Youpi ! un kilo d’abonné(e)s !

Petite séance d’auto-satisfaction : le blog a passé le millier d’abonné-e-s quand j’avais le dos tourné. L’occasion de me poser à nouveau la question de pourquoi je fais ça

portrait numérique au crayon, Océane Rose Marie, à l'antenne sur France Inter

Océane Rose Marie – chanteuse, auteure, comédienne, et chroniqueuse sur France Inter

D’abord, un grand merci

Certes, j’imagine que si vous me suivez sur twitter, sur facebook, sur google plus, sur wordpress, par mail ou via les flux RSS, c’est plus parce que ça vous intéresse que pour me faire plaisir personnellement. N’empêche que c’est drôlement bath de savoir que le temps que je passe à soigner l’écriture de mes petits billets n’est pas vain.

Et donc la semaine dernière ou la précédente, le nombre total d’abonné(e)s visibles a dépassé le seuil clé de 1 kS = 210 = 1024 abonné-e-s (définition officielle du kiloabonné, noté kS comme kiloSubscribers). Je dis « visibles » parce que tous les geeks qui passent par RSS sont sous mon radar.

Côté parité, c’est pas mal. D’après mes stats facebook, il y aurait 60% d’abonnées pour 40% d’abonnés. Ça faisait partie de mes objectifs d’arriver à parler à tout le monde (tant pis si je n’ai aucun moyen de savoir si je parle aussi aux non-hétéros — pour l’instant, personne ne m’a écrit ou commenté pour me dire que j’étais trop hétéro-centré, même si ça doit transpirer un peu, vu d’où je viens).

Ensuite re une petite louche de pourquoi

Pourquoi je fais tout ça ? Est-ce simplement pour aider les autres à passer des crises de couple pour lesquelles la culture de l’exclusivité nous fait croire que la seule issue serait la séparation ? Parce que de mon côté, dans ma vie de couple et ma vie polyamoureuse, les crises sont bel et bien derrière nous et donc je n’ai plus vraiment besoin d’écrire pour me situer. Et comme en plus je peux encore faire semblant dans ma vraie vie de me conformer au modèle dominant du couple parfaitement fidèle, je n’ai même pas besoin de m’exprimer pour justifier mon choix.

Je crois que c’est en grande partie ça aussi qui me pousse à écrire. Ceux qui comme moi restent confortablement dans le placard portent une certaine responsabilité vis-à-vis de ceux qui ne peuvent plus s’y cacher, et qui doivent affronter un regard culturel encore très peu tolérant. Et tant qu’à cause de nous-autres (polyamoureux et infidèles du placard) les modes alternatifs de vie intime et amoureuse resteront essentiellement invisibles, le modèle dominant continuera de vouloir faire rentrer tout le monde dans un couple exclusif à taille unique, avec à peu près autant de dégâts que quand notre monde hétéro-centré niait aux LGBT le droit de vivre leur vie comme ils/elles l’entendaient.

Alors tant que je suis trop pleutre pour faire mon coming-out dans la vraie vie (en me cachant lâchement derrière « les enfants »), je me rachète une bonne conscience en passant quelques heures par semaine à aider à la visibilité et à l’acceptabilité d’autres façons de vivre le couple. Bon et en plus, j’adore écrire, j’adore dessiner, et je crois que j’ai un petit côté « attention-whore » (que je vous autorise à flatter à mes risques et périls).

Et une belle citation

Et en parlant de polyamour, de LGBT et d’invisibilité, c’était l’autre jour sur France-Inter, dans cette magnifique émission « Les femmes, toute une histoire », que la chanteuse, auteure, comédienne et chroniqueuse Océane Rose Marie (et dont le one-woman show s’intitule justement « La Lesbienne Invisible ») nous a régalé-e-s par un petit morceau d’humour fort à propos :

Je vais vous raconter un dîner auquel j’étais la semaine dernière, où j’ai compris qu’être infidèle, en fait c’est vachement mieux accepté qu’être adepte de l’amour libre. Je m’explique. Pendant le dîner, Nicolas, beau gosse, déjà un peu bourré, nous raconte que pendant sa dernière relation qui a duré huit ans, il a été infidèle du début à la fin, parce que sa femme avait un problème. […] Parce que n’oublions pas qu’un homme infidèle n’a pas de problèmes, un homme infidèle aide sa femme à aller mieux en ayant tout le temps envie de lui acheter des fleurs ou de l’emmener au restaurant parce qu’il culpabilise. Alors que s’il ne la trompait pas, il serait frustré et il l’engueulerait non-stop parce qu’elle fait chier avec ses problèmes. Mais Nicolas a raconté que quand même il avait beaucoup souffert de cette situation, et que heureusement il ne s’était pas fait griller — entendez bien sûr heureusement pour elle, puisqu’ainsi, il l’avait « protégée ». Bon tout le monde avait l’air à peu près satisfait, voire carrément ému par son histoire [à part les deux nanas qui avaient couché avec lui à l’époque].

Plus tard dans le dîner, Ariane, [jolie quarantenaire] très souriante et qui respirait l’épanouissement, a raconté qu’elle vivait en couple libre avec deux hommes, qu’elle filait le parfait amour avec les deux, qu’eux mêmes voyaient régulièrement d’autres filles, et que tout se passait merveilleusement, même si ce n’était pas tous les jours facile de lutter contre sa propre jalousie… Mais je ne vous dis pas les réactions ! Les gens ont passé deux heures à lui expliquer la vie, genre : « – ah non mais alors là excuse-moi mais ça c’est pas aimer, ça tu vois, ça c’est une peur de l’engagement en fait ». Ou encore : « – excuse-moi je juge pas du tout, hein, je trouve ça merveilleux tous ces fluides corporels qui circulent dans le même appartement, mais juste un truc : je parie que ton père a abandonné le domicile conjugal quand tu étais encore tout bébé, non ? allez, dis-le.. », et autres jugements que je vous épargne ici ; l’idée générale étant que l’amour libre ce n’est pas le vrai amour.

Alors à un moment, Ariane a quand même eu le droit de parler après que la moitié de la table lui avait fait une psychanalyse de PMU et elle a dit : « Moi je crois que pour être polyamoureuse, il faut être suffisamment humble pour accepter qu’on ne peut de ne pas tout apporter à l’autre, et suffisamment mégalo pour être sûre que ce qu’on lui apporte est unique ».

Alors moi franchement j’ai trouvé ça assez classe et intéressant, et après tout, chacun fait ce qui lui plaît. Mais à part moi (et Nicolas qui s’imaginait déjà avec un harem de fausses lesbiennes), la théorie d’Ariane n’a pas franchement convaincu. Et encore, là on était entre gens soi-disant ouverts mais si vous vous convertissez à l’amour libre, ce n’est pas dimanche prochain lors du rôti dominical que vous pourrez dire à votre mère « – Eh Maman, je t’ai dit que j’avais un mec ? » « – Oui, ma chérie, tu me l’as dit en arrivant », « – oui, non mais enfin aussi un autre mec, quoi, un deuxième ». Parce que là, soit votre mère fait directement un infarctus, soit elle va s’asseoir par terre dans la cuisine en se balançant d’avant en arrière et en chantant du Michel Torr, les mains sur les oreilles. Et ça, ce n’est pas bon signe non plus …

Bref le polyamour a encore du pain sur la planche pour s’imposer comme un mode de vie à part entière, et la triade amour = possession = jalousie a encore malheureusement de beaux jours devant elle.

Vous pouvez l’entendre ici, à la minute 33.

21 réponses à “Youpi ! un kilo d’abonné(e)s !

  1. Ceux et celles qui ne sont pas abonnés et qui passent ici de temps à autre ne font pas partie de tes stats, ou je me trompe ?!

    Merci pour l’écriture et les dessins…

    • Elles font partie des stats de visites. Prochain jalon à fêter, justement : le million de pages vues (d’ici un ou deux mois sauf buzz inattendu)

  2. Fou ça ! samedi soir, un peu bourrée, j’ai écrit ça avant de me coucher : « Avoir la lucidité de se dire que la personne avec qui je suis a certes besoin de moi puisqu’elle me le dit tous les jours, mais a aussi besoin de plein d’autres choses que je ne suis pas en mesure de lui apporter, et qu’elle est en droit, comme tout le monde, d’aller chercher autour d’elle, toute sa vie. »
    Bon c’est maladroitement dit mais ça rejoint beaucoup cette question d’humilité…

    • Effectivement, c’est une belle coïncidence. A moins que, un peu bourrée, vous ayez écouté France Inter vers 17h30 le vendredi 4 avril, et il vous en serait resté des traces inconscientes ?

  3. « C’est drôlement bath » ?
    L’expression qu’on utilisait en 1912 ?

    Ben écoute, je suis bien contente pour toi, et je continue à te suivre et te lire avec plaisir !
    PS : J’ai été écouter Océane Rose Marie, elle est top ^^
    A bientôt !

    • Le dernier emploi attesté de la locution « c’est drôlement bath » daterait de 1967, dans la bouche de l’actrice Marie-Geneviève Saint-Vincent, sur les planches du Théâtre Marigny, jouant le rôle d’Anita dans le deuxième acte de la pièce éponyme de Gilbert Delouvrier.

  4. Je confirme : moi ça m’aide ! J’ai réussi à rétablir la communication (verbale et sexuelle) avec mon mari et je respire enfin plus librement, libérée d’un peu de (à défaut de toute) ma culpabilité. Merci🙂

    • J’en suis fort flatté.
      Aah, cette culture du péché et de la culpabilité… J’ai souvent l’impression que dans cette culture, c’est plus important de savoir « à qui la faute » que de répondre à la question « bon, et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »

  5. « l’idée générale étant que l’amour libre ce n’est pas pas le vrai amour. » y’a un double « pas », j’imagine que c’est une coquille?

    Sinon, congrats pour le succès du site. Les esprits se délient et les egos s’épanouissent, tes textes aident, je pense.
    J-E

  6. A mon avis, tu as simplement besoin d’un Pierre Brochant, qui d’ailleurs est un éditeur habitué aux romancières romantiques:

    « -Mais vous couchez avec tous vos auteurs dites-moi?
    -Mais j’vous emmerde mon p’tit vieux! »

    Peut-être, malheureusement, que le temps ne fait rien à l’affaire…..

  7. J’en profite pour laisser un p’tit mot ici et pour te dire merci, merci, mille fois merci pour ce blog qui m’a aidé à amorcer une réflexion plus poussée sur le sujet des amours libres, à me lancer concrètement, à en parler à mon…Roi, et qui m’aide encore régulièrement depuis plusieurs mois à débrouiller la complexité de cette situation trop peu visible et les nœuds au cerveau et au cœur qu’elle peut créer.
    *tend un gros bouquet de fleurs virtuel*

  8. J’ajoute mon message à l’édifice. Je viens de tomber sur ton blog et depuis, je le parcours en tout sens en me délectant de son contenu. Je retrouve un peu bout de moi dans ce que tu écris… Et ne te culpabilise pas trop sur ton « placard doré », tu fais vivre ce blog, et ça, c’est déjà beaucoup!

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