Quand les femmes … 2e partie

Deuxième partie de la traduction de l’article When Women Wanted Sex Much More than Men. La première partie est ici.

Je remonte l’article ce dimanche parce qu’un lien était cassé : j’ai constaté que les parties 2 et 3 avaient été respectivement 4 et 6 fois moins lues que la première partie alors qu’il s’agit de la traduction d’un seul et même article.

Sister Angela - Heaven Knows, Mr. Allison

Soeur Anglea (Deborah Kerr) dans Heaven Knows, Mr. Allison de John Huston, 1956

Partie II : l’ère des prudes

Bien sûr, les idées concernant la sexualité ainsi que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas universelles. A chaque époque et dans chaque culture, il y a eu des désaccords et des courants différents. Il n’est donc pas simple de retracer le parcours qui a conduit au renversement de ce stéréotype, d’autant qu’il ne fut ni immédiat ni homogène. L’historienne Nancy Cott mentionne la montée du protestantisme évangélique comme catalyseur de ce changement, au moins dans le Nord-Est des Etats-Unis. Les pasteurs protestants, dont les congrégations comptaient une proportion croissante de femmes des classes moyennes blanches, ont probablement cru sage d’insister sur la moralité de leurs ouailles pour les encourager à répondre à l’appel de la religion, plutôt que de les présenter comme des séductrices souillées dont le sort était scellé depuis l’exil d’Eden. Non seulement les femmes ont bien accueilli cette nouvelle image, mais elles y ont contribué. Il y avait là une voie vers une certaine égalité avec les hommes, voire une supériorité. A travers les Écritures, les femmes pieuses étaient “exaltées au-delà de la nature humaine, jusqu’au niveau des anges, » comme le proclame l’ouvrage de 1809 The Female Friend, or The Duties of Christian Virgins [NdT : L’amie, ou les devoirs des vierges chrétiennes]. L’accent mis sur la pureté sexuelle dans le titre de cet ouvrage est tout à fait révélateur. Pour que les femmes puissent devenir les porte-parole d’une nouvelle dévotion religieuse, il leur fallait renoncer à reconnaître leurs désirs sexuels. Alors que les puritains du XVIIe siècle eux-mêmes avaient considéré normal que les femmes puissent s’adonner aux plaisirs sexuels au même titre que les hommes –pourvu que cela reste dans le cadre du mariage– elles ne pouvaient dorénavant plus désirer le sexe que comme un moyen de resserrer les liens matrimoniaux ou d’assouvir leurs « pulsions maternelles. » Comme l’écrit Nancy Cott « le renoncement au désir fut d’une certaine manière le prix à payer pour que les femmes puissent être admises au même niveau moral que les hommes. »

En choisissant de se présenter comme naturellement chastes et vertueuses, les femmes protestantes ont pu justifier leur éligibilité comme égales des hommes sur les plans moral et intellectuel. Elles ont pu se faire une place dans la vie politique pour réformer la société et soutenir des causes morales comme l’aide aux pauvres et la prohibition. Et à une époque où les hommes pouvaient violer leurs femmes en toute légalité (époque qui n’a pris fin aux USA qu’en 1993), l’absence prétendue de désir chez la femme offrait un modeste rempart pour se prémunir des avances inopportunes du mari. Malgré tout, ces avantages n’ont pas profité à toutes les femmes. John D’Emilio et Estelle Freedman font remarquer que « L’idée de vertu féminine innée, ou d’absence de désir sexuel, ne s’appliquait principalement qu’aux américaines de la classe moyenne ; les femmes des milieux ouvriers, les immigrantes ou bien les noires continuaient d’être considérées comme sujettes à la passion sexuelle, et donc sexuellement disponibles. » (D’ailleurs, on a vu plus haut que Windscheid faisait bien remarquer que c’était surtout les femmes riches qui n’avaient naturellement pas de pulsions sexuelles.) Les femmes des classes moyennes pouvaient se présenter comme semblables aux hommes qui partageaient leur milieu social et leur couleur de peau, et ainsi prétendre à quelques-uns de leurs privilèges. Et au passage, elles prenaient fait et cause pour une idéologie qui affirmait qu’il y avait des différences sexuelles fondamentales entre elles-mêmes et les autres femmes.

Malheureusement, si les femmes pouvaient se hisser au niveau des anges en étant dépassionnées, la chute était d’autant plus rude pour celles qui cédaient à leurs désirs. D’Emilio and Freedman expliquent : « Auparavant, dès lors qu’elle était repentante, la femme pécheresse –comme l’homme volage– pouvait être à nouveau acceptée par son entourage. Mais dorénavant, puisque la femme prétendait se placer sur un plan moral supérieur à l’homme, l’opprobre était tel qu’il l’éclaboussait à vie. » Ces « femmes déchues » étaient bannies de leurs familles, de leur village ou de leur quartier, et finissaient souvent par se prostituer pour vivre.

A suivre

5 réponses à “Quand les femmes … 2e partie

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