse FB, histoire de vérifier que vous n’avez rien à vous reprocher. Facebook est une boîte américaine. Je n’ai pas plus confiance en Trump qu’en Poutine. Et je ne m’abonnerais pas à un service internet gratuit hébergé dans une (future)dictature, pas plus qu’à un service internet gratuit qui partage volontiers ses informations avec n’importe quel dictateur ou propagandiste d’extrême-droite solvable.

Donc j’arrête là l’aventure Facebook des fesses de la crémière. J’ai déjà supprimé FB de mon téléphone il y a un certain temps, mais là je vais supprimer FB tout court. Et je vous encourage à faire de même.

C’est d’autant plus significatif pour moi en tant qu’auteur de ce blog que j’y suis à la croisée des chemins entre mon privilège cis-hétéro-blanc (donc des gens qui seront les derniers emmerdés par la dictature mondiale et qui peuvent se permettre de hausser les épaules en disant qu’on s’énerve franchement pour pas grand-chose et que si on n’a rien à se reprocher, on ne devrait pas être inquiet) et la stigmatisation/censure que subissent les militantes féministes, queer, LGBT, les travailleu.r.se.s du sexe, les créat.eur.rice.s de contenus explicites, et en fait toute une litanie de minorités semi-invisibles et constamment harcelées, dont les Zucks de ce monde se fichent éperdument quand ils veulent casser des oeufs pour faire leur omelette.

Le blog a commencé de m’ouvrir des yeux et je pense que ce n’est pas le moment de les fermer ou de regarder ailleurs.

En attendant donc le réseau social du futur interopérable et basé sur des standards ouverts, et où tous les posts privés seront cryptés de bout en bout entre mes amis et moi, et où tous les partages d’informations personnelles seront décochés par défaut et révocables rétroactivement à tout instant, je n’essaierai plus d’utiliser facebook pour diffuser mon contenu. Le propre d’un pacte avec le diable, c’est que tu te convaincs qu’en étant finaud tu peux en tirer profit sans y laisser toute ton âme, jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Le 13 avril, je supprimerai mon compte et la page associée (et google plus aussi, pour pas faire de jaloux).

Je ne ferai pas de messages d’adieux larmoyants, parce que tout continue ici comme avant, juste facebook ne sera pas notifié : pour me lire, vous pourrez soit venir de temps en temps sur wordpress, soit vous abonner via le mail, soit choisir un agrégateur rss, soit venir regarder du côté de twitter si j’y suis.

PS : une fois n’est pas coutume, je publie cet article sous licence CC-0. Autrement dit, vous avez ma bénédiction pour en recopier les bouts que vous voulez, les mettre à votre sauce, en faire un spectacle, ou même un cupcake.

10 réponses à “Briser le pacte avec le diable : #DeleteFacebook

  1. ça fait un moment que pour ma part je l’ai quitter*, et jusqu’à présent autour de moins on me disait “oui mais toi tu es extrême dans tes choix”, “il suffit de faire attention et puis c’est pas si grave”, etc.
    Maintenant j’entends de plus en plus de gens me répondre : “oui, je devrais faire de même, mais c’est quand même pratique.”
    Si même des blogger comme toi commence à partir, alors que c’est quand même une source de visibilité non négligeable, c’est peut être que ça sent le sapin.
    Vivrait-on le début de la fin de Facebook ?
    *Mon compte ayant été clôturer parce que j’avais osé mettre une image pornographique qui pourtant est exposé au musée d’Orsay, quand j’avais fini par récupéré l’accès, 2 ans plus tard, j’ai tout supprimé.

    • je sais pas si ça sent le sapin mais ça pue depuis longtemps et là ça sent le roussi pour Zuckerberg (qui est convoqué par le parlement brittanique pour s’expliquer sur l’affaire Cambridge Analytica). On verra.

    • Oh oui, ces merveilleuses icônes qui font que FB, Google & Co savent qui passe sur cette page et combien de temps il y reste, c’est tellement merveilleux… ~soupir~
      Sinon il existe des alternatives libres, décentralisées et fédérées genre Diaspora* (par exemple le pod Framasphère de Framasoft) ou Mastodon (par exemple l’instance Framapiaf de vous-savez-quelle-asso-en-voyant-le-nom)

  2. En même temps faut pas être très malin pour être sur facebook, ça fait bien 10 ans qu’on vous le répète, pas de quoi crier au miracle quand vous fermez un compte.
    Reste google & cie…

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