Infidélité : l’occasion fait-elle le larron ?

Je postule qu’en matière d’infidélité, c’est souvent l’occasion qui fait le larron. A tout le moins, en ce qui me concerne. Et donc j’aurais beau jeu de jeter la pierre du haut d’un piédestal de vertu passablement usurpée

Par vertu, ou par la force des choses ?

Pendant vingt ans, jusqu’à ce qu’on décide d’être en couple libre, je n’ai jamais trompé ma femme (et donc depuis non plus, par définition). Je me suis souvent demandé pourquoi elle oui et moi non. Est-ce que c’est une différence dans le caractère, dans les désirs, ou bien alors dans les occasions ? Plus j’y pense, plus je suis persuadé que la réponse la plus pertinente, c’est la dernière : en matière d’infidélité, je crois bien que c’est surtout l’occasion qui fait le larron.

Je bosse dans un milieu essentiellement masculin et un peu aristocratique, et où il serait malvenu de draguer les quelques super-nanas qui ont bravé tous les obstacles pour trouver leur place. Et hors du boulot, je suis assez casanier. Et je suis toujours un peu réservé dans mes interactions sociales, au moins au début. A l’inverse, ma reine a toujours travaillé entourée de gars, dans des milieux collectivement plus machistes. Elle adore faire la fête. Et elle est facilement expansive. Quand on ajoute à ça le déterminant culturel sexiste qui fait que les mecs intéressés le font clairement savoir alors que les filles intéressées ont tendance à brouiller leurs faibles signaux (pour ne pas passer pour celle qui …) en attendant que leur prince charmant fasse le premier pas, on peut concevoir que ma femme ait eu au moins dix ou cent fois plus d’occasions que moi (indice complémentaire : on est à peu près égaux en attractivité –si tant est que je puisse avoir un point de vue objectif là-dessus et que l’attractivité puisse se comparer, mais bon en gros).

Et donc il serait prétentieux de croire que ses aventures passées témoignent d’un écart relatif de sérieux dans notre engagement, entre elle et moi.

En d’autres circonstances…

Mon expérience de pensée est la suivante : si une nana qui me plaît m’avait témoigné un intérêt marqué, dans une circonstance où il aurait été improbable que j’eusse eu à m’en expliquer par la suite, aurais-je vertueusement décliné ou bien l’aurais-je gaiement suivie au lit ou au local des archives ? Plus j’y pense et plus je suis certain que j’aurais (rapidement) fini par céder.

Et donc si c’est l’occasion qui fait le larron, c’est que nous sommes tous larrons en puissance, et qu’il faut bien se garder de jeter la première pierre, au risque de se la reprendre plus tard dans la gueule, à l’occasion d’une occasion.

Qui comme Ulysse

Certes, on peut aller plus ou moins au-devant des occasions en question. Mais la fidélité consiste-t-elle à s’isoler pour ne pas être confronté-e à la tentation, comme l’ascète qui se retire du monde et de ses sirènes ? Ou bien qui comme Ulysse, à se faire attacher au mât pour souffrir les affres du désir sans pouvoir physiquement y céder ? Ou bien peut-on aller piquer une tête parmi les sirènes (parce que ça pourrait être drôlement sympa) si l’on se connaît bien et qu’on a confiance qu’on n’y perdra pas son âme, qu’on n’oubliera pas de regagner le navire, et qu’on ne pétera pas un câble si on apprend ensuite que Pénélope a invité quelque(s) prétendant(s) dans la couche nuptiale pendant ce temps ?

J’imagine que c’est à chacun-e de trouver le dosage qui lui convient entre jouer avec le feu et se tenir à l’écart de peur se s’y brûler les ailes.

Qui comme Pénélope

D’ailleurs, quand on sait l’ampleur de la drague permanente à laquelle sont exposées les filles en général, et quand on constate dans les faits qu’elles ne sont pas plus infidèles que leurs mecs, ça prouve — s’il le fallait encore — qu’elles sont probablement dix fois plus fidèles, en réalité.

16 réponses à “Infidélité : l’occasion fait-elle le larron ?

  1. Ne pas oublier que si Ulysse était un adepte du bondage durant ses rapports, rien n’empêchait la belle de lui offrir ses lèvres pour s’accrocher elle aussi à son mât.

    Infidèle finalement, mais plus mesquin car il arriverait à nous faire croire que les sirènes ne font pas plier le larron. Si les messages sont couverts d’un côté et clairs de l’autre, seul un coin de conscience ou d’amour peut éviter le contact. Mais celui-ci est si bon. Alors pourquoi résister ?

    « Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y céder » O.Wilde

  2. Comme d’habitude beaucoup de pertinence dans tes propos (oui je tutoie mais j’ai du mal avec le vous). Et je dirais en complément qu’une femme n’est pas réceptive à une occasion comme l’est un homme, il lui faut une petite « fêlure » dans la « carapace » de son couple pour envisager l’occasion même si c’est juste une petite baisse temporaire d’attention. De plus la pression morale est encore bien pesante sur les femmes (et quelle hérésie quand on veut l’égalité de traitement des sexes) ce qui fait que je dirais plutôt qu’elles ne sont que 5 fois plus fidèles…en acte tout du moins

    • Je comprends ce que tu dis mais j’ai toujours une réticence avec les affirmations du genre ‘les femmes ceci / les hommes cela’.
      Ça passe mieux si on dit juste que le doute conjugal est souvent nécessaire au passage à l’acte, et apparemment plus souvent pour les femmes que pour les hommes.
      J’avais d’ailleurs évoqué la question dans : ‘plus de salopes pour moins de salauds’.
      PS : je n’ai pas compris ce qu’il y a d’hérétique quant à l’égalité des sexes.

      • oui en effet je me suis pas exprimé assez précisément sur le doute. Pour l’egalité je dis juste que la société légifère mais reste très « patriarcale » dans les faits et le « jugement » d’autrui

  3. Depuis que j’ai découvert ton blog, je te le lis, te guette et oh! tes mots me font du bien. Merci! Les articles au fur et à mesure font écho à mon histoire et renforce mes convictions. J’aime encore mieux mon amoureux, c’est formidable hein?
    Il me reste certaines choses à comprendre, à accepter être un « couple libre » (j’aimerai trouver un joli nom) ce n’est pas toujours simple, comme être « un couple pas libre » finalement (pas libre…hum hum ça ne va pas… prisonnier? pas du tout, classique? non plus… normal? ah ah normalité et amour, cette blague! ). Sauf qu’à la pause déj’ ou avec les cops, les collègues, sa mère…bin parler des difficultés à être en couple-pas-libre c’est facile. On trouve du soutien, des conseils, des témoignages (rhalala ces mecs, tous les mêmes…) mais expliquer qu’on se sent peut être un peu jalouse de l’aventure estivale de son mec, que cette fille avec qui on coucherait bien prend de plus en place de place dans sa vie… ça l’est beaucoup moins. Et pouvoir en discuter en couple, c’est super mais parfois il faut d’autre-comme-soi, extérieur à son amour. C’est pas si facile à trouver. Heureusement, je peux venir ici. C’est bien!

    Voilà tout ce baratin, c’était surtout pour dire MERCI! hâte de lire le prochain post

    (comment ça, tu viens « juste » de poster celui là?😉 )

    • Même si je n’écris pas seulement pour les compliments, j’avoue que ça fait toujours bien plaisir d’avoir ce genre de fidebacque. Merci. Et à vendredi matin pour le prochain article.

  4. Merci de ce bel article.
    Cela incite à bien se connaître finalement.
    Dans ma culture familiale on nous incitait à ne pas céder à la tentation, et ce dans tous les domaines, en vrac, histoire de s’assurer un peu de vertu au prix de gros (et de tranquillité j’imagine…)
    Et pour s’aider à atteindre ce but, recette toute simple à recopier à volonté : ne pas s’exposer à la tentation et ne pas exposer les autres. Tradition judéo chrétienne au biberon.
    Cela se traduisait vers 10-12 ans à ne pas regarder les choses qui font envie, ne pas réclamer, ne même pas y penser et par souci de réciprocité, ranger et cacher tout ce qui pouvait faire envie aux autres (cad ne pas manger quand les autres ne mangent pas, ranger son argent de poche et ses trésors, ne pas se vanter de ses avoirs, savoirs, experiences…)
    Dans le domaine de la concupiscence (mais on appelait pas ça comme ça, bien sûr) on nous incitait à ne pas montrer les parties du corps dites intimes : jupes aux genoux , pas d’abus sur les panatalons, pas de décolleté, ni de vêtement moulant, ni oreilles percées, tatouages ou cheveux détachés. Non ce n’était pas une secte, ni des éducateurs rigides, juste des gens un peu ‘’ancien régime’’, persuadés que vivre avec les habitudes de la génération d’avant préservait de bcp d’ennuis. Ils avaient leur image de la féminité ou la femme s’affiche comme respectable mais résolument femme (d’ou le port du pantalon, toléré mais dans une juste proportion), donc rien d’ostentatoire, ou de trop tentant, par exemple peu de bijoux (mais aucune pacotille) et peu de maquillage. Cela se traduisait surtout par une absence de laisser aller : on se tient le dos droit (ça je n’ai jamais pu), et toujours le chemisier impeccable et la jupe défroissée. Ces femmes ignoraient l’existence des T-shirt, des couleurs fluos, des logos, des jogging, des baskets ou encore des jeans (et j’ai vu ma mère frémir d’horreur à l’arrivée de la mode des sweet à capuche…) Je ne remarque que maintenant que presque tous les vêtements ayant gardé leur désignation anglaise étaient finalement bannis…
    Depuis j’ai grandi, parcouru un petit bout de monde, et découvert que l’humain est modelé par son désir. Et aussi qu’on ne s’harnache pas longtemps sous des jougs inadaptés. On finit pas se débattre.
    Bref aujourd’hui j’ai la féminité défaillante dans le domaine des apparences, (en clair je ne sais pas me mettre en valeur, je redoute trop que ma dignité en prenne un coup si je me met à jouer ce jeu des apparences qui me fait horreur) mais quand la porte de la chambre se ferme et que je me retrouve seule avec mon compagnon, je suis la plus déshinibée des créatures et j’en suis très fière.
    Je lis votre blog, parce que j’ai des tentations et j’en parle avec mon compagnon, car je ne veux pas abîmer quoi que ce soit de nos 21 ans d’histoire (de cul mais pas que et surotut très tourmentée). Étonnament ça donne quelque chose de merveilleux : l’envie de présever notre trésor nous donne des ailes et nous ne ressentons aucune baisse de désir de plus de 3 mois. Et on sourit quand on lit les sempiternels articles vendeurs de Viagra qui parlent de la baisse de désir, parfois après seulement deux ans de relation.
    Alors merci pour vos articles. C’est le premier pourlequel je m’autorise un commentaire et je suis heureuse d’être sortie du bois. Et j’aime votre ton (pas la peine de dire qu’on n’a le droit de ne pas être d’accord c’est une evidence et je vous en félicite). J’ajoute aussi que vos dessins sont très réussis.

    • J’ai l’impression qu’on vient tous plus ou moins de cette culture puritaine, à divers degrés. Car même au fin fond de la savane, rares sont ceux qui n’ont pas eu affaire à quelque missionnaire ou quelque législateur zélé.

  5. Ah oui, nous sommes dix fois plus fidèles, ou dix fois plus méritantes de l’être… Ou alors serait-ce que la pression de l’opprobre sur la femme qui « se donne » vient judicieusement équilibrer la surabondance des propositions qui lui sont faites ?😉

  6. Je pense que l’occasion fait le larron… si le terrain est préparé.
    Il y a des personnes qui ne saisiront pas les occasions pourtant très claires qui se présenteront à elles, mêmes si elles sont dignes d’intérêt.

    Par ailleurs, je te conseille la lecture de « L’Odysée de Pénélope », un chouette bouquin de Margaret Atwood.

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