Réinventer la longue distance

Contrairement à ce que je lis un peu partout, je prétends que le but ultime d’une relation longue-distance n’est pas nécessairement de finir par vivre ensemble ‘comme tout le monde’. Et qu’il y a probablement moyen de considérer la distance et l’intermittence comme un ingrédient de la relation plutôt que comme un obstacle.

couple hugging - pencil drawing

Tu vas me manquer, mais c’est fait pour 🙂

Préambule perso

Pendant une bonne partie de l’année dernière, j’ai construit une jolie histoire avec une belle qui habite à quatre heures de TGV de chez moi. C’était assez nouveau pour moi. On se voyait à peu près toutes les trois semaines alternativement chez elle et chez moi, ou bien en voyage à l’occasion de vacances ou week-ends prolongés.

Personnellement, au démarrage, je m’étais convaincu que cette distance serait fort à propos dans la construction de la relation :

  • elle empêcherait de tomber dans le schéma taille unique du couple cohabitant, nous obligeant à utiliser les mots pour se dire ce qu’on voulait et ce qu’on préférait éviter,
  • elle permettrait à chacun-e d’avoir sa vie de son côté, préservant ce salvateur espace de liberté que trop souvent les amoureux s’empressent d’hypothéquer,
  • elle transformerait chaque retrouvaille en voyage, chaque moment ensemble serait une étincelle précieuse, et elle nous épargnerait aussi le fastidieux des efforts quotidiens quand on est fatigué-e de nos grosses journées de boulot (elle était encore plus workaholique que moi)
  • elle serait un rempart sérieux contre la satiété répétitive, entretenant ce manque qui certes démange mais qui réhausse les saveurs et les couleurs
  • elle simplifierait le travail d’adaptation mutuelle des caractères, en les confrontant à petites doses répétées. Et si l’on venait à se découvrir des incompatibilités abrasives, celles-ci seraient facile à panser pour quelques jours à chaque fois, et n’auraient jamais l’occasion d’arriver au stade de la purulence.

Seulement voilà, ma belle n’a bien vite vu dans cette distance qu’une montagne à raser ; dans cette séparation intermittente qu’une rivale qui la privait de moi ; dans ce manque à répétition qu’une gangrène qui rongeait sa patience et sa quiétude… Et j’ai fini par comprendre que nos projets étaient irréconciliables ; que la distance, si elle répondait à mes souhaits, était justement l’obstacle aux siens (lesquels souhaits comprenaient la cohabitation, le partage routinier du quotidien, la sérénité d’un nid douillet, assaisonnés d’une bonne louche — parfaitement assumée — de « relationship escalator » à la sauce disney).

La distance, ancien régime

Mais de mon côté, longtemps avant d’en arriver au constat d’impasse, j’avais commencé à tirer le fil de mes aspirations, et en particulier j’ai cherché sur la toile des conseils sur la manière d’apprivoiser intelligemment la distance dans une relation. Je me disais qu’avec les nouveaux moyens de communication il y avait plein de façons de réinventer la séparation physique et que j’allais trouver moult variations innovantes autour du thème des pointillés amoureux. Et bien j’ai été fort déçu.

Voyez-vous, les articles sur les relations longue distance (par exemple celui-ci, chez Mark Manson) sont encore principalement axés sur deux conseils :

  • construire une perspective de cohabitation définitive à terme, comme garantie que la distance n’est qu’un état transitoire, à gérer du moins mal qu’on peut
  • et en attendant, profiter d’internet comme succédané de présence pour créer du lien en patientant.

Dans les moyens d’entretenir le lien, on trouve pas mal d’idées parfois sympa, parfois un peu ‘big-brother’ :

  • l’hybridation poussée des comptes facebook
  • la documentation whatsapp permanente de tout ce qui se passe de chaque côté (avec souvent anxiété rapide en cas de silence radio)
  • la téléprésence en skype allumé en rentrant du boulot ou avant de se coucher (ou toute la soirée si on paie pas la bande-passante)
  • les romans offerts en croisé, pour lectures synchronisées ou comparatives,
  • le netflix en simultané-duplex, voire le cinoche (c’est plutôt pas con, vu qu’on n’interagit pas des masses au cinéma – sauf quand on n’y va pas pour voir le film – voir ligne suivante)
  • le cyber-sexe et les sextoys connectés (pourquoi pas, comme prolongement du sexting)
  • les reportages photo parallèles (voir p.ex. cet exemple pathologiquement magnifique sur instagram)
  • le jeu vidéo en réseau (ça j’aurais trop aimé — une super méga déculpabilisation pour jouer :p )
  • le « bonne nuit » numérique quotidien, avec malheureusement trop souvent l’obligation tacite de contemporanéité réciproque
  • l’envoi de cadeaux surprise via amazon ou etsy
  • la tenue d’un journal croisé (un jour l’un, un jour l’autre)

Je n’ai rien contre ces différentes recettes — au contraire, certaines sont amusantes et tirent intelligemment parti de la puissance des smartphones. Certes si on les met bout à bout elles font un peu trop penser à une simulation de cohabitation fusionnelle où on partage tout ; mais en piochant à la carte, il y a moyen de fabriquer du sens là où c’est important pour la forme de relation qu’on cherche à construire.

Non ; en réalité le conseil qui m’a vraiment beaucoup gêné était celui de faire en sorte que la vie à distance ne soit qu’une situation transitoire ; que le saint-graal de la relation était le grand rapprochement final, la fin de l’histoire. Ca évoque évidemment le modèle de l’au-delà chrétien, où la vie d’ici-bas n’est qu’un mauvais moment à passer en attendant le paradis…

Quand on présente la perspective de cohabitation ultime comme le noeud vital qui focalise les espoirs et empêche la relation de s’effilocher, on en remet une couche sur le mythe que le seul ‘vrai’ couple habite sous le même toit ou sinon y aspire ardemment. Avec le corollaire que ce.lles.ux qui ne tiennent pas plus que ça à abandonner leur région, leurs ami.e.s, leur boulot, ont peur de l’attachement ou ne sont pas vraiment amoureu.ses.x.

Non seulement c’est assez réducteur comme idéal, mais il se trouve que le rapprochement est en réalité un prédicteur assez fidèle de la fin prochaine d’une relation précédemment longue distance et longue durée. En effet, la longévité médiane des couples qui finissent par se retouver après parfois des années d’allers-retours est de quelques mois. J’y reviendrai peut-être un autre jour : la plupart des explications classiques proposées pour ce phénomène sont assez révélatrices de la hiérarchie des jugements de valeur sur ‘le couple’ — je pense seulement que c’est dangereux de transplanter violemment une relation en-dehors du substrat dans lequel elle avait grandi.

Enfin voilà : la distance, au lieu d’être le terreau d’une vie amoureuse à part entière, avec ses projets propres tissés dans l’alternance des séparations et des retrouvailles, est présentée comme un purgatoire à vivre dans un attentisme patient, agrémenté de succédanés inventifs. Comme s’il était impossible de penser une relation qui se construit avec la distance, et non pas malgré la distance…

La distance, différemment

Alors il me vient des idées de structures de relation différentes, où la séparation, l’intermittence et le voyage seraient des ingrédients centraux de la relation, comme peuvent l’être les enfants pour les uns, la maison pour les autres, la validation sociale pour d’autres encore.

La relation se construit en remettant en cause d’emblée l’exigence de cohabitation, un des fondements du « couple classique », ce qui oblige à l’inventivité puisqu’on se retrouve hors-sentiers. En ceci, la longue-distance partage certaines caractéristiques avec la non-exclusivité – c’est peut-être pour ça que ça me travaille.

Dans les paragraphes ci-dessous, je vous déroule plusieurs variantes qui me passent par la tête (et qu’on peut panacher). Je suis d’ailleurs curieux de connaître toutes celles que vous aurez à proposer, je les rajouterai à la liste. (Notez que je parle surtout de moyenne distance, celle qui permet de se voir plus souvent que tous les mois. Pour la très longue distance où il faut économiser un an pour se retrouver à l’autre bout du monde, je n’ai jamais fait.)

  • Vacances ailleurs, ensemble : si on est salarié.e, et en France, on a la possibilité de se faire au minimum cinq ou six semaines de vacances en amoureux (ou juste trois semaines en amoureux s’il y a des enfants en alternance). C’est déjà plus que de nombreux couples.

  • Télétravail : avec le développement du freelance et du télétravail, il y a des opportunités pour se retrouver côte-à-côte chez l’un.e ou chez l’autre, chacun.e sur son ordi, pour anticiper ou prolonger le week-end. Avec pauses café-câlins. J’adore.

  • Maison de week-end : chacun a une chambrette dans sa ville respective et on se retrouve dans une maison commune pendant les week-ends, les vacances, les périodes de repos, le télétravail (justement)

  • Vie amoureuse en pointillés : on est « ensemble » quand on est ensemble. Le reste du temps on est potes mais célibataires. Ca se combine bien avec une dose de polyamour.

  • Relation intermittente : on met carrément en dormance entre chaque période de retrouvailles. Silence radio, suspension du temps, comme un voyage interplanétaire en hibernation cryogénique. Entre-temps, chacun.e reprend sa vie à soi. Je me dis que pour les grand.e.s nomades qui passent deux mois quelque part et dix mois ailleurs, ça pourrait avoir du sens.

  • Relation à durée limitée : on sait que l’un des deux s’en repart au bout du monde dans deux ans ou trois. Pourquoi s’interdire de vivre une belle histoire pendant ces trois ans, juste sous prétexte qu’elle devra finir avant qu’on meure ou qu’on se déteste ?

  • Projets (numériques) communs : de la même manière qu’on ferait des travaux manuels et de la déco si on cohabitait, on peut collaborer à quatre mains sur un projet qui peut se faire à distance. Un roman, un blog, une chaîne youtube, une association…

  • Appart à part : c’est la distance sans la distance, quand en fait on habite dans la même ville. Chacun.e chez soi, les vaches sont bien gardées et on se retrouve uniquement quand on a envie, sans forcément vouloir voir l’acquisition d’un logement commun comme seul horizon de la relation. Et contrairement à la longue distance, on peut s’improviser des retrouvailles au pied levé.

  • Une-semaine-sur-deux : en écho à la garde alternée, on serait dans la même maison les semaines paires. Parents une semaine, amants l’autre.

  • Maison-port-d’attache, chacun.e en mission ou en tournée, plus ou moins à tour de rôle : une maison en commun, avec les chats ou les enfants dedans, et chacun.e s’absente régulièrement pour des missions longues ailleurs. C’est d’abord un boulot et un style de vie, mais il faut aussi arriver à broder la relation autour de ces séparations un peu aléatoires. (Le cas échéant, la logistique de garde d’enfants est à peaufiner si les amant.e.s sont parents et tou.te.s deux dans la marine marchande).

On remarque quelque chose, dans chacune de ces possibilités, c’est qu’elles nous apparaissent impermanentes. Ne serait-ce que parce que les changements de boulot, l’âge des enfants, la retraite viennent forcément tout chambouler et qu’à chaque fois il faudra composer, réinventer. Et plutôt que de se dire que « ce n’est pas vraiment une vie de couple », c’est l’occasion de se poser sérieusement la question de fond : pourquoi diable faudrait-il qu’une structure de relation semble pouvoir durer jusqu’à ce que la mort nous sépare ? On achète une maison et on s’y enferme pour le reste de nos jours, à se regarder en chiens de faïence ? Dans la réalité des faits, même si on ne les pense pas provisoires, les couples cohabitants sont en permanente réinvention. Ca se voit moins, et c’est probablement moins bien anticipé que quand des circonstances géographiques nous y poussent, mais c’est vital.

Et puis en vertu du principe qu’il n’y a pas besoin d’attendre le décès d’un.e partenaire pour pouvoir dire qu’une histoire d’amour était réussie, tant qu’à remettre en cause le besoin de cohabitation, on peut aussi considérer que la durée est une option. Et si des circonstances géographiques viennent à un moment remettre en cause une relation qui s’était construite autour d’une certaine forme de distance, c’est peut-être l’occasion d’en rester là et de faire une grande fête avant de se dire au revoir.

19 réponses à “Réinventer la longue distance

  1. Merci pour ton blog que j’ai découvert il y a un an et pour cette ouverture sur les sujet de distance.
    Même si je reste dans un idéal de relation de couple classique avec maison / enfants etc, nos styles de vie nous ouvrent à des solutions intermédiaires : parce que justement on ne va pas forcément s’installer ensemble tout de suite quand on a un nouveau partenaire, mais vivre pendant un temps chacun chez soi, se retrouvant régulièrement, ne pas toujours être aussi dispo qu’on le souhaite parce qu’on a les enfants ou un déplacement pro et que ça tombe mal etc … On expérimente tous à un moment ou un autre des périodes à distance.
    J’ai eu l’occasion de vivre à 2 reprises des relations à distance (dans un cadre D/s) non pas sous forme de périodes mais en mode nominal de fonctionnement. Le facteur clé de succès pour moi était d’avoir une grande disponibilité pour l’autre : mail / WhatsApp etc. Nous étions éloignés mais en contact permanent. Et l’écrit nous permettait une certaine profondeur d’échanges, une transparence totale. Finalement ces deux partenaires me connaissaient peut être mieux que celui qui a partagé ma vie pendant plus de 15 ans.
    Plutôt qu’une relation où le quotidien étiolait nos envies, ou des relations un peu fades parce que fatigue, parce qu’occupé à autre chose etc nous étions dans un renouveau permanent : jeux à distance ou simplement attiser le désir par des mots, des photos etc. C’est aussi la particularité des relations D/s de surfer sur cette intensité, mais je pense que ça peut se cultiver pour toute relation.
    Nos rencontres étaient intenses, nourries de cette envie d’enfin nous retrouver et partager des moments riches, où nous étions 100% dispo pour l’autre. J’en garde un bon souvenir même si ce n’était pas toujours facile et finalement voir quelqu’un tous les 15j (parfois moins) mais en se consacrant totalement à l’autre n’était pas moins satisfaisant qu’une relation classique. Sans compter que comme tu le soulignes il y a de nombreuses occasions de se retrouver dans un contexte privilégié (vacances, week end) pour compenser l’absence de présence au jour le jour.
    En revanche ce qui n’a pas pardonné dans mon cas c’est la baisse de disponibilité pour les échanges quotidiens… le lien se brise, la relation n’a plus de sens : en tous cas parce que de mon côté la “vie amoureuse en pointillé” je ne sais pas faire …
    Claire

    • Merci du témoignage… je ne sais pas si ça a un rapport, mais votre conclusion m’évoque quelque chose que j’avais écrit au sujet des couples atypiques en général : quand ça finit par ne plus marcher, on incrimine systématiquement ce qui faisait le caractère atypique de la relation (la non-exclusivité, ou bien ici la distance, parfois le bi-culturalisme), alors que pour les couples “normaux” (avec de gros guillemets), on invoquera l’erreur de casting, le temps qui passe, la faute à pas de chance…

      • Petite précision car je ne sais pas si la fin était claire je n’incrimine pas dans mon cas la distance, mais le fait que notre attitude au cours de la relation a changé (moins d’échanges, moins d’investissement pour devenir une relation en pointillé : très bien quand on se voit et rien autre) et que cette nouvelle façon d’appréhender la relation ne me convenait pas.
        “Paradoxalement” cette relation à distance nous a aussi permis à un moment de faire durer notre couple : quand mon partenaire a du déménager pour des raisons professionnelles je n’avais pas d’inquiétudes profondes sur comment notre relation allait y survivre : avoir 2h30 de transport au lieu d’1h30 ne changeait pas grand chose (la fréquence des trains à certaines heures) et ce qui aurait peut être mis un terme à une relation “classique” est passé quasi inaperçu dans cette relation à distance.
        Il y a quelques jolies interventions plus bas sur lesquelles j’aimerais rebondir.
        En l’occurrence pour ma part je n’associe pas relation à distance et moindre investissement. Chaque relation est unique et se construit selon des dynamiques qui lui sont propres, et l’investissement n’est pas lié à la distance ou à la fréquence à laquelle on se voit.
        Le fait de beaucoup parler de tout ce qui nous arrivait au quotidien nous permettait d’être présent à distance, d’apporter du réconfort.
        Et quand il y a vraiment un besoin on se disponibilise. Je me souviens d’un week end où je ne devais pas voir mon partenaire : nous étions libre tous les 2 mais il avait des échéances professionnelles fortes, donc nous avions convenu de ne pas nous voir. Il m’arrive une galère, nous échangeons par mail, après 3-4 mails il voit bien que cela ne voit pas et me dit de venir, je refuse dans un premier temps puis vais le voir. 3h après j’étais dans ses bras : réconfort physique, réconfort psychologique de se sentir soutenu, et puis nous agissons pour diminuer l’impact de cette fameuse galère. Au final il m’a montré qu’il était attentif, à l’écoute, impliqué …Et s’il avait plus éloigné nous ne nous serions peut être pas vus mais il m’aurait quand même apporté son soutien.
        Concernant les séparations il est important de distinguer les causes profondes (ne plus s’aimer par exemple) des catalyseurs qui font qu’à un instant donné on décide d’arrêter la relation et du déclencheur qui fait que la décision devient effective.
        Même si la prise de conscience a été douloureuse, mon divorce m’a permis de questionner mes craintes (peur de la solitude, vivre seule), ce à quoi je pensais tenir et de pouvoir envisager d’autres modèles.
        Par exemple, pour moi parmi les catalyseurs il y a eu le manque de soutien suite à un accident où à la douleur physique, s’ajoutaient des reproches et une forme de culpabilisation de ne plus jouer mon rôle à la maison pendant la convalescence alors qu’il avait besoin de moi. Cela m’a vraiment déstabilisée sur le soutien moral qu’il pourrait m’apporter face à une maladie grave ou aux aléas de la vieillesse. Mal profond, qui conjugué au fait que nous ne nous aimions plus, participe à la décision d’arrêter notre relation.
        Aujourd’hui ma réflexion a évolué et je me dis que quel que soit le couple le soutien n’est sûrement pas celui que j’imagine (ce n’est pas évident de trouver les bons mots, la bonne attitude, savoir quoi faire, sans parler de l’usure dans le temps : ceux qui ont un parent dépendant le savent) et que dans les faits il faut se préparer à affronter les choses seul …
        En étant assez cynique aussi en tant que femme mon espérance de vie est plus élevée, il est plus âgé que moi, donc de toutes façons il y avait de fortes probabilités pour que je m’occupe de lui mais soit seule pour traverser la dernière partie de ma vie… Tout ça pour dire que être en couple à 70 ans ne me semble plus aussi important qu’avant.
        Divorcer m’a forcée à vivre seule quasiment pour la première fois de ma vie (j’étais passée du cocon familial à un foyer à notre vie de couple directement) et m’a permis de me rendre compte que je m’en sortais très bien. Une sorte d’empowerment tardif qui m’a permis d’envisager en toute quiétude des relations atypiques sans me dire “mais que vais je faire moi pauvre femme sans homme pour réparer un robinet qui fuit ou passer la tondeuse”.
        A chacun donc de savoir ce à quoi il est réellement attaché, ce qu’il attend et de trouver le mode de vie qui lui convient. Pour ma part je sais que ça peut être la petite maison de banlieue avec le white picket fence, comme ça pourrait être un modèle moins traditionnel. Ce qui importe c’est la qualité de la relation et d’y trouver mon compte au quotidien.

  2. Bonjour, ce sujet me parle puisque cette situation, je l’ai vécu.
    Et celle ci a mis à mes yeux une évidence. Les relations à distance, très peu pour moi!
    Si je trouve l’idée du chacun chez soi assez sympa,, chacun son appart, chacun son espace… quand il n’y a pas d’enfants je crois que c’est assez idéal.
    Mais la distance met un frein à toute spontanéité! A ce café partagé en terrasse quand l’envie de l’autre se fait sentir, à cette soirée improvisée sans avoir à prévoir une logistique plus où moins lourde, le fait de ne pouvoir être présent pour l’autre lorsqu’il est difficultée, ne pouvoir l’épauler irl.
    Et dans cette distance, une communication particulière, pouvant être source de tension, d’incompréhensions.
    Si cette distance est ponctuée de silences, de non dits, est excuse pour ne pas s’investir dans une relation, ou pour justement s’investir sans s’investir… Non, merci!
    Mais j’imagine très bien que cela plaise à certains!
    Je pense que quand pour un des partenaires cette distance est une envie et que pour l’autre c’est quelque chose de subit, effectivement, la meilleure chose à faire est de mettre un point final, et de ne pas trainer pour le faire…Laissez miroiter à l’autre qu’un équilibre puisse se trouver alors qu’intérieurement ce n’est pas le cas..c’est fort cruel…
    Je dois bien avouer avoir du mal à comprendre tout de même, cette phobie de l’engagement, cette distance que l’on met entre soi et l’autre.
    J’ai l’impression de croiser de plus en plus de personnes…qui cherchent complicité, amour, tendresse, sexualité épanouie, magie, alchimie, amitié mais sans le quotidien, sans la routine, et stt sans engagement.
    Je me sens parfois assez extra terrestre quand je lis certains articles, certains ouvrages. Un peu trop fleur bleue? un peu trop conventionelle? Certainement! Trop jeune peut être!
    Pour ma part je suis assez fusionelle. J’aime à voir mon partenaire, j’aime à en prendre soin, j’aime à le surprendre, mais les relations à distance plus ja-mais! Je fais une pause à durée indéterminée avec l’amour!!
    Cette relation a au moins eut le mérite de mettre en lumière les choses que je ne suis plus prête à accepter, les compromis que je ne ferais plus jamais.

    • Alors non, je ne suis pas d’accord avec l’idée (malheureusement très répandue, je ne vous jette aucune pierre ni gravier personnellement) que la distance puisse correspondre à une phobie d’engagement. C’est différent, c’est autre chose, c’est sur un autre plan, mais ça n’a rien à voir avec l’engagement. Au contraire, je dirais. Facile de s’en revenir vers l’autre tous les soirs quand c’est aussi là qu’on vit.. l’engagement et l’investissement dans ce cas ne sont-ils pas davantage dans le bail ou dans le prêt bancaire ? (boutade évidemment, mais vous voyez l’idée).

  3. Excellent écho à ce que je commence à vivre également, dans le respect total de mes besoins actuels. Merci j’ai eu beaucoup de plaisir à te lire.

  4. Merci.
    Petite coquille « renconte » vers le milieu du texte. Tu trouveras sûrement. 😉
    Amospasiquement vôtre, Céline
    “changer n’est pas devenir quelqu’un d’autre, c’est reconnaître qui l’on est et l’accepter”
    Suivez mon blog sur http://lestribulationsdeceline.com/
    >

  5. Merci pour cet article.
    Je vis des relations intermittentes depuis huit ans (et mon divorce). Intermittentes et non exclusives. Des enfants une semaine sur deux et pas l’envie de voir quelqu’un cohabiter avec nous.
    Ça marche pendant quelques temps, pour moi, deux ans, mais je me lasse vite. Ou on bute sur la non exclusivité.
    Testés avec bonheur : des échanges par mail, on peut réagir très vite si on veut, ou prendre le temps de répondre ; les projets communs, j’ecris, il/elle écrit, ou illustre, ou met en musique ; les échappées belles en week-end ou vacances ; les retrouvailles improvisées quand on se manque trop.
    Quand on n’est pas ensemble, don’t ask, don’t tell. Pas d’intrusion, pas d’explication fumeuse. Si l’autre veut parler d’une jolie liaison dont la fin le/la rend malheureuse, je suis là, mais on ne se les raconte pas au fil de l’eau.
    Quand on est ensemble, on fait en sorte de n’accorder d’attention qu’ à l’autre. On échange romans et musique pour quand on n’en se verra pas.

  6. Mon Chéri (marié ) a son cocon où nous nous retrouvons ou il vient chez moi.
    Nous nous voyons plus ou moins quand nous le désirons ce qui est relativement facile vu notre organisation réinventée au fil du temps . Des projets communs, des sorties improvisées nous permettent de ne pas tomber dans une routine (qui pourrait également s’installer dans ce genre de couple ). Un point très important pour nous est d’être disponible l’un pour l’autre en cas de problème. Un couple, pout moi, ce n’est pas seulement fait pour prendre du bon temps mais c’est aussi savoir se soutenir dans les moments difficiles.
    Faire “appart à part ” permet à chacun d’avoir une bulle d’oxygène non négligeable et le plaisir est toujours présents lors des retrouvailles.
    Par contre, la distance dans le temps nous paraît impensable.
    Nous avons trouvé notre équilibre et sommes prêts à le retransformer s’il le faut pour poursuivre notre bout de chemin.

  7. Super ! Je suis ravie de lire ce texte ! Je suis totalement convaincue mais bien peu me comprennent.
    Je n’ai pas lu tous les commentaires, désolée si je dis des choses déjà dites.
    D’abord je conçois très bien que ce mode de relation ne convient pas à toutes les personnalités. J’ai eu une relation longue avec un homme marié, et j’ai fini par en déduire que cela me convenait, malgré les questions : ” mais tu n’as pas envie que… ”
    Il y a la personnalité et aussi le chemin de vie : j’ai été mariée, j’ai des enfants jeunes adultes, bref je n’ai plus envie d’une vie classique famille mononucléaire et de faire des bébés. Je n’aurais sûrement pas dit la même chose à 20 ans !
    Depuis un an j’ai une relation à distance avec un homme. Et cela me convient, et il n’a jamais été question de situation provisoire. C’est comme ça. Chacun a son vécu, ses enfants, ses amis, et nous nous voyons pour des parenthèses agréables. En plus des avantages que tu as cité, moi je trouve que le temps de faire connaissance est beaucoup plus long, même si il y a les sms et les coups de fils. Car pour moi on met du temps à se connaître, même si on fait des galipettes, on a tort de croire que l’on se connait parfaitement au bout de six mois. Ce temps s’allonge et c’est bien agréable…
    Je m’étonne même qu’il n’y ait jamais eu de disputes entre nous, ce qui n’est pas un signe d’indifférence mutuelle. Quand il y a un problème, on le règle soit par téléphone, soit rapidement quand on se voit, mais le temps est précieux, nous préférons le passer agréablement plutôt qu’à nous disputer pour des broutilles.
    Et puis quand on ne vit pas ensemble les sujets de discorde sont moins nombreux, pas de poubelles à descendre ! Hihi !
    Une fois par mois cela suffit.
    Cette relation ressemble à celle que j’ai eue avec un homme marié finalement : chacun a sa vie, ses loisirs, ses amis, ses enfants. Nous ne partageons pas d’amis, pas le temps ou alors il faudrait les avoir connu ensemble. Cela viendra peut-être un jour, la présentation aux amis, mais nous avons le temps.
    Peut-être aussi que ce couple non officiel donne un petit côté ado qui se cache des parents et qui nous plaît ! Pour vivre heureux vivons cachés !
    Je pense que dans le futur ce sera comme ça pour beaucoup de gens : nous aurons un travail, des amis, des loisirs, et un couple.
    Je l’ai dit cela me convient, mais la difficulté est de trouver quelqu’un à qui cela convient aussi, et d’après ce que j’entends quand j’en parle, c’est relativement rare.

    • C’est d’autant plus rare que c’est largement dévalorisé, alors tout le monde s’efforce d’essayer « le couple normal » avant d’admettre (pour certain.e.s) que ça ne leur convient pas – mais que le célibat ne leur convient pas non plus.

  8. Merci pour cet article. Je témoigne aussi de mon expérience de relation à distance avec mon compagnon depuis 3 ans.
    Ca nous convient à tous les deux, et c’était moi qui avait le plus de doute au début sur ce genre de relation, si ça allait être un frein ou si ça allait tenir.
    Le plus fort dans notre couple à distance, c’est que l’on a trouvé des moyens et des méthodes de communiquer, d’être complices et très intimes, tout en conservant la distance. On utilise ce qu’on peut, surtout les emails, sms et skype, en respectant aussi des moments de silence. Et quand j’observe des couples ou que j’entends parlé autour de moi de leur vision du couple, je trouve souvent fade leur manière d’être communiquant, peu de complicité ou d’intimité et même souvent ça se détériore avec leurs années de vies communes.
    Pour notre relation à distance, on a choisit de parler et d’échanger beaucoup, sur tous nos sujets profonds ou moins profonds de la vie de tous les jours.
    Ça offre aussi le temps d’être avec soi-même, et c’est un cadeau : résoudre nos propres questionnements, réflexion, introspection, pour se sentir ensuite plus mûre et plus accueillant avec l’autre. Je vois beaucoup de personne qui n’ont malheureusement pas fait cette démarche personnelle, qui n’ont jamais habité seule et qui se retrouve avec des “valises” lourdes à porter et à résoudre au plan psychologique, et qui les font supporter au conjoint.
    PS Est ce qu’il y aurait un article sur le sujet de l’éducation et les valeurs, la façon dont on en parle aux enfants ?

    • Je parle parfois des enfants mais pas grand-chose en ce qui concerne l’éducation directement. J’aime bien celui sur le partage des tâches domestiques (celui où l’illustration c’est un mec cul nu sous son tablier 🙂

  9. Je pratique pour ma part la garde alternee : 1 semaine avec mes enfants, une semaine avec mon amoureux. Et ca me va très bien : pas besoin d’imposer mes enfants à mon amoureux qui n’en a pas, ni mon amoureux à mes enfants. De la liberté et de l’indépendance pour nous deux. Assez peu de contacts la semaine sans : des petit messages à peine quotidiens, une semaine ça passe si vite ! Une non-exclusivité tacite et non commentée qui est ainsi bien plus facile à gérer…
    Je crois bien que je ne pourrais plus aujourdhui vivre en permanence avec quelqu’un !!!

    • Je suis assez d’accord. Tout ceci évoque évidemment les écrits d’Esther Perel (mating in captivity / the state of affairs), où il est fortement suggéré que c’est en entretenant l’indépendance et la distance qu’on remédie le mieux à l’érosion et l’essoufflement. .
      D’ailleurs j’aurais dû la citer dans l’article, puisqu’il y est question de longue distance.

  10. Pingback: Il ne tient qu’à toi – hiddenappleblog·

  11. Super les articles de ce blog ! Je ne le découvre que maintenant, et c’est dommage, il m’éclaire sur des sujets qui me préoccupent depuis longtemps. Je vis depuis 3 ou 4 mois une relation amoureuse nouvelle, de style “vie amoureuse en pointillés”, précédée d’une petite période (bénie) où j’ai pu expérimenter deux amours en parallèle. Mon ancienne compagne n’a pas voulu conserver cette relation, étant par nature très exclusive. C’est dommage car la situation était équilibrée, mon amante ayant de son coté un autre amant.
    L’amante “qui me reste” (quelle horreur de parler comme ça), se considère comme célibataire avec 2 amants. Au début, j’ai eu du mal, à mon corps défendant car la situation était parfaitement symétrique. J’ai eu du mal en terme de jalousie (l’autre amant a 20 ans de moins que moi…) (il est au courant de tout lui aussi), mais j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait de ma part d’une peur d’être éjecté au profit du plus jeune. Après de nombreuses discussions, et après avoir demandé que je sois au courant un petit peu à l’avance des moments où mon amante allait retrouver l’autre amant, je me sens parfaitement bien avec ça. D’ailleurs, je suis assez content de discuter de son autre amant avec elle.
    Par contre, de mon coté, je vais commencer par rechercher une deuxième amante, car je n’aime pas trop ce déséquilibre, et aussi ça me fait mettre une pression trop forte sur l’amante actuelle. Et puis, j’ai vraiment pris goût à avoir deux relations amoureuses en parallèle, si tout le monde est au courant. Ça mets quand même beaucoup moins de pression sur tout le monde, et les relations sont par conséquence bien plus fluides !
    Alors ma question : Est-ce qu’on est en couple libre, ou bien nous sommes des célibataires qui fréquentent plusieurs amants, ou amoureux ?

    • Chacun.e se définit comme bon lui semble. J’aurais envie de dire que lorsqu’on se fréquente de façon régulière, ça n’est techniquement plus tout à fait du célibat, mais comme on n’a pas vraiment dans la culture française de dénominations intermédiaires entre ‘célibataire’ et ‘en couple’, je comprends son choix.

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