Nomades contrariés mais monogames naturels ?

Les humains sont historiquement nomades, mais apparemment tout le monde vit très bien l’impératif sédentaire moderne. Les humains sont sensés être naturellement monogames, mais apparemment beaucoup vivent très mal cette monogamie ‘naturelle’.

Nous sommes des nomades contrariés (ref. photo by Fallen1NDvA on deviantart.com)

Nous sommes des nomades contrariés (ref. photo by Fallen1NDvA on deviantart.com)

Tout le monde sait que l’humanité a été nomade pendant quasiment toute son histoire. Qu’elle ne s’est progressivement sédentarisée que depuis à peine quelques milliers d’années, et encore pas partout. Donc il semble évident que nous sommes tous des nomades contrariés.

Et pourtant on ne trouve pas tellement de bouquins de développement personnel ou bien de conseillers spécialisés pour nous aider à bien vivre notre sédentarité. Il semblerait bien que cette entorse flagrante à notre « nature profonde » passe totalement inaperçue comme débat de société.

Et à l’inverse, on conçoit l’humanité comme naturellement monogame. La thèse classique en psychologie de l’évolution, c’est que l’homme et la femme forment naturellement des couples durables. Selon les courants, il y a plus ou moins d’infidélité « naturelle » mais le gros du troupeau s’accorde à dire que le couple longue durée est une conséquence normale de la pression de sélection, ce qui explique l’apparente universalité du modèle du couple monogame au long cours.

Mais si l’évolution nous a sélectionnés pour vivre avec une seule personne, alors pourquoi est-ce si difficile de faire durer un couple ? Pourquoi faut-il faire tant d’efforts de dialogue, de compréhension, d’entretien du désir, de week-ends en amoureux ? Les volumes de littérature et de thérapies consacrés au mal-être des couples sont vertigineux. Au point qu’on peut presque dire qu’au bout de dix ans, un couple doit simplement choisir entre voir un avocat et voir un thérapeute.

Serions-nous donc au fond encore moins monogames que sédentaires ?

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12 réponses à “Nomades contrariés mais monogames naturels ?

  1. Pourquoi supposes-tu que la monogamie signifie faire durer un couple ? On peut imaginer que le couple devient famille, arrete d’etre couple pour se consacrer ensuite à la survie de chacun…

    Il est difficile de faire durer un couple quand on a du temps pour penser à autre chose qu’à survivre, non ?

  2. « Et à l’inverse, on conçoit l’humanité comme naturellement monogame »

    Ah bon ? Et moi qui croyais que les théories -certaines- en psychologie évolutionniste tendaient à penser le contraire, à savoir que l’homme est foncièrement polygame… Il me semblait que plus ou moins tout le monde admet que la monogamie est une construction sociale assez récente… la question que moi je me pose c’est pourquoi on s’y accroche ? L’Homme moderne semble vouloir s’accrocher à ses terres comme il semble vouloir s’accrocher au couple…

    Casey (je change de pseudo pour ici)

    • Non, la théorie dominante (mais qui va bientôt s’effondrer, je pense) en psychologie de l’évolution, c’est que l’homme est monogame parce que la femme l’a sélectionné pour être fidèle. Élever et nourrir sa progéniture demande tellement d’énergie qu’elle y arrive nettement moins bien seule. Donc les femmes qui choisissaient des maris volages ont moins d’enfants qui survivent, donc ont moins transmis leurs gènes que les jalouses qui se choisissaient des maris fidèles. Ce qui devrait avoir sélectionné des hommes fidèles (à la rigueur, il peut coucher ailleurs, mais il ne s’en va pas).

  3. Vivre plusieurs passions amoureuses dans sa vie demande une énergie considérable et la nature a horreur des dépenses d’énergie inutiles. Alors on fait durer.

    On joue à être endurant … C’est ça le but non ?

    La sagesse serait d’assumer sa paresse.

    • Lever le camp tous les jours ou tous les mois demande aussi beaucoup d’énergie. Et pourtant ça n’a pas empêché nos ancêtres d’être nomades.

  4. Oui ! Il faut toujours faire bien attention à cette prétendue « nature’ qu’on nous explique afin de mieux nous faire avaler tel ou tel modèle.

    Néanmoins il faut aussi faire gaffe à ce qu’on met derrière les mots. Quand on parle de monogamie par exemple, on parle de quoi ? d’une modèle familial ? d’une façon de concevoir le sentiment amoureux ? d’une obligation juridique ? etc.

    Il semble effectivement que le modèle classique de famille papa+maman+enfants soit très ancien, peut-être même le plus ancien. C’est en tout cas ce que soutient Emmanuel Todd dans son brillant « L’Origine des systèmes familiaux » où il dresse de façon impressionnante un panorama de tous les modèles de famille en Eurasie. Ce modèle, c’est celui de la famille nucléaire.

    Pour autant la famille nucléaire en France en 2013 doit être trés différente de la famille nucléaire, par exemple, à Rome en 50 av. JC. Chez les Romains le droit ne consacrait que le mariage monogame hétérosexuel, et pourtant il était trés mal vu de prendre du plaisir au lit avec sa femme et il y a des textes de persos illustres, genre Caton l’Ancien, qui conseillent fortement aux hommes d’aller voir les prostituées plutôt que de coucher trop souvent avec leurs « officielles ».

    L’amour tel qu’on le conçoit aujourd’hui est trés récent (pour faire vite, apparition au 12e chez les troubadours occitans).

    Enfin voilà ce commentaire va dans le sens de l’article : attention aux trop rapides rappel à la « nature ». C’est surtout un moyen pour nous culpabiliser et nous empecher de jouir comme bon nous semble !

    Mais ça ne veut pas dire que

    • En l’occurrence, les dernières infos sur la « nature » de la sexualité humaine « paléolithique » vont à rebours du discours classique que j’ai écrit plus haut. Cela dit, je ne ferai pas l’erreur de brandir cette nouvelle « nature » à de quelconques fins normalisatrices. Juste ça donne un éclairage intéressant.

  5. Je vais chipoter un peu (ma grande passion🙂 ) même si je suis d’accord avec vous sur le fond.

    Nous sommes des nomades contrariés qui le vivons mal, mais nous ne savons pas à quoi attribuer notre mal-être. Une partie de l’éducation des enfants consiste à leur apprendre à vivre au mieux avec leur sédentarité et il y a un métier qui consiste quasi exclusivement à réparer les dommages de la fin du nomadisme : dentiste. En effet les caries n’ont commencé à nous faire souffrir que lorsque l’agriculture nous a fait changer nos habitudes alimentaires. Et il y a d’autres symptômes de la sédentarité dont nous n’avons pas conscience.

    Donc qui sait, peut-être sommes-nous autant monogames que sédentaires sans le savoir😉

  6. Je vous invite à lire l’excellent « Sex at Dawn » de Christopher Ryan et Cacilda Jetha. Ce livre qui cherche à décrire les origines préhistoriques de la sexualité moderne, n’existe pour l’instant qu’en Anglais.
    La conclusion est la suivante : avant l’ère où les humains se sont sédentarisés pour cultiver les terres, il y a environ 10.000 ans (donc c’est assez récent), la monogamie n’était apparemment pas si normale que ça.
    Bien évidemment, cette idée d’une société pré-agricole promiscue choquait (et choque toujours) bon nombre de chercheurs bien pensants, et cela a grandement influencé leurs publications. Pour beaucoup, l’hypothèse de la non-monogamie en tant que norme sociétale était tout simplement inconcevable parce que cela ne cadrait pas avec les moeurs de leur temps.
    Et si d’autres s’en sont rendus compte, il fallait (faut) une sacré dose de courage pour oser publier quelque chose d’aussi controversé, voire « scandaleux » aux yeux de la société monogame.
    Rappelez-vous ce qui est arrivé à Darwin quand il a publié sa théorie de l’évolution en pleine époque victorienne…
    Sur ce, bonne lecture !

  7. Pingback: Chute de la libido féminine dans le couple : tentative de démêlage darwinien | les fesses de la crémière·

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