Pour le meilleur et pour le pire – ça dépend quel pire

« Jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Ce serment est toujours prononcé lors d’un mariage à l’église. Pas besoin d’être extralucide pour y déceler la marque du masochisme instillé par notre héritage religieux. Cela dit, je ne regrette pas d’avoir fait ce serment. Et je m’explique.

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Jusqu’à ce que la mort nous sépare (ref. photo (c) by ravensdad)

Ce serment, c’est vraiment du lourd, ça fait réfléchir et c’est pas plus mal. On se met vraiment en tête que l’engagement qu’on prend n’est pas du flan ; qu’on est donc prêt à faire des efforts tous les jours pour que ça continue à marcher, et ne pas laisser dériver sans rien faire des trucs qui finiront par rendre la relation impossible. Ce n’est pas un engagement à rester amoureux, mais au moins à rester aimant, loyal et attentionné. Et on s’engage à être le soutien principal de l’autre en cas de coup dur.

Cette loyauté et ce soutien sont d’autant plus importants que la vie en société aujourd’hui ne s’appuie plus sur des clans et nous soumet à de nombreux bouleversements : la famille nucléaire devient notre clan élémentaire, notre cellule sociale de soutien. C’est très nul mais pour l’instant c’est le plus souvent comme ça. Donc envisager sérieusement qu’on ne quittera pas le navire à la première bourrasque mais qu’on est prêt à s’encorder au mât de misaine pour braver la tempête, c’est salutaire. Il faut qu’on soit prêt à faire pour l’autre au moins tous les efforts qu’on est prêt à faire pour un boulot (parce que malheureusement, ce n’est pas toujours le cas – j’avais lu il y a quelques années une statistique qui disait que les français changeaient plus souvent de partenaire de vie que d’employeur).

Et pour moi, c’est ça que ça veut dire, la fidélité – la question de savoir qui couche avec qui n’a rien à voir avec la fidélité. Ça s’appelle l’exclusivité sexuelle et on ne devrait jamais l’appeler autrement (à la rigueur « fidélité sexuelle » si vous voulez).

En revanche, j’y mettrais deux gros bémols (curieusement, le curé oublie de souligner le deuxième).

D’abord, il ne faut jamais être le seul soutien sur lequel l’autre puisse compter. C’est le meilleur moyen de sombrer à deux dès lors que le pire est vraiment pire, genre accident de la vie. Et donc même, je dois m’arranger pour ne pas laisser ma femme se mettre dans une situation de trop grande dépendance vis-à-vis de moi, et réciproquement. Je ne suis pas un surhomme et non seulement il est possible que je n’assure pas totalement si les choses vont vraiment mal, mais de toute façon il serait prétentieux de croire que je puisse tout apporter à ma femme dans la vie de tous les jours. On doit donc prendre soin de se construire un clan autour du couple (et même un peu un clan chacun) pour que l’enrichissement humain et le potentiel d’entraide ne soient pas cantonnés au strict minimum du binôme conjugal.

Ensuite, « pour le pire » ne doit pas signifier qu’on s’oblige à rester ensemble quand c’est la relation elle-même qui produit « le pire ». On ne se marie pas pour souffrir mais pour se soutenir l’un l’autre si une souffrance nous tombe dessus de l’extérieur ; considérer qu’on doive rester ensemble et boire jusqu’à la lie la souffrance qui naît du fait qu’on reste ensemble, c’est juste complètement débile.

11 réponses à “Pour le meilleur et pour le pire – ça dépend quel pire

  1. Plus je vous lis, plus je m’y retrouve…
    Merci pour ces billets pleins de sens et de bon sens !

    • Ouuh, je me méfie du bon sens comme de la peste. Certes j’essaie de présenter mes positions iconoclastes comme si elles tombaient sous le sens – mais c’est un gros effort d’écriture. Ce qui n’empêche que je suis content de savoir que ça parle à des vraies gens.

  2. Je me suis longtemps demandée pourquoi, avec ma conception des relations (comme multiples, différentes, complexes), le mariage était encore quelque chose que je désirais vivre. Pourtant, je ne suis pas sûre d’attendre de l’Amour qu’il dure toujours, d’attendre une exclusivité sexuelle ou même une vie à deux (tous les jours, toutes les nuits).

    Tu poses des mots qui me plaisent, cette notion de partenariat de vie. Le parcours de tout un chacun peut être fait de tempêtes, de bouleversements… Si une solitude au quotidien n’est pas gênante, dans ces moments-là, il tient de la survie d’être entouré.

    Avoir auprès de soi quelqu’un qui a pris le temps de nous connaître est salvateur. Je me souviens à une période d’enterrements à répétition avoir pu m’épauler sur mon ami de l’époque. J’aurai tenu sans lui, mais ça aurait été beaucoup plus difficile.

    La notion de « rite de passage » fait sens aussi. Dans la société actuelle, beaucoup sont perdus. Même le passage à l’âge adulte, marqué par le baccalauréat est survolé (et tout le monde ne le vit pas.)

    La mariage apparaît comme une virgule, un temps avec un après et un avant. Un désir de renouveau, dans sa relation à l’autre. Finalement, un temps pour dire « j’ai grandi ».

    Bien sûr, je partage l’importance des piliers extérieurs : amis, collègues, aventures, inconnus du métro… Bien sûr, je partage que si le pire émerge de la relation, être fidèle à l’Amour ressenti pour l’autre et soi, c’est peut-être en passer par la séparation, par la rupture du contrat.

    En revanche, ma parole ne sera pas impeccable si j’annonce à mon partenaire que je ferais ma vie avec lui. Tout ce que je pourrais dire, c’est que c’est avec LUI, que je veux partager ce moment, tenter ce partenariat et que c’est mon désir aujourd’hui. Et, tant mieux, si ce désir se poursuis au point de renouveler mes vœux années après années. Mais lui promettre de rester toute une vie… MA vie… Argh. Qui me dit que je ne lui raconte pas le plus beau bobard de notre relation ?
    Qu’est-ce que j’en sais ? A quel moment se connait-on suffisamment être sûre de la fidélité morale/de soutient que l’on peut offrir à l’autre ?

    Finalement, si je me marrie, ce sera avec quelqu’un qui ne me demandera pas de passer ma vie avec (de quel droit il m’enferme dans une promesse aussi lourde ?!) mais de vouloir profondément passer ma vie avec. La nuance m’ait essentielle.

    En bref, malgré toutes les déconstructions sociales que je désire appliquer à ma vie, je garderai peut-être ce rite de passage là. Il permet, de s’inscrire dans l’histoire de l’autre et d’inscrire l’autre dans notre histoire. En espérant que mon partenaire de vie, comprendra le sens de mon « oui ».

    • C’est intéressant, cette distinction entre « promettre qu’on vivra toujours ensemble » (invérifiable) et « jurer que là aujourd’hui, c’est avec toi que je veux vivre » (indiscutable). Ce que je pense, c’est que ça vaut le coup de « promettre que je ferai de mon mieux pour ne pas laisser se détériorer la relation » – c’est peut-être ça qu’on reproche à certains couples quand on parle de « génération du jetable ».

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